Cinéma / Cow d’Andrea Arnold

Même si le terme ne lui convient pas, la réalisatrice Andrea Arnold se tourne vers le documentaire pour raconter le cycle de vie de Luma, une vache laitière d’une exploitation agricole du Kent. Dérangeant et émouvant.

CiaoViva - Affiches Cow
Cow – Andrea Arnold – L’affiche française – L’affiche cannoise.

Parmi les vaches au cinéma, on se souvient de la célèbre Marguerite de La Vache et le Prisonnier d’Henri Verneuil, mais plus récemment de, Jacqueline en route pour la Salon de l’Agriculture dans La Vache de Mohamed Hamidi, celles de Bovines d’Emmanuel Gras, du troupeau de Petit Paysan d’Hubert Charuel, ou encore deVedette, la vedette de Vedette de Claudine Bories et Patrice Chagnard. Après plusieurs longs métrages de fiction, la réalisatrice anglaise Andrea Arnold, déjà récompensée à Cannes par trois Prix du Jury (Red Road en 2006, Fish Tank en 2009 et American Honey en 2016), passe au documentaire, même si le terme ne lui convient pas J’envisage plus le film comme une étude documentaire, ou un poème, voire un conte »). Elle fait de Luma, une vache laitière, son héroïne principale, dont elle filme le cycle de vie au cours des saisons (le tournage s’est étalé sur quatre ans). Dans sa note d’intention elle précise : « Cow nous invite à porter un autre regard sur les vaches, à nous en rapprocher, à contempler leur beauté mais aussi la réalité de leur vie. Sans fard. Ceci est l’histoire d’une réalité, celle d’une vache laitière, et un hommage à l’immense service qu’elle nous rend. Quand je regarde Luma, notre vache, c’est le monde entier que je vois à travers elle. »

CiaoViva - Cow - Ad Vitam
Luma – Cow – Andrea Arnold – Crédit photo : Ad Vitam

Comme le film se focalise sur Luma (et son veau), son titre aurait pu porter son nom. Mais sa dure condition de vache laitière est identique à celle des autres. D’où, probablement, ce Cow plus général.
Les premières minutes filment un vêlage dans une ferme familiale de bonne taille du Kent. Dès lors, la caméra va suivre les destins parallèles de
Luma et sa petite, car sa progéniture lui a été retirée très rapidement. Au moment de la séparation, elle meugle et refuse de s’alimenter. Troublant. On ne voit et on n’entend que très peu les fermiers qui semblent malgré tout bien s’occuper de leurs animaux. La caméra de la cheffe opératrice Magda Kowalczyk s’approche au plus près de Luma (elle cadre très souvent les yeux et la tête) et capte ces moments de vie qui se déroulent presque exclusivement dans des hangars, comme le rituel de la traite sur une plateforme circulaire sur fond de musique pop (censé les détendre, il en est autrement pour un humain), dans le lisier, sur le béton et dans le bruit des machines. Il faut attendre une heure pour la voir dans un pré et, enfin, regarder passer les trains. Et puis, il y a son regard, de son œil noir, pas aussi « bovin » qu’une expression désormais stupide le suggère, qui semble nous prendre à témoin, ou, tout du moins, nous perturbe et ne tarde pas à nous émouvoir. « Je crois que nous avons tous grandi avec une idée romantique de la nature et nous sommes un peu déconnectés de la réalité, déclare la cinéaste. Dans ce film, je créé un lien avec quelque chose qui nous parait lointain. »
Cow n’est ni un documentaire animalier ni un film militant. Il ne dénonce pas la maltratitance, pas plus qu’il n’est un plaidoyer pour le véganisme. SiLuma est un outil de production, chargée de produire du lait et de procréer, Andrea Arnold demeure neutre et ne fait que montrer les choses telles qu’elles sont. « Je ne cherchais pas à être dans son esprit ou lui attribuer des émotions humaines. Je voulais étudier ses réactions, dans la réalité de son quotidien. Dans toute sa beauté, ses difficultés, sa brutalité. Regarder. Voir. La voir, elle».
Cow nous amène à réfléchir à la fois sur la condition animale et notre mode de vie. On oubliera pas Luma de sitôt...
Cow d’Andrea Arnold, avec Luma et son veau « matricule » 04481. Documentaire – Royaume-Uni 2021 – 1h34. Date de sortie : 30 novembre 2022.

Voir également :
La bande annonce du film (AdVitam – 2022 – 1mn35)
La bande annonce/Official trailer (Mubi – 2022 – 1mn49)
La vache au cinéma (Blow Up – Arte – 2016 – 15mn)
Philippe Descottes

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