Nice / Quartiers Une visite « aérienne » du Vieux Nice à la Belle Epoque… en deux photos !

Amis Lecteurs, je vous convie cette fois à une découverte du Vieux-Nice assez originale à l’aide de deux photographies anciennes du XIXeme siècle.

Elles ont étés prises après le Rattachement de 1860 qui a ramené le «comté» de Nice dans le giron de la France qu’il n’aurait jamais du quitter si nous n’avions pas subi les errements politiques de la reine Jeanne de Naples et la félonie des Grimaldi de Beuil avides de pouvoir. Ils se feront d’ailleurs éliminer durement en 1621 par Charles-Emmanuel 1er.
Nice, avant 1388 faisait partie de la Provence Orientale et n’avait aucune raison de passer au royaume de Savoie puis à l’Etat Piémontais.
CiaoViva - Carte - La Provence au XIVe siècle
Après 1860, un vent nouveau souffle sur Nice et sa région délaissée jusque là par Victor-Emmanuel lI et son premier ministre Cavour beaucoup plus préoccupés par la mise en place laborieuse de l’Unité Italienne. Nice ne comptait plus beaucoup dans cette délicate affaire. Cavour aura du mal à faire passer l’abandon de Nice et de la Savoie au Parlement de Turin mais le projet aboutira quand même.
Le Second Empire s’installe donc officiellement le 14 juin 1860. L’ancien «syndaco» sarde François Malausséna, originaire de Levens, devient alors maire de Nice jusqu’en 1870.

L’arrivée de la France va vite changer les choses, sur le plan économique principalement.Nice prends son essor. Les visiteurs affluent…les affairistes aussi (!) et, pour mieux faire connaître sa nouvelle acquisition territoriale le pouvoir impérial en place fait éditer deux albums intitulés «Nice et Savoie» recueils de textes et d’iconographies grand format illustrant les différents aspects des nouveaux territoires récemment rattachés à la France.
Parmi les nouveaux venus à visiter Nice et sa région nous trouvons des photographes souvent pari-siens qui vont nous laisser quelques belles images qui nous font plonger dans le passé, dans le Nice de la seconde moitié du 19ème s et qui nous interpellent forcément. Ces artistes venaient souvent de la peinture et se sont convertis à la photographie née tout récemment.*

Deux clichés primitifs ont retenu particulièrement mon attention :
Le premier est du au photographe Louis Crette (1824-1872) qui, positionné sur la plateforme sommitale de la colline du Château, a fixé sur la plaque photographique cette vue étonnante prise vers le nord datant de 1862/1863.On y voit plusieurs détails intéressants :
CiaoViva - Photo 2-Cimetière du Château vers 1861-1862 (Louis Crette)
Le cimetière dit «du Château» inauguré le 10 juillet 1783 par l’évêque Valperga de Maglione est visible au premier plan mais il est loin d’être dans l’état définitif que nous lui connaissons**. Une petite chapelle dédiée à Sainte-Madeleine se voit à l’entrée juste à l’arrivée de l’allée d’accès au site qui s’arrête là à cette époque.Vers 1923, cette voie sera prolongée pour donner accès à la rue Ségurane (montée Eberlé actuelle) et au port (montée Monfort). Devant cette entrée, un petit bâtiment, la loge du gardien sans doute. Vers 1935, la petite chapelle, vétuste, sera démolie pour être remplacée par l’actuel sanctuaire du à l’architecte en chef de la ville de Nice François Aragon (1894-1957). Plus tard l’allée d’accès au cimetière portera son nom. Jouxtant la petite chapelle primitive une maisonnette qui servait de reposoir.
Levant les yeux au delà du «Campo Santo», le Paillon (très large!) et les quartiers nord de la ville encore peu urbanisés. On aperçoit, en premier plan à gauche la place Garibaldi, ses grands immeubles, le clocher triangulaire de la chapelle des Pénitents Bleus et le haut de sa façade. On voit aussi l’amorce de l’avenue Victor (République de nos jours) qui commence à se garnir d’immeubles. C’est ici que fut établi le nouvel hôpital des Blancs de la Sainte-Croix en 1849. Sur la rive droite du Paillon il n’y a pas grand-chose encore mais cela ne durera pas, la nature ayant horreur du vide !

Le deuxième cliché de la même époque, du au photographe Walburg de Bray(1839-1901) montre une vue en enfilade du Paillon prise sans doute d’un immeuble de la rive droite, peut-être de la terrasse de l’Hotel des Anglais (1862) qui fera place plus tard (1909) à l’hotel Ruhl disparu en 1970. Nous sommes là tout près de l’embouchure du Paillon.
CiaoViva - Photo 3-Nice, vers 1875 (Walburg de Bray)
En premier plan, le pont Saint-Charles construit sous le roi Charles-Félix vers 1824 permettait ainsi de relier directement la Vieille-Ville au nouveau quartier de la Croix de Marbre fort prisé des étrangers, des anglais en particulier. Plus loin, un deuxième pont devant un square arboré, l’actuel jardin Masséna***. On aperçoit même la monumentale statue en bronze du Maréchal d’ Empire André Masséna «l’Enfant chéri de la Victoire» qui vient sans doute tout juste d’être érigée en ce lieu où elle se trouve toujours d’ailleurs. Sa main droite, ouverte d’une façon particulière, nous indique qu’il a été franc-maçon.
En remontant encore, on trouve le vénérable Pont-Vieux datant du XIIIe siècle d’abord construit en bois puis renforcé en pierres vers 1323. Il portera initialement le nom de Saint-Antoine puis deviendra le Pont-Vieux après l’édification du pont Saint-Charles vers 1824 (Pont-Neuf). Il sera démoli en 1923 pour la couverture du Paillon, le barde niçois Menica Rondelly, l’auteur de «Nissa la Bella» ne s’en remettra pas!

Au fond, à gauche, la tour Saint-François dernier vestige imposant de l’église des Franciscains Mineurs disparue en 1792 à la suite de l’arrivée de la Révolution à Nice. Un peu à gauche, on devine l’abbatiale de Saint-Pons. Un peu à droite de la tour, l’église Saint-Martin/Saint-Augustin munie de deux tours-clochers. L’une d’entre elles s’effondrera en février 1887 suite au violent tremblement de terre qui affectera la côte ligure et notre région. Elle ne sera jamais reconstruite. L’ancienne porte d’entrée latérale de l’église est visible entre les deux tours mais a déjà été reportée en façade en 1854.Celle-ci sera restaurée dans le style baroque en 1895.

En remontant, sur la droite on retrouve le cimetière du Château, son mur d’enceinte et la petite chapelle édifiée gracieusement par la famille Tarani. Plus bas, à droite, se profilent le dôme de Sainte-Réparate et son campanile.

En conclusion, Amis Lecteurs, ces photographies anciennes sont un véritable trésor et nous permettent de faire une incursion dans le passé, un vrai voyage dans le temps !
Quelques dizaines d’années plus tard, le cinématographe naissant apportera une note supplémentaire avec l’animation de ces images fixes les rendant plus réalistes.

Consultez donc vos vieux albums de famille souvent délaissés au fond d’un tiroir ou d’une armoire, vous y trouverez peut-être des documents extraordinaires.

Baièta, e a si reveire !

Yann Duvivier,  Avril 2022

Sources iconographiques: Bibliothèque de Cessole

*: Il y a eu évidemment chez nous le célèbre photographe niçois Jean Giletta, le photographe grassois Charles Nègre ancien peintre qui s’est très vite passionné pour la photographie.

**: Pour des raisons sanitaires, le souverain Victor Amédée III avait interdit dès 1783 les enterrements dans les cryptes des églises sauf pour les clercs et les religieux. La mesure a eu toutefois beaucoup de mal a être appliquée, beaucoup de communes traînant les pieds, invoquant en particulier les frais de création de ces nécropoles sans compter les vieilles habitudes difficiles à faire évoluer. Le cimetière du Château a ainsi été boudé pendant longtemps.

*** : Incorporé dans la «Coulée Verte» aujourd’hui.

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