Nice et Région / Nice, 3 mars 1952. Une tragédie aérienne en plein Carnaval !

Amis Lecteurs, l’histoire de notre bonne ville de Nice n’a pas toujours été de tout repos, vous l’avez d’ailleurs vu au fil de ces rubriques que j’anime régulièrement. Il y a eu des jours clairs, des jours gris mais aussi des jours noirs…

Aéroport Nice-Le Var – Crédit photo : DR

En ce début de l’an 1952, Nice renoue lentement avec la vie normale après les affres de la Seconde Guerre mondiale. La voiture se démocratise avec de nouveaux modèles qui attirent les classes populaires (4CV Renault, 2CV Citroën…). Le transport aérien n’est pas en reste, de nouveaux avions, souvent conçus outre-Atlantique avant-guerre, sont mis en service dans le monde («Constellation», DC3, DC4…).
A côté de ces avions américains, la France commence aussi à aligner ses modèles, en particulier le quadrimoteur «Languedoc» SE161 produit par la SNCASO (Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud- Ouest initialement Société des Avions Marcel Bloch). L’avion était propulsé par quatre moteurs Gnome & Rhône qui seront remplacés par des Pratt & Whitney américains plus performants.

« Languedoc 1C » – Crédit photo : DR

Justement, ce matin du lundi 3 mars 1952, à l’aéroport de Nice-Le Var (*) l’avion assurant la liaison Nice-Paris, le «Languedoc» F-BCUM d’Air France se prépare au départ. A 9h05 c’est le décollage vers l’est puis l’aéronef entame un virage à gauche alors que la procédure lui impose de virer à droite au dessus de la mer pour poursuivre sa route vers l’ouest, vers Marseille sa première escale (**). La tour de contrôle de Nice réagit immédiatement en interpellant l’avion pour lui demander de rectifier sa route, mais, aucune réponse, la radio du bord reste obstinément muette et l’appareil semble également s’élever avec peine.
Dès lors tout se précipite, il survole Nice, progressant alors vers l’ouest en perdant de plus en plus d’altitude, il passe à quelques dizaines de mètres au dessus des studios de la Victorine, descend vers la basse plaine du Var, accrochant au passage un vieil olivier, se retourne puis s’abat sur le dos et prends feu aussitôt. Nous sommes au dessus du stade de rugby Alfred-Méarelli.

Le « crash » – Crédit photo : DR –

Les secours s’organisent très vite avec des riverains (***) accourus les premiers sur le lieux, les sapeurs-pompiers de Nice et ceux de   l’Aéroport bien équipés avec des lances à neige carbonique.
L’avion est proprement démantelé, déchiqueté, et les corps des passagers gisent çà et là affreusement brûlés. Sur les 38 personnes à bord (équipage et passagers), une femme, Mme Delpy, sera récupérée vivante mais pour peu de temps: elle décédera une semaine plus tard à l’hôpital Saint-Roch suite à ses terribles brûlures (****).
Les quatre membres d’équipage de l’avion étaient le commandant de bord Théo Farrugia, un vétéran avec 4500 heures de vol, le mécanicien Maurice Cavaille (2500 heures de vol), le radio Jean Fraillon (3700 heures de vol), le steward Charles Biancheri, le Niçois de l’équipe. Tous sont morts dans la catastrophe.
En ce qui concerne les passagers le bilan est très lourd: 34 morts. Le lundi soir 37 cercueils sont exposés dans une chapelle ardente au cimetière de Caucade. Les officiels, dont le maire de Nice Jean Médecin, viendront s’incliner devant les victimes.
La plupart des passagers étaient des artistes connus appartenant aux Ballets du marquis de Cuevas venus donner des représentations au Casino Municipal à l’occasion des fêtes du Carnaval (la comédienne Lise Topart, la danseuse-étoile Harriet Toby, Michèle Verly comédienne). Il y avait aussi à bord des personnalités de diverses provenance dont Mme Farrugia, l’épouse du pilote, des Anglais, un Italien, des gens d’affaires, pour la plupart rejoignant Paris.
Une anecdote : une passagère arrivée avec quelques minutes de retard, n’ayant pu embarquer, échappera ainsi à la mort. L’histoire ne dit pas si elle est allée poser un cierge à Laghet après avoir appris la catastrophe !

Les causes de ce terrible accident ? Malgré l’enquête serrée menée par le Ministère des Travaux Publics, des Transports et du Tourisme en la personne de Maurice Bellonte, héros de la traversée de l’Atlantique nord (1930) avec Dieudonné Coste, rien n’est établi formellement. Il s’est passé moins de cinq minutes entre le décollage et l’écrasement, or, dans ce court laps de temps, on peut quand même dire des choses, mais rien ! Une panne électrique générale est sûrement survenue au décollage d’où le silence-radio incompréhensible et le blocage des commandes des gouvernes de direction et de profondeur interdisant toute manœuvre.Quelques instants avant le « crash » final certains témoins ont pu voir fugitivement le commandant T. Farrugia debout, arc-bouté sur les commandes, essayant de limiter la casse au contact du sol, mais en vain.
Le «Languedoc» était parti de Nice totalement vérifié et rien ne présageait un tel dénouement. L’hypothèse du vol de mouettes a été vite écartée ainsi qu’une panne d’un ou de plusieurs moteurs. Dans ce cas le radio du bord aurait quand-même pu communiquer avec la tour de contrôle et signaler brièvement le problème. Le mystère demeure donc entier sur les circonstances de cette catastrophe.
                                            « Languedoc » militarisé en 1955 – Crédit photo DR

Les «Languedoc» seront retirés des vols passagers en 1953 et serviront pendant quelque temps à différentes missions civiles et militaires en particulier comme banc d’essai volant du Leduc-001, avion expérimental équipé d’un statoréacteur mais qui n’eut pas d’avenir.
Au «Languedoc» succédera bientôt le bi-réacteur «Caravelle» (1959), une réussite technique et commerciale.

Amis Lecteurs, bonne lecture et à bientôt !

Yann Duvivier, octobre 2021

Sources :

– «Nice-Matin» : Editions des 4-5 & 6 mars 1952.
– Cartes postales : collection Yann Duvivier
– « Paris-Match » N° du 8 au 14 Mars 1952, p.34, vue générale du crash final à la Vallière.
– Internet Wikipedia.

(*): L’aérodrome de Nice s’appellera successivement «Nice-Californie», « Nice-Le-Var », puis « Nice-Côte d’Azur » depuis 1955.

(**): Le voyage aérien Nice-Paris s’effectuait autrefois en trois escales : Nice-Marseille/ Marseille-Lyon /Lyon-Paris. Il fallait donc une bonne matinée pour rejoindre la capitale depuis Nice !

(***): A l’époque l’endroit était très peu urbanisé, ne comportant en majorité que des terres agricoles et quelques maisons. Aujourd’hui, avec la densité de l’habitat dans cette zone nous aurions un terrible bilan humain et matériel à déplorer.

(****): Il n’existait pas encore d’hôpital traitant les grands brûlés et on soignait les blessés avec des méthodes encore héritées de la guerre.

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