Je me souviens de… Jean-Paul Belmondo

Une Légende du Cinéma s’en est allée. Jean-Paul Belmondo s’est éteint le lundi 06 septembre 2021 à l’âge de 88 ans.

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Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo © 1960 Studiocanal – Société Nouvelle De Cinématographie-

Je me souviens qu’il est né le 9 avril 1933 à Neuilly-sur-Seine d’un père sculpteur, Paul Belmondo, et d’une mère artiste-peintre, Madeleine Rainaud-Richard. Gamin turbulent, il pouvait aussi bien escalader le lion de Belfort, place Denfert-Rochereau, ou organiser des courses de poussettes dans le jardin de l’Observatoire près de chez lui dans le XIVe arrondissement de Paris.
Je me souviens que c’est sa passion pour la boxe qui va canaliser son énergie débordante. Le déclic se produit le 12 septembre 1948. Il suit à la radio la victoire de Marcel Cerdan sur l’Américain Tony Zale pour le titre de Champion du Monde des poids moyens. Dans la foulée il s’inscrit à l’Avia Club, une salle de boxe de la porte Saint-Martin. Il entame même une petite carrière en amateur. Il est obligé d’y mettre un terme car une primo-infection aux poumons a été diagnostiquée. Il aura à son actif neuf combats (ou quinze?) avec sept victoires, un nul et une défaite.
Acteur, il sera boxeur dans
L’Ainé des Ferchaux (1963), puis entraîneur dans L’As des As (1982).
Passionné de noble art en particulier, il l’est aussi de sport en général. Gardien de but de l’équipe de foot de l’école, il deviendra celui des Polymusclés, une équipe réunissant des personnalités du monde du spectacle et du cinéma, comme le chanteur Sacha Distel et Claude Brasseur, et qui dispute des matches de bienfaisance. On verra Jean-Paul Belmondo dans les tribunes du Parc des Princes mais aussi dans celles du Vélodrome à Marseille. Il sera également un spectateur assidu du tournoi de Roland-Garros, pas uniquement pour les finales et encore moins pour être remarqué par les caméras.
La pratique du sport lui aura permis de garder (ou de retrouver partiellement) la forme, mais aussi d’assurer ses cascades pendant une bonne partie de sa carrière, jusqu’à Une chance sur deux (1998).
En 1949, ses problèmes pulmonaires amènent ses parents à l’envoyer au grand air, dans le Cantal, à Allanche, au sud de Clermont-Ferrand. C’est là que ce serait produit le déclic : « Les concours de bonimenteurs et les hurlements de rire des camarades m’ont rappelé le plaisir incommensurable que je prenais depuis toujours à me donner en spectacle. Et le silence des sommets a achevé de laisser émerger mon plus ancien désir et de l’amener jusqu’à ma conscience. »

CiaoViva - Belmondo 02 - Lelouch
Jean-Paul Belmondo – Itinéraire d’un enfant gâté – Films 13

Je me souviens qu’à son retour à Paris, comédien amateur, il tente à plusieurs reprises le concours d’entrée au Conservatoire. Recalé en 1951 mais admis comme auditeur libre, il y entrera en octobre 1952. Il y fait la rencontre de Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Pierre Vernier, Michel Beaune, Jean-Pierre Mocky, Claude Rich, Annie Girardot, Françoise Fabian, à laquelle s’ajoutera Philippe Noiret. Ils formeront la « bande du Conservatoire ». A la sortie, même si ses amis le portent en triomphe, le jury n’appréciant pas sa désinvolture ne lui décerne qu’un accessit, ce qui lui ferme les portes de la Comédie-Française. Néanmoins, Jean-Paul Belmondo continue de jouer sur les planches et obtient ses premiers petits rôles au cinéma.

Je me souviens que Pierre Dux, l’un de ses professeurs, avait dit : « (…) avec la tête qu’il a, il ne pourra jamais prendre une femme dans ses bras, car cela ne sera pas crédible… ». Cette « gueule », son physique, sa gouaille vont pourtant bien le servir. Le jeune comédien est en rupture avec les codes esthétiques en vigueur et l’héritage des jeunes premiers de l’époque (Jean Marais, Gérard Philipe).
Si Claude Chabrol lui donne le premier rôle dans À double tour (1959), Jean-Paul Belmondo tourne cette année-là dans le 1er long métrage d’un autre critique des Cahiers du Cinéma, Jean-Luc Godard. A bout de souffle, sorti en 1960, est un succès. Ours d’argent à Berlin, il obtient le Prix Jean Vigo et le Prix Méliès (Syndicat Français de la Critique) et devient le film emblématique de la Nouvelle Vague. Belmondo renonce aux planche pour faire carrière au cinéma.

Je me souviens que les joyeux drilles du Conservatoire l’avaient surnommé «Pépel» en référence à Pépel Wasska, le voleur incarné par Jean Gabin dans Les Bas-fonds de Jean Renoir, car il portait toujours le même pull fatigué. Suite aux coquilles d’un journaliste, le surnom est devenu « Bébel ».
A la fin de l’automne 1961, Henri Verneuil lui propose justement de jouer « aux côtés » de Jean Gabin dans
Un singe en hiver, l’adaptation du roman d’Antoine Blondin. Belmondo va pouvoir jouer face à l’une de ses idoles de jeunesse. Si la rencontre est glaciale, les deux acteurs deviennent bientôt complices. Le film apparaît comme un passage de témoins entre deux générations.

Je me souviens que Jean-Paul Belmondo va alors passer avec aisance du film d’auteur au cinéma grand public.
Il retrouvera Godard, Chabrol et Verneuil et tournera avec Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, Philippe de Broca, Jean Becker, François Truffaut, Claude Lelouch, Louis Malle, Robert Enrico, Edouard Molinaro, Jacques Deray, Philippe Labro, mais aussi, dès le début des années 1960, avec des cinéastes italiens : Vittorio De Sica, Alberto Lattuada, Mauro Bolognini, Renato Castellani, Sergio Corbucci. Malgré une brève apparition en légionnaire français dans Casino Royale de Val Guest et John Huston, une parodie de James Bond, il résistera aux sirènes hollywoodiennes.

CiaoViva - Belmondo Affiches
Affiches Les Morfalous et Joyeuses Pâques – Crédit : DR

Acteur principal, mais aussi producteur de Stavisky d’Alain Resnais, Belmondo vit mal l’accueil de la presse lors de la présentation du film à Cannes en mai 1974. Sa carrière va alors s’orienter presque exclusivement vers un cinéma de divertissement, d’action et d’humour.
Philippe de Broca, Henri Verneuil, mais aussi Georges Lautner, Gérard Oury ou Claude Zidi vont réaliser ces « films avec Bébel pour le grand public ». Tandis que l’écart avec la critique (qui reproche le formatage de ses films) se creuse de plus en plus, le nombre d’entrées (en millions) ne faiblit pas. Entre 1981 et 1983, trois titres cartonnent au box-office :
L’As des As, Le Professionnel et Le Marginal dépassent tous les 4 millions de spectateurs. Cependant, après les échecs (relatifs – +3millions d’entrées) des Morfalous et de Joyeuses Pâques sortis en 1984, Jean-Paul Belmondo se sépare de son associé René Chateau.« On ne peut pas rester vingt ans pareils, sinon, à 70 ans, je me serais encore retrouvé en petit bonhomme dessiné ! » (Première – 1985). Nouvelle déconvenue en 1987 avec Le Solitaire de Jacques Deray. Il faut remonter à près de trente ans en arrière pour qu’un film avec Belmondo n’atteigne pas le million d’entrées… Pour le comédien : « Le Solitaire a été le polar de trop. J’en avais marre et le public aussi ». Dans ses mémoires Jacques Deray écrira en 2003 : « Le Solitaire est une copie du Marginal, l’histoire est simpliste, les dialogues sont sans relief et je cours après le scénario. L’étrange impression de me parodier. »

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Cannes 2011 – Jean-Paul Belmondo – Crédit photo : Philippe Prost

Je me souviens que c’est Robert Hossein qui a offert à Jean-Paul Belmondo l’occasion de remonter sur les planches en lui attribuant le rôle titre de deux pièces qu’il met en scène au Théâtre Marigny, Kean de Jean-Paul Sartre d’après Alexandre Dumas (1987) et Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (1989/91). Entre temps, Claude Lelouch le fait tourner dans Itinéraire d’un enfant gâté avec Richard Anconina (1988). « Jean­Paul a eu 18 ans toute sa vie, mais là, je vois bien qu’il a changé physiquement. ». Au théâtre comme au cinéma Belmondo, 55ans, a retrouvé un public. Sa prestation dans Itinéraire lui vaut le César du meilleur acteur 1989. Belmondo n’assiste pas à la cérémonie et ne va pas chercher sa récompense. Il continuera de travailler, au théâtre et au ci­néma, mais une page est tournée, malgré le bon accueil (mais en dessous des prévisions) d’Une chance sur Deux (1998). Patrice Leconte a réuni le duo de Borsalino. Bébel, 65 ans, retrouve Delon et exécute une cascade.
Trois ans plus tard, à l’été 2001, Belmondo est victime d’un accident vasculaire cérébral, qui va le tenir éloigné des plateaux et de la scène.

En 2011, le Festival de Cannes lui décerne une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. A Venise en 2016, il reçoit un Lion d’or pour sa carrière. Au cours de la cérémonie des César 2017, l’Académie des César lui rend Hommage (en sa présence) pour l’ensemble de sa carrière.

Je me souviens qu’en octobre 2018, Claude Lelouch a annoncé le tournage de Itinéraire de deux enfants gâtés, 30 ans après le 1er, toujours avec Belmondo et Anconina. Quelques mois plus tôt, dans un entretien accordé à Corse Matin, Jean-Paul Belmondo n’avait qu’un regret : « (…) celui de voir malheureusement partir des amis très chers, Jean Rochefort, Philippe Noiret et quelques autres. Quand je pense à eux, et c’est souvent, je me sens très triste, mais je garde d’eux de merveilleux souvenirs, de grands moments de fraternité, des fous rires aussi. C’est la vie, et je sais, je l’espère en tout cas, que je les retrouverai un jour là-haut… »
Une Légende s’en est allée, mais son Etoile continuera de briller à tout jamais.

A lire :
« Mille vies valent mieux qu’une » de Jean­Paul Belmondo (Fayard, 2016).
A voir également :

Standing ovation – César 2017 – Canal+Cinéma – 2017 – 5mn37)
Jean-Paul Belmondo en 15 films (Madame Figaro – 2021 – 5mn49)
Jean-Paul Belmondo ses répliques cultes (Le Monde – 2021 – 3mn04)
C’est quoi Jean-Paul Belmondo (Blow Up/Arte – 2015 – 13mn04)
Belmondo, Cannes 2011 (Vincent Perrot et Jean-François -25mn)
Jean-Paul Belmondo : « Ma vie, mes amis, mes amours » (L’Invité -Patrick Simonin – TV5Monde – 2001 – 62mn)
Jean-Paul Belmondo, invité de Bernard Pivot dans « Bouillon de culture »/A2 – Archive INA – 1998- 84mn)
Gros plan sur Jean-Paul Belmondo (Spécial Cinéma – Christian Defaye – Les archives de la RTS – Mars 1987 – 24mn)
Jean-Paul Belmondo « Je suis un acteur sans prix » (France Inter/Archive INA -Avril 1971 – 12mn)
Jean-Paul Belmondo nous parle de ses plus grandes cascades ! (Archives RTBF/SONUMA -1964 – 10mn).

Philippe Descottes

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