Cinéma / ONODA de Arthur Harari

Avec Diamant noir, sorti sur les écrans en 2016, Arthur Harari signait un film prometteur. Onoda 10,000 nuits dans la jungle, son second long métrage, s’inspire d’un fait historique et confirme son talent. Une fresque ambitieuse et parfaitement maîtrisée malgré sa durée.

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Onoda – Arthur Harari – (c) Bathysphere

En 2016, avec Diamant noir, Arthur Harari nous avait emmené dans le milieu des diamantaires à Anvers. Avec Onoda, 10000 nuits dans la jungle, son second long métrage, il voyage dans le temps et dans un autre espace géographique (le Pacifique et les Philippines… et le Cambodge où il a été tourné). Du polar, il passe cette fois à un autre genre.
Hiro Onoda, le personnage principal du film, a bel et bien existé et il est probablement le plus connu de ces « soldats japonais restants », également appelés « stragglers » (traînards), ces soldats de l’armée impériale japonaise qui ont continué à se battre après la capitulation du Japon en septembre 1945. 127 ont été recensés entre 1947 et 1974. D’articles sur ces faits, Josef von Sternberg en avait tiré Fièvre sur Anatahan, son dernier film (1953).
Arthur Harari s’est inspiré de l’histoire d’Onoda mais n’a lu Au nom du Japon, son autobiographie, qu’après avoir écrit le scénario, tiré d’un autre livre, Onoda, seul en guerre dans la jungle 1944-1974 de Bernard Cendron Gérard Chenu. Son film se voit ainsi comme un film d’aventures ou de guerre et non comme une biographie.
En 1944, le Japon est en train de perdre la guerre. Le jeune Hiro Onoda (Endo Yuya) échoue à devenir pilote de chasse (et kamikaze). Il est récupéré par le major Taniguchi (Issei Ogata), qui lui offre une seconde chance, fait de lui un officier de renseignement et le forme à la “guerre secrète”. Il l’envoie à Lubang, une île des Philippines, juste avant les bombardements américains. Pour l’Empire la guerre va s’achever, mais pas pour Onoda et quelques hommes qui lui sont restés fidèles…
Dans
Diamant noir, Pier Ulmann (Niels Schneider) décidait de venger son vrai père qu’il n’avait pas revu depuis des années et qui a été retrouvé mort dans la rue. Des figures paternelles, le jeune Onoda en croise plusieurs. Outre celle de l’empereur, il y a celle de son père biologique, dont il s’éloigne après son échec à l’école de pilote, avant de trouver un père de substitution en la personne du major Taniguchi. De l’autorité de ce dernier (qui finira cependant par l’oublier), à l’origine de son endoctrinement puis de son entêtement à poursuivre la guerre, il ne s’affranchira pas.

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Taniguchi et Onoda – Onoda – Arthur Harari – (c) Bathysphere

Avec Onoda, Arthur Harari effectue un voyage dans le temps pendant 2h45, de 1944 à 1974, grâce à un habile dosage d’ellipses et de quelques flashbacks. Quelques repères (comme les faits relatés par un poste de radio) permettent au spectateur de ne pas perdre le fil du récit. Onoda est un film sur la guerre, sans effets spectaculaires, celle que le lieutenant s’approprie (en même temps que l’île) et qu’il mène contre un ennemi invisible, en dehors des paysans locaux, les “Donkos, sur lesquels la petite troupe (qui va se réduire) fait régner la terreur. On est également dans un film de survie (surival). Onoda et ses hommes doivent faire face à une menace ennemie (réelle ou supposée), mais aussi s’abriter des intempéries et trouver leur nourriture. C’est plus du côté de Delivrance que de Rambo de Ted Kotcheff qu’il faut chercher le lien. D’ailleurs, le réalisateur cite volontiers le film de John Boorman pour référence, la scène la plus explicite étant la mort de Kozuka, l’officier subalterne. La jungle d’Onoda renvoie à celles d’Aguirre où la colère de Dieu et d’Apocalypse Now, comme le personnage d’Onoda (plus âgé il est interprété par Kanji Tsuda. Les corps et les visages se transforment sans que cela soit gênant pour le spectateur grâce à la prouesse physique des deux acteurs) évoque le Lope de Aguirre du premier ou le colonel Kurtz du second, la démesure et les aspects baroque ou flamboyant en moins. La nature sauvage de Delivrance et de ces deux autres films n’a pas grand chose d’un Eden et constitue un univers avec lequel il faut composer pour survivre.

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Onoda – Arthur Harari – (c) Bathysphere

Onoda est aussi un voyage mental. Pour le réalisateur : « Ne pas avoir lu le livre m’a donné la liberté d’inventer le personnage que je voulais. Pour moi, Onoda était un carburateur à fiction et je ne voulais être prisonnier de sa subjectivité. » En s’écartant du biopic, il observe un personnage obsessionnel, tente de saisir ses cheminements psychologiques, mais il ne se focalise pas que sur le serviteur d’un régime impérialiste et militariste comme l’était le Japon de la Seconde Guerre mondiale. Les thèmes abordés, parmi lesquels les rapports maître/élève, l’embrigadement, l’absurdité des ordres, l’obéissance aveugle, les délires complotistes, sont intemporels et universels.
Onoda a fait l’ouverture de la Sélection Un Certain Regard du 74e Festival de Cannes.

Onoda, 10000 nuits dans la jungle d’Arhur Harari (Film de guerre, d’aventure/drame – France, Allemagne, Belgique, Japon, Cambodge – 2021 – 2h45 – Sortie : le 21 juillet 2021). Avec Yûya Endô, Kanji Tsuda, Issei Ogata, Kai Inowaki, Shinsuke Kato, Tetsuya Chiba, Yuya Matsuura.

– La bande annonce d’Onoda (Le Pacte – 2021 – 2mn06 – Vostf)
– Onoda, seul en guerre dans la jungle 1944-1974 de Bernard Cendron Gérard Chenu (Arthaud)
– Au nom du Japon d Hiro Onoda (La Manufacture des Livres)

Philippe Descottes

Un commentaire

  1. Merci beaucoup pour le lien vers l’étude sur le dernier film de Sternberg.
    Je trouve que l’histoire d’Onoda nous ramène vers d’autres robinsonnades de la deuxième guerre mondiale telles que « Dieu seul le sait » ou « duel dans le Pacifique ».
    Bonne journée

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