Cinéma / 74e Festival de Cannes (09 juillet)

Sélection officielle. En Compétition

Benedetta de Paul Verhoeven

Isabelle Huppert & Paul Verhoeven – Cannes 2016 – Crédit Photo : Philippe Prost

Quand on évoque Paul Verhoeven on lui associe fréquemment l’étiquette « sulfureux », à Cannes notamment lors de ce deux précédentes participation à la Sélection officielle, en 1992, avec Basic Instinct, puis en 2016, pour Elle. Avec des thèmes comme la violence, la religion et le sexe qui reviennent régulièrement dans sa filmographie, il paraît difficile d’échapper à ce qualificatif. Benedetta est dans la continuité de ses précédents longs métrages. Un film qui sent l’enfer donc. Il est vrai que le contexte s’y prête particulièrement cette fois puisqu’il s’inspire de la vie d’une nonne lesbienne dans l’Italie de la Renaissance. L’histoire vraie de l’abbesse Benedetta Carlini révélée par le livre de Judith C. Brown, Soeur Benedetta, entre sainte et lesbienne.
Au 17e siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des sœurs…
Benedetta, jouée par Virginie Efira, excellente, est à la fois sainte et putain, elle ne choisit pas entre la religion et le sexe, elle veut vivre les deux intensément. Chose que l’Eglise ne peut admettre. Est-elle une illuminée mystique ou une manipulatrice ? Le réalisateur ne tranche pas et laisse le spectateur libre de son opinion.Comme les personnages de Bartolomea, interprété par Daphné Patakia (
Comédienne belgo-grecque révélée par Djam de Tony Gatlif) ou de Soeur Felicita (Charlotte Rampling), elle a des liens de parenté avec ces autres femmes fortes de l’univers de Verhoeven, des femmes confrontées à des agressions dans une société dominée par les hommes : Agnès (La Chair et le Sang), Catherine Tramell (Basic Instinct), Rachel (Black Book) ou Michèle Leblanc (Elle).
Malgré le souci des détails historiques,
Benedetta n’est pas un biopic et mélange les genres. Du film historique en costumes au fantastique (les apparitions de Benedetta ou la transformation de sa voix façon Regan MacNeil dans L’Exorciste), en passant par la comédie (avec des moment grotesques) et la sexploitation.
Bien que se déroulant au 17e siècle, un parallèle peut être fait avec aujourd’hui : sur fond de crise sanitaire, un débat s’est engagé autour de la domination masculine représentée par l’institution religieuse. Ici, point de blasphème, Paul Verhoeven pointe du doigt l’hypocrisie et la corruption existant au sein du pouvoir religieux.

Avec Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin (Drame –France – 2020 – 2h06 – Date de sortie : le 9 juillet).
La bande annonce de Benedetta (Pathé – 2020 – 1mn157)

Cannes Première :

Cow d’Andrea Arnold

Cow – Andrea Arnold – Luma – Crédit photo Kate Kirkwood

Parmi les vaches au cinéma, on se souvient de la célèbre Marguerite de La Vache et le Prisonnier d’Henri Verneuil, et plus récemment, de Jacqueline en route pour la Salon de l’Agriculture dans La Vache de Mohamed Hamidi, celles de Bovines d’Emmanuel Gras, du troupeau de Petit Paysan d’Hubert Charuel. En attendant de découvrir Vedette, la vedette de Vedette avec l’ACID, Il y a maintenant Luma de Cow, le documentaire que lui a consacré la réalisatrice anglaise Andrea Arnold, déjà récompensée à Cannes par trois Prix du Jury (Red Road en 2006, Fish Tank en 2009 et American Honey en 2016). Dans sa note d’intention elle précise : « Cow nous invite à porter un autre regard sur les vaches, à nous en rapprocher, à contempler leur beauté mais aussi la réalité de leur vie. Sans fard. Ceci est l’histoire d’une réalité, celle d’une vache laitière, et un hommage à l’immense service qu’elle nous rend. Quand je regarde Luma, notre vache, c’est le monde entier que je vois à travers elle. »
Comme le film se focalise sur
Luma et son veau, son titre aurait pu (du ?) porter son nom. Mais sa dure condition de vache laitière est identique à celle de tant d’autres… D’où, probablement, ce Cow
Les premières minutes filment un vêlage dans une ferme familiale de bonne taille du Kent. Dès lors, la caméra va suivre les destins parallèles de Luma et de son veau, car sa petite lui a été retirée très rapidement. Au moment de la séparation, elle meugle et refuse de s’alimenter. On ne voit et on n’entend que très peu les fermiers. La caméra s’approche au plus près de Luma et capte ces moments de vie qui se déroulent presque exclusivement dans des hangars, comme le rituel de la traite sur un quai circulaire sur fond de musique pop, dans le lisier, sur le béton et dans le bruit des machines. Il faut attendre une heure pour la voir dans un pré regarder passer les trains. Et puis, il y a son regard, de son œil noir, pas aussi bovin qu’une expression désormais stupide le suggère, qui semble nous prendre à témoin, ou, tout du moins, nous perturbe. «
Je crois que nous avons tous grandi avec une idée romantique de la nature et nous sommes un peu déconnectés de la réalité, déclare la cinéaste. Dans ce film, je créé un lien avec quelque chose qui nous parait lointain. »

Cow n’est ni un documentaire animalier ni un film militant, mais il est difficile de ne pas éprouver de l’empathie pour Luma et ses congénères après l’avoir vu.
Avec Luma et son veau « matricule » 04481 (Documentaire – Royaume-Uni – 1h34).

La vache au cinéma (Blow Up – Arte – 2016 – 15mn)

Le site officiel du Festival de Cannes
Philippe Descottes

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