Cinéma / 74e Festival de Cannes (08 juillet)

Sélection officielle – En Compétition :

Lingui, les liens sacrés de Mahamat Saleh Haroun.

CiaoViva - Cannes 2021 - Lingui - Pili Films - Mathieu Giombini
Lingui – Pili Films – Mathieu Giombini

Huit ans après Grigris, Mahamat Saleh Haroun revient à Cannes en Compétition. En 2010, Un homme qui crieavait obtenu le Prix du Jury. Le film mettait alors en scène un père et son fils sur fond de guerre civile. Cette fois, il s’agit d’une mère et de sa fille. Dans les faubourgs de N’Djaména, Amina, une femme pieuse, élève seule Maria, sa fille de 15 ans. Sa situation de fille-mère lui a valu l’exclusion de sa famille, cela malgré le « lingui » ces liens d’entraide censés régir les rapports familiaux. Elle survit en vendant des paniers tressés. Maria, enceinte, est renvoyée du lycée. C’est la catastrophe pour Amina. Sa fille ne veut pas devenir comme sa mère et veut avorter. Comment le faire dans un pays où la loi l’interdit ? Où l’obligation de l’excision et « la culture du viol » semblent toujours des traditions ?
Le cinéaste pose son regard sur la condition de la femme tchadienne et dresse un portrait sans concession, à la fois social et politique, de son pays. Il pointe du doigt le pouvoir des hommes, de l’argent et l’influence du religieux, comme il montre, avec peu de moyens, en quelques plans, le dénuement et la précarité de toute une partie de la population.
Dans ce film où les femmes ont le premier rôle, on soulignera la prestation d’
Achouackh Abakar Souleymane et Rihane Khalil Alio qui interprètent la mère et la fille.
Avec Achouackh Abakar Souleymane, Rihane Khalil Alio, Youssouf Djaoro. Tchad/France – Drame – 1h27 – Sortie : le 8 décembre 2021.
La bande annonce de Lingui, les liens sacrés

Le Genou d’Ahed de Nadav Lapid.

CiaoViva - Cannes 2021 - Le Genou d'Ahed - N.Lapid
Le Genou d’Ahed – N. Lapid – Crédit Photo : Le Bal

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace  » (Georges Jacques Danton). Nadav Lapid n’en manquait pas dans ses trois premiers longs métrages (Synonymes, L’institutrice). Il augmente la dose avec ce quatrième film, autobiographique, quitte à perturber voire déranger le spectateur. Cela commence dès les premières minutes du film… Un ciel blanc, le vrombissement d’un moteur, un orage qui éclate, une moto qui roule à vive allure malgré les trombes d’eau, le casque de son conducteur (?), une femme qui participe à un casting, pour un concert ou un film ? Des images d’une vidéo montrant Ahed (…celle du titre) Tamimi, militante palestinienne arrêtée, jugée et emprisonnée à 16 ans, pour avoir giflé un soldat israélien. Puis Y. (Yoav était le prénom du personnage principal des deux précédents, son double), un cinéaste israélien qui arrive dans un village reculé du désert pour participer à un débat à l’occasion de la projection de l’un de ses films…
Le réalisateur poursuit sa réflexion à la fois artistique et politique. « Au printemps 2018, alors que j’étais invité à la projection de L’Institutrice dans un village du désert israélien, j’ai été contacté par une fonctionnaire du Ministère de la culture qui m’a demandé de lui renvoyer un formulaire signé dans lequel étaient précisés les sujets abordés après la projection. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu’il s’agissait là d’une forme de censure. L’autre origine du film, c’est la maladie de ma mère, qui était aussi ma monteuse. Elle est décédée un mois et demi après cet épisode. J’ai écrit le scénario (…) dans la foulée, en deux petites semaines, dans une sorte de geste de deuil. (…). L’histoire est très brutale, très frontale. Cet état d’esprit a pénétré le film, le cadre, les images et la direction d’acteurs. Chez moi, le deuil et les sentiments personnels sont toujours associés aux sentiments collectifs. Faire le deuil de ma mère, c’était aussi faire le deuil de mon pays » (source : Entretien Festival de Cannes).
Ce questionnement sur l’identité et l’engagement donne lieu à une mise en scène explosive, avec une caméra qui ne tient pas en place, l’utilisation de musiques pop et rock, des chorégraphies improbables. Et puis, il y a le jeu intense de l’étonnant comédien et chorégraphe
Avshalom Pollak, et notamment ce grand moment, son long et quasi-monologue filmé en très gros plan…
Un film coup de poing à ne pas manquer.
Avec Avshalom Pollak, Nur Fibak. Israel/Allemagne/France – Drame – 1h49 – Sortie le 15 septembre 2021.
La bande annonce du Genou d’Ahed

Le site officiel du Festival de Cannes

Philippe Descottes

2 commentaires

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