Quartiers / Saint-Maurice, Chambrun, l’Assomption, un quartier plutôt préservé

Ami lecteur, dans une de mes anciennes péroraisons  je vous avait promené sur l’Avenue Borriglione, un quartier que je connais assez bien. Pourquoi ne pas jeter maintenant un coup d’oeil au delà, plus au nord, à partir de la place Alexandre Médecin autrefois place Saint-Maurice? C’est un lieu chargé d’histoire dont il reste encore des vestiges intéressants malgré le bétonnage et l’urbanisation survenus partout ailleurs dès les années 1960. Heureusement ce quartier n’en a pas trop souffert.

La place Saint-Maurice tire son nom d’une ancienne chapelle champêtre, disparue depuis longtemps, bâtie à l’époque par l’abbé savant P. Gioffredo qui en confie la chapellenie (la gestion) à son neveu le clerc Jean-François Adrech. Elle se situait approximativement à l’angle, des avenue Borriglione et de la rue Saint-Maurice actuelles.

La place Alexandre Médecin, du nom d’un avocat niçois (1852-1911) est le point de départ de notre excursion dans ce quartier autrefois éminemment campagnard.

On trouvait là, un vaste territoire vallonné qui attira l’attention de la famille de Chambrun qui en fit l’acquisition  au comte de Pierlas. Pour le comte Joseph Pineton de Chambrun et son épouse née Godart, héritière de la cristallerie de Baccarat ce fut le coup de foudre à la vue de ce domaine utilisé jusque là comme terrain agricole. L’achat est finalisé en 1876. Les époux Chambrun sont riches mais aussi cultivés. Le comte est député puis sénateur de la Lozère, écrit beaucoup sur divers sujets et la comtesse donne plutôt dans la poésie.

Il font construire leur demeure de style « manoir anglais » dans un premier temps puis se tournent vers l’aménagement du Parc qui très vite est élogieusement cité dans les guides,vantant les beaux jardins ornés d’une riche collection d’arbres et d’arbustes, de toutes les essences de toutes les parties du monde, bref un lieu concurrençant la Villa Valrose du baron Von Derwies.

Le comte de Chambrun est un romantique, reçoit beaucoup de visiteurs mais rêve d’aller plus loin. En amoureux de l’antiquité, il entreprend l’édification au cœur de son domaine d’un temple majestueux sur le modèle de la Sybille de Rome, un hommage aux Arts et aux Lettres en quelque sorte. Pour ce faire il s’entoure des compétences de l’architecte niçois Philippe Randon qui va même se rendre à Rome afin de bien se pénétrer du style architectural du futur monument. Cela va donner le chef-d’oeuvre encore visible sous nos yeux et connu sous le nom de Temple de Vesta ou temple de Diane ou de l’Amour avec douze colonnes corinthiennes en marbre supportant l’entablement, la charpente métallique et la couverture en cuivre, le tout accessible par des volées d’escaliers entourant l’imposant bâtiment.

L’inauguration de la merveille eut lieu le 28 mars 1890 devant un parterre du plus beau monde et avec la participation de l’orchestre et du choeur du Théâtre Municipal de Nice. Ce fut une soirée inoubliable. Cette «folie» coûta quand même 50000 louis d’or au Comte mais il avait les moyens! Les soirées de Chambrun vont prendre la suite de celles de Valrose après le brusque décès du baron russe en 1881.

Ce kiosque à musique côtoie un grand cèdre planté au XVIIIeme s, toujours visible.

Le comte de Chambrun décède en 1899 et comme pour Valrose, les lampions s’éteignent alors brusquement et le domaine est déserté. Il va par la suite être morcelé et un nouveau quartier se constituera par le tracé d’avenues portant des noms d’écrivains français célèbres des 18eme et 19eme s: Chateaubriand, Alfred de Vigny, George Sand, André Chénier etc…Le temple de Diane survivra jusqu’à nous. Il est toujours fréquenté et sert entre autres de cadre aux photos des jeunes mariés.

En 1906, suite à l’engouement populaire pour le patinage, on construit près du temple de Diane une patinoire, un éphémère Palais de Glace qui sera démoli peu après la Grande Guerre. L’ouverture des stations de ski dans l’arrière pays niçois reportera les activités de patinage sur glace dans ces endroits plus adaptés.

Le palais de Glace servira en tout cas d’hôpital militaire pendant la Grande Guerre, à l’instar des grands palaces de la Riviera. Plus près de nous, le quartier va s’étoffer au fil des années avec de belles villas et quelques beaux immeubles, mais sans excès. Tout près du Parc Chambrun, est le petit quartier de l’Assomption où se trouve une curiosité, un temple Antoiniste! Le culte Antoiniste a été fondée par un certain Louis Antoine (1846-1912), ancien mineur, très attaché au culte catholique au départ, lisant énormément, s’initia au spiritisme, se découvrit médium et fonda son propre groupe spiritualiste intitulé «Les Vignerons du Seigneur» et s’oriente alors vers la guérison des malades qui viennent de plus en plus nombreux le consulter au point de construire une vaste salle pour les recevoir. Il devient «Le Père» au sein de son organisation.

Après quelques ennuis avec la justice, il change son fusil d’épaule et abandonne le spiritisme, brûle tous les exemplaires de sa doctrine, fait construire un temple et crée sa nouvelle doctrine L’Antoinisme. Le Père Antoine a fondé sa religion qui va jouir d’une renommée extraordinaire. Le Culte Antoiniste est une croyance basée sur la Foi et le désintéressement, reconnue d’Utilité Publique à caractère religieux par le gouvernement belge en 1922. En France on compte 31 Temples Antoinistes dont 1 à Nice et 1 à Monaco sans compter de nombreuses salles de Lecture appelée à devenir de futurs Temples. Le Culte est ouvert à tous indistinctement et tout se fait par la prière. Le but du Culte n’est pas de convertir mais de guérir et de consoler par la foi. Les adeptes niçois sont peu nombreux, une vingtaine (hommes et femmes) tout au plus. L’accueil est chaleureux et exempt de prosélytisme.

Voilà donc un endroit plutôt insolite que l’on ne s’attend pas à voir à Nice.

Ami lecteur, j’espère encore une fois vous avoir interessé par cette chronique illustrée de quelques documents anciens et vous donne rendez-vous prochainement. Les centres d’intérêt à Nice ne manquent pas.

A si reveire dounca!

Yann Duvivier
Octobre 2020

Sources:

  • Iconographies: Photos et cartes postales anciennes de l’auteur.
  • «Nice Quartiers» supplément N°4 mai 1997.
  • «Historia Spécial» N° 382 bis 1978.

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