Cinéma / MATERNAL de Maura Delpero.

Immersion au cœur d’une institution religieuse recueillant des filles- mères à Buenos-Aires. La cinéaste dont c’est le premier long métrage, y explore le vécu quotidien d’un apprentissage à la maternité adolescente où les sentiments  : désirs, peurs (des violences ), attachement maternel et responsabilités se télescopent en un superbe regard sensible sur le vécu intime de la féminité…

de gauche à droite :Luciana ( Augustina Malale) , Soeur Paola ( Lidiya Liberman) et Fatima ( Denise Carrizo ) Crédit Photo : Memento films Distribution –

 

La cinéaste d’origine Italienne née à Bolzano se distingue par un double parcours, se déclinant en itinéraire de formation multiples. Formation Littéraire ( Bologne et Paris ) et enseignement dans le secondaire. Puis en Argentine et Buenos Aires y étudiant la dramaturgie et s’engageant ensuite dans le cinéma et les courts métrages documentaires . C’est de toutes ces expériences et rencontres dont elle s’est enrichie pour construire son scénario sur le sujet de la maternité auquel toutes les femmes sont confrontées à faire des choix intimes et personnels compte tenu des conditions dans lesquelles elles se retrouvent à devoir, parfois, y faire face . Maternité confrontée au choix de carrières , maternité désirée ou infertilité obligeant au recours à l’adoption, maternité non désirée et recours à l’avortement … les exemples et cas de figure sont nombreux de choix à faire . Ici , en Argentine où l’avortement est interdit par la loi, la cinéaste a choisi d’en explorer les tourments féminins par le biais de ces filles-mères adolescentes mineures confrontées à des situations très difficiles qui sont recueillies dans des foyers laïcs ou religieux jouant un rôle important de secours solidaire. Effectuant un long travail de quatre années qui lui a permis de réunir les informations sur le fonctionnements de ces établissements, et leurs systèmes de protections et ses règles. Complété par des nombreuses rencontres avec les jeunes adolescentes qui y sont recueillies , la matière suffisante de son scénario réunie, lui a inspiré cette retranscription d’un vécu quotidien , qu’elle a partagé avec elles . Elle a choisi de décrire celui d’un établissement religieux qui lui permettait d’ouvrir une « double approche » sur la thématique du vécu , de l’approche et  du ressenti de la maternité . Lui permettant d’ajouter au vécu des jeunes adolescentes ,celui des sœurs partageant avec elles, ce vécu en protectrices à la fois attentives et sévères … mais non dénué de certains élans quasi maternels , notamment avec les enfants de ces filles-mères , explique la cinéaste : «  j’ai senti cette enceinte protectrice comme une marmite bouillante … où, sous les rituels quotidiens de la religion et de la maternité , pulsent les conflits et les désirs des femmes contraintes de vivre le paradoxe de leurs maternités absentes, ou précoces » . Cette maternité absente ( le serment de virginité des sœurs religieuses ) et celui de la maternité précoce des adolescentes, dont le lieu clos de l’institution permet la confrontation et une originale approche . C’est la belle et forte idée du récit explorant la forme diffuse des approches féminines de la maternité , créant un lien solidaire ( ombilical? ) qui les oblige à « déplacer leur baromètre émotionnel » , à l’image du personnage de la jeune Fatima ( Denise Carrizo ) refusant la maternité , et qui , sensible à l’attention de sœur Paola , fera un petit pas vers l’acceptation…

la petite Nina ( Isabella Cillia ) en compagnie de soeur Paola ( Lidiya Liberman) – Crédit Photo : Memento films Distribution-

Dès les premières images, avec l’arrivée de la jeune sœur italienne , Paola (Lidiya Liberman )
qui y vient prononcer ses voeux définitifs auprès de la mère supérieure , puis la scène du dialogue entre Luciana et Fatima , nous voici avec elles immergé au cœur de ce lieu de clos et refuge où le monde extérieur est désormais exclu, en hors-champ. Celui-ci s’y répercutant dans les dialogues – confidences et échanges entre les adolescentes et les religieuses . Le spectateur étant invité à s’immerger , avec elles, dans ce huis-clos spacial et y vivre en témoin de cette « rencontre » chargée d’apaiser les tourments générés par les grossesses de ces jeunes mères . Un regard spectateur placé et voulu , en position « d’oeil caméra » témoin , au cœur d’un vécu du présent, où, pour ces jeunes femmes, c’est vers le futur qu’il va falloir se projeter et se préparer à affronter psychologiquement le chemin qui y mène. Une mise en situation et en abyme nous offrant une splendide approche des lieux et des destinées qui s’y jouent, dont la dynamique des la mise en scène avec ses plans fixes enregistrant les vibrations des lieux et des âmes, à laquelle la touche du regard documentaire
imprègne une dramaturgie subtile et magnifique par ses plans où les moindres vibrations d’un geste d’un regard , un sourire exprime le non- dit . Au huis-clos du lieu et ses espaces enfermés dans les murs et les barreaux des fenêtres , avec ses couloirs , ses lieux de prière , les chambres des mères et celles des enfants , réfectoire ou espaces de réunions et de divertissements , c’est la dimension chorale qui s’y invite, avec toute une synergie qui s’y déploie. Celle, reflétant magnifiquement une spontanéité naturelle qui fait mouche , offrant aux échanges de protagonistes , la richesse de la pluralité à la fois du regard sur les différents vécus et ressentis des échanges, ouvre à la multiplicité des points de vues, par l’interaction que la cinéaste s’attache à transcrire , y insufflant les « vibratos » émotionnels auxquels le huis-clos des lieux , renvoie la belle dimension de la dramaturgies de l’enjeu du futur des destinées qui s’y jouent pour chacune des mères . La cinéaste l’ouvrant , habilement par cette approche chorale , à la dimension Universelle d’une constat auquel, les interrogations au cœur de ce « confinement » intérieur du lieu , renvoient au débat qui alimente le débat sur les luttes féminines d’aujourd’hui .

Soeur Paola ( Lidiya Liberman ) en compagnie de l »enfant d’une fille mère – Crédit Photo : Memento films Distribution-

Celui , par exemple évoqué dans l’une des premières scène du film ( celle de la salle de bains )où, au cours de la discussion l’une d’entre elle fait état de «  la violence des garçons » . Cette unique réplique sur le monde extérieur , offrant au choix du hors-champ voulu par la cinéaste, la possibilité d’en explorer au cœur du huis-clos, les répercussions et angoisses générées s’y répercutant en forme de thérapie de groupe . Maura Delpero y portraitisée
se dès lors de magnifiques personnages emblématiques et révélateurs. A l’image de Luciana
( Augustina Malale ) , dix-sept ans qui vit mal les règles imposées par l’institut et sa maternité précoce qui l’y a amenée et dont l’attitude rebelle provocatrice la mettra en situation de danger, lorsqu’elle décidera de fuguer courant le risque de se retrouver séparée de sa fille !. Le déclic du réflexe maternel qui va jouer réveillant les traumatismes de son enfance, elle se muera alors en battante pour récupérer sa Nina ( Isabella Cilia ),petit ange fragile qui illumine le film par sa présence et ses facéties : se maquillant les lèvres pour jouer les grandes dames , mais avec son « nounou » toujours dans les bras accompagnant son sommeil. Ce questionnement sur la maternité évoqué plus haut avec le personnage de sœur Paola auprès de laquelle Nina trouera refuge lors de la fugue de sa mère, s’y prolonge en parallèle, dans les séquences du dortoir abritant les nouveaux nés , et celui des plus jeunes et leurs salles de classe et de jeux, et cette curiosité qui les fait aller interpeller mères ou bonnes sœurs en quête d’attention et d’amour maternel . Offrant le visage d’un recours possible à ces douleurs de ces jeunes mères déstabilisées par le vécu, d’une grossesse subie . C’est ce possible que laisse percevoir, aussi , l’autre personnage bouleversant du petit Michaël (Alan Rivas) curieux de tout, et qui joue un rôle rassurant et consolateur de petit prince ,pour sa mère inquiète et dépressive. Petit, et seul homme dans les lieux et figure symbolique :«  c’est un beau représentant en devenir et qui donne de l’espoir pour les générations futures », dit la cinéaste . Alors  comme nous, laissez- vous immerger dans ce lieu clos et son superbe regard sensible sur un sujet intime du vécu féminin de  la maternité, dont Maura Delpero  nous livre une superbe approche,  qui ne peut laisser indifférents….

(Etienne Ballérini)

MATERNAL de Maura Delpero -2019- durée : 1h 29

AVEC : Lidiya Liberman, Denise Carrizo, Augustina Malale, Isabella Cilia, Alan Rivas, Marta Lubos, Renata Palminiello, Livia Fernan, Florella Roccasalvo, Brenna Sandoval, Magali Fernandez .

LIEN : Bande -Annonce du film : MATERNAL de Maura Delpero – Memento Films Distribution-

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