Cinéma /Je me souviens… de Michael Lonsdale

Michel Lonsdale est décédé ce 21 septembre à l’âge de 89 ans. Il était l’une des Grandes figures de la profession, un Géant. Acteur de Cinéma mais aussi Comédien et Metteur en scène de Théâtre…

C’était en… Aïe ! J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… Sans doute dans le début de ce siècle. Où, ça je le sais, dans un théâtre que j’affectionne, le Toursky, à Marseille. Sur la scène, deux personnages que j’affectionne : Michaël Lonsdale et Richard Martin. Ce n’était pas une pièce de théâtre ni un spectacle ordinaire : un échange dialogué comme une confession intime, Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. Ce n’était pas une pièce de théâtre mais un moment de grande culture, d’intimité et d’émotion, des instants de bonheur partagés riches de beauté et porteurs d’espoir, un dialogue où se répondent deux amis de longue date, deux univers distincts ; un montage poétique, échange fraternel et intellectuel, deux hommes, l’un à la recherche du divin, l’autre à la recherche de l’humain – mais rechercher le divin n’est-ce pas rechercher l’humain- se rencontrent, se parlent, s’écoutent.
Michael Lonsdale… Le mot est puéril, et pourtant il est vrai : un Géant. Comédien de théâtre, acteur de cinéma, metteur en scène, bref, une vie d’homme.

M. Lonsdale dans : Une sale Histoire de  Jean Eustache – Crédit Photo : Jean Eustache 

Il naît à Paris le 24 mai 1931. Il est le fils naturel de Simone Béraud et d’Edward Lonsdale-Crouch, un militaire de l’armée britannique. Une de ses grands-mères était irlandaise. Il est le neveu par alliance de Marcel Arland (époux de sa tante Janine Béraud), écrivain et prix Goncourt 1929. A Cannes, en 1946, il rencontre Roger Blin qui lui fait découvrir le théâtre. En 1949, Michael et sa mère s’installent à Paris dans un immeuble face aux Invalides, dans l’appartement du grand-père maternel où l’acteur habitera ensuite toute sa vie.    Sa carrière… Il me faudrait 3 articles pour en parler… Michael Lonsdale était, on l’ignore parfois, un immense acteur de théâtre, un ami de Beckett, un soutien d’Ionesco, un familier de Duras. Jouant avec les metteurs en scène les plus exigeants, Claude Régy ou Jean-Marie Serreau, il est de cette trempe d’acteurs qui aime le contact avec les meilleurs créateurs. Au cinéma, sa filmographie est des plus impressionnantes. Il a tourné avec le ban et l’arrière-ban du cinéma d’auteur : par ordre de rencontre, Mocky, Welles, Truffaut, Duras, Rivette, Carné, Malle, Resnais, Robbe-Grillet, Buñuel, Losey, Eustache, Risi, Ruiz, Ivory, Sautet, des Pallières, Ozon, Podalydès, Spielberg, Jousse, Forman, Breillat, Klotz, Beauvois, Oliveira. Mais il a également été un compagnon fidèle de ce que le cinéma français a pu produire de bon cinéma populaire – Oury et Molinaro, entre autres.

Michael Lonsdale et Max Von Sydow dans Les Premiers, Les derniers – Crédit Photo : Chris Dewitte / Wild Bunch Distribution

En 2010, il joue le rôle de frère Luc dans le film dramatique Des hommes et des dieux, réalisé par Xavier Bauvois, qui relate les derniers jours des moines de Tibérine, en Algérie… Pour ce rôle, frère Luc. il remporte l’unique César de sa carrière en tant que Meilleur second rôle masculin. Perso, je le préfère largement au premier rôle, Lambert Wilson. Enfin, moi, j’dis ça j’dis rien. Il avait tout à la fois un style inimitable et une palette très large. D’ailleurs il a été le recteur de la Grande Mosquée de Paris en 1942, dans Les Hommes libres, d’Ismael Ferroukhi film très vite oublié malgré sa sélection cannoise. Il était extraordinaire dans le registre sarcastique, chez Jean-Pierre Mocky, dans le Fantôme de la liberté de Buñuel, où il joue un personnage de chapelier se faisant fouetter à toute volée par une dominatrice devant une brochette de moines, scène qui mélange le burlesque acide et une approche clinique glaçante de la pathologie. Sa capacité de décalage donne aussi des scènes sublimes de drôlerie dans Baisers volés de Truffaut, où il interprète l’inoubliable Monsieur Tabard, sans amis, moqué par ses vendeuses, qui va voir un détective privé pour comprendre pourquoi personne ne l’aime.

Michael Lonsdale et Lambert Wilson : Des Hommes et des Dieux – Crédit Photo : Mars Distribution

En 2010, pour la sortie de Des hommes et des Dieux, à Cannes, il confie à Annick Cojean, du journal Le Monde : « Je ne serais pas là si un professeur de théâtre magnifique, Tania Balachova, ma seconde mère, ne m’avait révélé et sorti de mon silence, de ma timidité, de mes inhibitions. J’avais 22 ans, je rêvais d’être comédien depuis que j’avais vu, enfant, des dizaines de films américains apportés par les Alliés lorsqu’ils ont débarqué au Maroc. J’en étais fou. Je sortais des séances galvanisé, électrisé, incapable de dormir. Et puis un jour, à Paris, je me suis présenté au Studio des Champs-Elysées. Tania, somptueuse, se tenait près du bar. Delphine Seyrig répétait Roméo et Juliette. Vitez était là, Terzieff allait passer. Et aussi Trintignant. Le rêve absolu. C’est grâce à elle que j’ai pu sortir de ma coquille et appris à tout exprimer, les plus beaux sentiments comme les plus abjects, y compris la violence dont je me croyais incapable ».

Michael Lonsdale dans  Les fantômes de Goya de Milos Forman- Crédit Photo : StudioCanal

Je n’ai hélas vue aucune pièce de théâtre avec Lonsdale, sauf celle citée en début d’article. Quant aux films il y a Paris brûle t-il ?, de René Clément, La mariée était en noir, de Truffaut, La Grande Lessive, de Mocky, Baisers volés, de Truffaut, Le souffle au cœur, de Louis Malle, Les compagnons de la marguerite et Un linceul n’a pas de poche, de Mocky, Glissements progressifs du plaisir de Robbe Grillet, Nelly et monsieur Arnaud, de Claude Sautet, Stavisky de Resnais, La vérité sur l’imaginaire passion d’un inconnu, de Marcel Hanoun, Section spéciale, de Costa Gravas, Monsieur Klein de Losey, India Song et Son nom de Venise dans Calcutta désert, de Marguerite Duras, La femme gauchère, de Peter Handke, Les Acteurs de Bertrand Blier, Le nom de la rose, de Jean Jacques Annaud, Les fantômes de Goya de Milos Forman, Le parfum de la dame en noir de Bruno Podalydès, et j’en oublie, et j’en oublie…
Lonsdale et la religion… Catholique engagé, Michael Lonsdale est proche de la Communauté de l’Emmanuel… En 1987 à l’invitation de Dominique Rey, alors jeune prêtre, il participe au premier Festival Magnificat à Paray le Monial. En 1988, cofonde le Centre Artistique Chrétien Magnificat, destiné plus spécialement aux artistes.
Chrétien et comédien ?
On vous a associé parfois à Jacques Dufilho dans la perception de cette «exception» : comédien hors norme ET chrétien… Avant, c’était : ne nous parlez pas de Dieu, ça nous embête ! Mais depuis la chute du Mur, ils sont tous à la recherche de la Vérité. Surtout les artistes. Ils ont besoin de justesse et de rêve. Ils sont très croyants dans leur art, mais pas dans la vie… Ils sont à la recherche du Beau. Propos recueillis par Marie-Christine D.

Maestro de Léa Fazer (2014) – Crédit Photo: Mandarin Cinéma/ Rézo Films

Je suis personnellement agnostique, c’est-à-dire que je suis sceptique en matière de métaphysique et de religion. Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. Et alors ? Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas…
À propos de son absence de vie conjugale, il déclare, dans son livre Le Dictionnaire de ma vie, paru en 2016 : J’ai vécu un grand chagrin d’amour et ma vie s’en est trouvée très affectée. La personne que j’ai aimée n’était pas libre… je n’ai jamais pu aimer quelqu’un d’autre. C’était elle ou rien et voilà pourquoi, à 85 ans, je suis toujours célibataire ! Elle s’appelait Delphine Seyrig
21 septembre 2021. Une vie d’homme s’achève….

Jacques Barbarin

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