Cinéma / UN SOUPÇON D’AMOUR de Paul Vecchiali

Avec Un soupçon d’amour, Paul Vecchiali signe à 90 ans son 30e long métrage pour le cinéma et continue d’explorer le sentiment amoureux. Un mélodrame porté par une Marianne Basler que l’on revoit avec grand plaisir. Elle est bouleversante.CiaoViva - un-soupcon-d-amour 02   André (Jean-Philippe Puymartin) et Geneviève (Marianne Basler) – Crédit photo Epicentre.

Paul Vecchiali aurait pu (dû) faire l’objet d’un portrait dans la célèbre collection Cinéastes de notre temps (puis Cinéma, de notre temps). A 90 ans, Paul Vecchiali fait figure de cinéaste d’un autre temps, ou plus précisément de cinéaste libre, indépendant et anticonformiste qui ne se préoccupe pas des modes du temps présent. Depuis près de soixante ans il imprime sa marque singulière dans l’histoire du cinéma français. Rédacteur aux Cahiers du Cinéma dans les années 1960, il a croisé la Nouvelle Vague et créé dans les années 1970 Diagonale une société de production qui a permis à Jean-Claude Biette, Marie-Claude Treilhou, Claudine Bories, Gérard Frot-Coutaz ou Tonie Marshall de passer à la réalisation. Après avoir arrêté le cinéma en 1999, il est revenu sur sa décision et depuis n’arrête plus de tourner, des films à petit budget compte tenu des difficultés de financement. Il est le réalisateur de 50 fictions télé et cinéma et par ailleurs écrivain.
CiaoViva - un-soupcon-d-amour 01Isabelle (Fabienne Babe) et Geneviève (Marianne Basler) – Crédit photo : Epicentre.

Avec Un soupçon d’amour Paul Vecchiali demeure fidèle à « sa troupe » de techniciens (Philippe Bottiglione, son directeur de la photographie, Francis Bonfanti, son ingénieur du son, Roland Vincent son compositeur attitré) et de comédiens avec lesquels il a déjà travaillé. Outre Marianne Basler (révélée en 1985 par Rosa la rose, fille publique de Paul Vecchiali) et Fabienne Babe, Jean-Philippe Puymartin. Il poursuit en même temps son travail d’explorateur du sentiment amoureux. « L’amour a toujours été au centre de ma vie, donc de mes films, déclare le réalisateur. Je ne sais rien de plus important que d’aimer une personne. Passer par l’amour me semble inévitable quel que soit le sujet de la fiction » . Geneviève Garland (Marianne Basler), une célèbre comédienne, répète Andromaque de Racine, avec pour partenaire, son mari André (Jean-Philippe Puymartin). Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et cède son rôle à son amie Isabelle (Fabienne Babe) qui est aussi la maîtresse de son époux. Geneviève se rend au chevet son fils malade, Jérôme, dans son village natal en Provence. Elle semble fuir certaines réalités difficiles à admettre…
CiaoViva - un-soupcon-d-amour 03Geneviève (Marianne Basler) auprès de Jérôme (Ferdinand Leclère) – Crédit photo : Epicentre

Comme souvent chez Vecchiali, le film se veut un mélodrame, il est d’ailleurs dédié a Douglas Sirk qui en est l’un des maîtres (Le Temps d’aimer et le temps de mourir, Écrit sur du vent). En même temps, il rend hommage à Sonia Saviange sœur de Paul Vecchiali et comédienne décédée tragiquement en 1987. Mais il mixe également les genres, le drame, la comédie musicale, la comédie et une touche de fantastique, et mêle passé et présent. De même, qu’il fait se confondre cinéma et théâtre sans que cela soit une gène pour le spectateur. Outre la répétition d’une pièce comme élément du scénario, les dialogues tiennent une place importante et le phrasé des comédiens est théâtral « (…) aujourd’hui, commente le cinéaste, on a tendance à rejeter le « texte », à singer la rue, on s’applique même à parler très vite comme si les acteurs/trices avaient peur d’oublier les paroles ou qu’ils aient un truc urgent à faire, ou un besoin pressant… Personnellement, je ne supporte pas ça. « On vient au cinéma pour connaître et non pas pour reconnaître ». Jean Cocteau ». Enfin, au niveau de l’image, il privilégie le plan fixe et a très peu recours à des mouvements de caméra. Au cœur de ce triangle amoureux Marianne Basler est bouleversante dans ce personnage de comédienne et mère brisée. A l’opposé, celui d’Isabelle, interprété par Fabienne Babe, est beaucoup plus « léger », frivole, malicieux et ambiguë (ange ou démon ?).  « La direction d’acteurs est, pour 80%, le choix des acteurs souligne Paul Vecchiali. À partir du moment où Marianne Basler s’est investie dans le personnage, je l’ai laissée totalement libre. Nous n’avons parlé que de cadence au cours des lectures des dialogues ». Marianne Basler et Fabienne Babe deux actrices que l’on voit trop rarement au cinéma ces dernières années et c’est bien dommage.

Un soupçon d’amour de Paul Vecchiali (Comédie dramatique – 2020 – 1h32). Avec Marianne Basler, Fabienne Babe, Jean-Philippe Puymartin, Ferdinand Leclère.

La bande-annonce d’Un soupçon d’amour (Epicentre – 1mn31)
Entretien avec Paul Vecchiali (Francetvinfo)

Philippe Descottes

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