Livre / Côte d’Azur, Terre de cyclisme

Lorsque j’écris ces lignes, Le Tour de France 2020 s’est déjà élancé depuis Nice.  La messe cycliste de juillet est donc de la capitale azuréenne, transportant avec elle une histoire de plus d’un siècle. En 1906, pour sa quatrième édition, le Tour s’arrête sur la Promenade des Anglais. René Pottier, futur vainqueur du Tour cette année-là, remporte une étape longue de 345 km qui traversa les Alpes au départ de Grenoble. C’est le début d’une belle et grande histoire d’amour, d’une épopée sportive et humaine qui n’a comme rival que la grandeur des paysages parcourus. Le Tour n’aura de cesse de s’arrêter régulièrement à Nice, Cannes ou Monaco. Nombre de vainqueurs du Tour ou d’étape, se sont illustrés sur ce bord de mer et jusqu’aux sommets de ces cols azuréens d’où l’on aimerait plonger dans l’eau. Le cyclisme touche au sacré sur la Côte d’Azur.
Côte d’Azur Terre de cyclisme : Vient juste de sortir ce livre, d’André Baudin et de Julien Camy, qui retrace l’aventure des cyclistes azuréens depuis la première édition du Tour de France en 1903.

Né à Nice, André Baudin a été journaliste au Provençal, puis à Nice-Matin jusqu’en 1982. Il a ensuite créé et dirigé une station radio près de Marseille (Radio Maritima) avant de rejoindre Var-Matin où il a occupé le poste de directeur des sports jusqu’en 1998. À ce titre, il a suivi une dizaine de Tours de France… dans la roue de Richard Virenque, écrit Légendes du cyclisme provençal, ainsi qu’un essai sur le dopage intitulé L’Épopée incertaine. Même si la magie de ce sport populaire a pris un sacré coup de seringue, le vélo reste à ses yeux un sport littéraire qui a également inspiré les peintres, comme l’a souvent mis en valeur la revue Art Sud dont il a été le rédacteur en chef. Comme écrivain « du sud », il est l’auteur avec Philippe Jérôme d’Une histoire populaire de la Côte d’Azur (voir interview dans ciaovivalaculture) publiée en quatre tomes de 2011 à 2014 aux Amis de la Liberté.
Julien Camy, originaire de Cannes, a été rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le Patriote Côte d’Azur et continue de collaborer à différents journaux et revues, a réalisé plusieurs documentaires : La Boulangerie du coin (2012), L’Art et la manière culturelle à l’école (2014), Le Roi mélancolique, La légende de René Vietto (2020).
Les forçats de la route. En 1924, le Tour de France s’élance dans la poussière de juin. Albert Londres, qui découvre le milieu, embarque avec ceux qu’il aura tôt fait de baptiser « les forçats de la route ».
Côte d’Azur Terre de cyclisme se présente comme une traversée du Tour de France depuis les origines au travers de deux filtres, celui des coureurs azuréens et celui des étapes azuréennes. Et parfois les deux se rencontrent. En 1903, année de la première édition, Emile Loubet est à l’Elysée. Catholiques et socialistes s’affrontent sur la laïcité. Matisse expose. Gauguin s’éteint. (Page 12). Et un seul azuréen au départ, le niçois François Poussel. Il abandonne dés la première étape, qui menait de Paris à Lyon, après une chute à Montargis.
Six étapes : Paris – Lyon, Lyon Marseille, Marseille-Toulouse, Toulouse-Bordeaux, Bordeaux –Nantes, Nantes-Paris. La première étape fait 467 kilomètres. Les autres sont du même tonneau. On comprend l’expression Forçats de la route.

René Vieto au col de Braus en 1936.

Et puis le légendaire Col de Braus,  reliant les villes de l’Escarene et de Sospel. Le Tourmalet, c’est difficile, parce qu’il  y pleut généralement, mais votre col de Braus, c’est l’enfer ! Ainsi s’exprime Nicolas Frantz, vainqueur des éditions 1927 et 1928. Le col de Braus, avec ses lacets mythiques entre oliviers et sapins sera grimpé vingt cinq fois par les coureurs du Tour de 1911 à 1965. (Cote d’Azur Terre de cyclisme page 43). Et les auteurs ajoutent : René Vietto y a conquis sa légende lors de sa première course cycliste en 1931, puis dans le tour en 1934.
René Vietto… Le roi mélancolique, pour reprendre le titre du film de Julien Camy. Né en 1914, dans le quartier de Rocheville, au Cannet, mort en 1988, professionnel de 1932 à 1952. Issu d’un milieu modeste, il exerce un temps le métier de groom dans des établissements luxueux de la Côte d’Azur avant de se consacrer au cyclisme, vainqueur de huit étapes sur le Tour de France.  Lors de l’éditionde1939 il porte le Maillot jaune pendant onze jours, une performance qu’il réédite huit ans plus tard, sur le Tour 1947.
Mais le livre parle également des courses oubliées de la Côte d’Azur : Cannes-Monaco-Cannes, Marseille-Nice, Nice-Puget-Théniers-Nice,  le Circuit de l’Esterel, Nice-St Sauveur-Nice, Toulon-Nice, Le Grand prix de la Victoire à Nice, Gènes-Nice,  Nice-Toulon-Nice, Nice-Seillans… Et puis –elle n’est pas dans la région ou alors au sens large – la célébrissime Milan – San Remo,  dont le premier vainqueur- en 1907- fut un vainqueur du Tour de France, Lucien Petit-Breton, et qui perdure jusqu’à nos jours.
Nous avons parlé du maillot jaune : c’est celui du leader et du vainqueur. C’est le coureur belge, Eddy Merckx, qui détient toujours le record de maillots jaunes avec un total de 111. Le maillot vert est celui du meilleur sprinter. Le maillot à pois (rouge sur fond blanc) est celui du meilleur grimpeur,  le maillot blanc récompense depuis 1975 le jeune de moins de 25 ans, premier au classement général.
Le maillot jaune. Le premier maillot jaune été porté par Eugène Christophe au départ de la 11ème étape du tour de France 1919, de Grenoble à Genève.  ( Côte d’Azur Terre de cyclisme, page 47), mais il terminera 3ème, après donc avoir été le premier porteur de la tunique jaune. A propos de tuniques, celle –ci ont alterné entre maillots affichant les marques et maillots aux couleurs nationale. Depuis 1969, les « Forçats de la route » ne courent plus pour la gloire de leurs pays mais bien peur celle de leurs sponsor (Côte d’Azur Terre de cyclisme, page 28).

Les forçats de la route… Il n’y a pas que Albert Londres qui ait « chroniqué » le Tour, il y a Antoine Blondin. Mais le tour fascinait Jean Cocteau : Il y a des poètes du sport. C’est ce qui distingue un Carpentier, un  Cochet, un Al Brown, un Pelissier d’un simple sportif et c’est ce qui rend leur prestige  inexplicable aux yeux d’un monde  pour lequel la grâce qui les habitent demeurent lettre morte.  Bien sûr Louis Nucéra, mais aussi Roland Barthes, Le tour de France comme épopée, in Mythologies. Et ce superbe chapitre, Le tour et les artistes, page 143-145, qui clôt le livre.
Côte d’Azur Terre de cyclisme est  donc un livre qui va passionner tous les amoureux de la « petite reine » -le vélo a pris le surnom de petite reine à la fin du XIXe siècle, en l’honneur de la reine des Pays-Bas, Wilhelmine d’Orange-Nassau, qui se baladait en bicyclette- mais pas que : tout ceux, curieux, qui veulent mieux connaître ce sport fait de souffrances, de luttes, d’effort à la limite de surhumain , bref de transcendance.

Côte d’Azur Terre de cyclisme, par André Baudin et Julien Camy, éditions Gilletta. Je vous rappelle qu’un livre s’achète dans une librairie. Et  nulle part ailleurs. Au demeurant,  la loi n° 81-766 du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite loi Lang, instaure le prix unique du livre en France.  Vous achèterez donc au même prix cet ouvrage dans une librairie, ce que je vous recommande vertement, que sur la plateforme d’une entreprise de commerce électronique dont je ne veux pas me souvenir du nom.

Jacques Barbarin

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