Cinéma / POLICE d’Anne Fontaine

Chronique, dans et hors les murs, du quotidien de trois policiers de proximité. Les trajectoires personnelles confrontées aux échos et violences du monde qui les entoure. Une mission qui va bouleverser la donne :  la reconduite à l’aéroport d’un réfugié Tadjik renvoyé dans son pays, et y risquant la mort. Cas de conscience en jeu : l’aider, désobéir ?. Un superbe voyage intérieur par lequel la cinéaste nous interpelle, et nous renvoie, à nos propres intérrogations et à notre humanité . Superbe !…

Omar Sy et Virgine Efira , dans le commissariat en éffervescence ( Crédit Photo : Studio Canal Distribution )

D’emblée les premières scènes, nous immergent au cœur de cette chronique quotidienne adaptée librement du roman de Hugo Boris ( Publié aux éditions Grasset , 2016 ) , dont la thématique abordée, empreinte de noirceur et de questionnements rejoint et prolonge la réflexion au centre des films  de la cinéaste. Notamment par le biais de cette « tension intérieure » qui habite  les personnages de son ouuvre , et dont on retrouve la proximité de l’approche , entr’autres de Nettoyage à sec ( 1997 ) ou de Les innocentes ( 2016) , où la mise et « à nu » de ces derniers , y était au cœur . Ici , une belle scène reflète admirablement cette approche où l’on voit le policier Aristide ( Omar Sy ) rentrant à son domicile après une journée de travail, se déshabillant, afin dit-il de se « libérer de toute cette merde!», quotidienne dans le tourbillon de laquelle il est immergé, par  son son travail de policier . Celle dont les notes , rapides mais éfficaces, pointent à la fois , le manque de moyens, d’éffectifs , ou encore, les heures supplémentaires, sans oublier le relationnel parfois tendu qu’elles engendrent. Et surtout, ce  « contexte de tensions  » , qu ‘y ajoute le poids des interventions extérieures et des violences auxquelles , ils se retrouvent quotidiennement confrontés . Anne Fontaine a éffectué un long travail en amont au moment de l’écriture , multipliant les rencontres : «  afin de sentir de l’intérieur  leur métier et de ce qu’il représentait pour eux… c’était éssentiel, afin de se liberérer des a-priori , et crédibiler,  le récit », dit-elle. Les premières et belles séquences de son film le reflètent, exposant à la fois la vie privée et le quotidien du travail de chacun des trois personnages. La noirceur y est au cœur, accablante et presque irrespirable !. Celle des  ces interventions quotidiennes : la reconduite d’une femme battue au domicile conjugal où l’on s’y  fait insulter par le mari violent , en passant par celle , où cette mère qui voulant le corriger : «  tue accidentellement » , son enfant . Il faut avoir les nerfs solides !… et comme la vie privée de chacun est loin d’être un refuge de douceur qui permet d’oublier, la gestion devient un casse-tête angoissant , une sorte de piège duquel on ne sait plus comment trouver l’issue…

Tohirov ( Payman Maadi) le réfugie Tadjik    – Crédit Photo; Studio Canal Distribution)

Comme c’est le cas d’ Erik ( Grégory Gadebois ) préférant même parfois,  dormir la nuit au commissariat, plutôt que d’avoir à affronter le rejet systématique de sa femme qui ne ecsse de l’agrésser verbalement. De la même manière  pour  Virginie ( Virginei Efira ) dont le ménage part à veau l’eau,  et qui ira chercher la consolation… d’une aventure avec Aristide  , et se retrouvant  confrontée , au  dur choix d’envisager l’avortement! . Tandis qu’Aristide auquel la symbolique de l’uniforme dont il se débarrase en rentrant chez lui , renvoie à l’aigreur des souvenirs douloureux(  consultation d’un psy ..) accumulés au long d’une vie à laquelle, parfois son rire ou les chansons-repères ( belle idée …) servent de remède passager pour éloigner , une bléssure ou déchirure profonde qui ne cesse de le hanter…  dont il tente d’exorciser les démons! . C’est de ceux-là,  d’ailleurs dont chacun va finir par trouver écho aux intérrogations qui les hantent et qui sans doute,  aussi,  vont  finir par les révéler à eux-mêmes , et  que  la cinéaste explore superbement , au  long de cette mission nocturne dont ils vont hériter . Habilement,  la cinéaste en prépare les prémices dans les premieres séquences, par le choix d’une mise en scène dont elle habille les interventions sur le térrain de nos trois policiers , offrant les   points de vue  via des angles et  cadrages différents. Chacun des concernés y donnant sa propre  vision , interprétation et jugement . Objet d’une subtile mise en lumière, ouvrant au spectateur les « angles »  d’approche  différents sur ce qui s’y déroule pour y inscrire son propre ressenti, et s’y faire son opinion . Habile introduction au  récit du  «  dilemne » qui va se poser  à ses perosnnages,  lors de cette mission , qui va mettre à l’épreuve leurs sensibilités , leur intime conscience , et leur humanité. La confrontation des trois points de vue devenant pour eux …et le spectateur , dès lors,  l’enjeu éssentiel par lequel la cinéaste , nous invite et nous interpelle : «  comment réagirait-on à leur place si on nous demandait de renvoyer un demandeur d’asile dans son pays?... le spectateur va devoir s’intérroger sur la transgréssion , la désobeïssance..confronté,  comme eux à la violence émotionnelle qu’ils ont à subir… » ,  souligne-t-elle….

Grégory Gadebois, Virginie Efira et Omar Sy , sur le route de l’aéropor- Crédit Photo : Studio Canal Distribution –

Et d’emblée la « mission » à laquelle ils sont affectés et à laquelle ils n’ont jamais étés formés ni  confrontés , comme le souligne la scène évoquant  la brutalités des intérrogations auxquelles ils assistent  …puis  celle du chaos de l’incendie du centre de rétention, où au cœur de celui-ci, Virginie est interpellée par une travailleuse sociale : «  ..  il y a eu un recours à la cour Européenne des droits de l’homme  ?… Pourquoi l’amenez-vous à l’avion?… vous auriez mieux fait de le laisser brûller dans l’incendie ! ».  Virginie  perturbée par cette apostrophe , en mesurera l’enjeu lorsqu’elle découvrira , dans  la lettre officielle de reconduite  au pays de ce dernier  .. qu’il  a été emprisonné et torturé au Tadjikistan,  et que  son renvoi au pays est  ni plus ni moins,  que synonyme… de voyage vers la mort !. Bouleversée, ajoutant  à ce qui se passe dans sa vie et  la fragilise, une sourde de révolte s’empare d’elle,  ne supportant  pas de s’en  rendre complice !: «...avec ce geste, elle lance un enchainement au terme duquel, la désoibéïssance deviendra vertueuse… », dit la cinéaste . C’est tout l’enjeu dans lequel , désormais l’intineraire de conduite du réfugié vers l’aéroport va se retrouver au cœur . Virginie tentant , dès lors de convaincre ses collègues , de la suivre  sur le chemin  de la désobeïssance . Aristide et Erik , pointant eux, les risques de  l’enjeu et les conséquences du refus d’obtempérer, tentent  tous deux de remettre Virginie dans le droit chemin . Le malaise s’installe, échange lourds de regards tout au long du parcours  vers l’aéroport . On vous laisse découvrir comment le « trio» va évoluer au cœur de l’enjeu, et faire face . Aristide le Sénégalais, partagé entre l’amour, le devoir et le sort de cet étranger comme lui . Et , Erik :  éthique , règlement et uniforme qui l’emprisonnent… bouleversant dans sa souffrance, et la peur que Virginie et Aristide  l’entraînent dans un cauchemar !. Et pourtant , sous son aspect bourru , la fragilité de l’homme qui souffre , laissera la porte ouverte… à  une petite étincelle! . Anne Fontaine,  le décrit admirablement au cœur de ce huis-clos nocturne , ponctué par les aternoiments et les ouvertures au possible. Le travail à la photographie et sur les visages , d’Yves Angelo est magnifique. Tandis que la présence de l’étranger dont la destinée est suspendue au choix des trois policiers , la cinéaste se refusant à la réduire à des clichés ( terroriste, victime ?..) ,  en brosse un portrait qui par le comportement énigmatique et mutique de ce derneir , laissant  planer le doute , et finit par renforcer le propos de son récit, y insuffflant l’imprévisible du danger supposé que cet étranger représente!. Mais au bout du comptre,  il n’est qu’un objet au coeur de la machinerie et de la question- dilemne… du cas de conscience qui se pose à nos  trois policiers:  «  qu’est-ce qu’on en fait ? », en charge de son sort. Le comédien Iranien qui incarne  ce Tadjik  réfugié ,  Tohirov ( Payman Maadi ) , est aussi réalisateur. Il est impréssionant dans ce rôle mutique où, hormis les rares gestes      ( les mains qui tremblent emprisonnées par les menottes…), tout passe par son regard :    «…  les yeux sont la fenêtre de l’âme dit-on, j’ai passé des heures devant un miroir à travailler le plus d’expressions possibles…», dit-il. Et il est prodigieux !…
On aime ce nouveau film d’Anne Fontaine dont la richesse du regard et du questionnement en ces temps difficiles pour les libertés un peu partout dans le monde , ne manquent pas de nous interpeller  avec force .

(Etienne Ballérini)

POLICE d’Anne Fontaine – 2020 – Durée : 1h 39-

AVEC : Virgine Efira , Omar Sy , Grégory Gadebois , Payman Maadi, Elisa Lasovsky, Emmanuel Baroyer, Anne -Pascale Clairembourg, Anne -Gaëlle Jourdain, Cécile Reboah , et Cédric Viera .

LIEN : Bande-Annonce du Film : POLICE d’Anne Fontaine – Studio Canal Distribution-

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