Theâtre National de Nice / LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD de Marivaux

Mercredi 26 août, 20h30, Colline du Château. A vue de nez 300 personnes assises, face à la baie des Anges. Qu’attendent-elles? Hé bien que le rideau se lève – si je puis dire- sur la première mise en scène à Nice de la nouvelle directrice du TNN, Muriel Mayette-Holtz, son baptême du feu.

C’est le TNN hors les murs, d’ailleurs des murs, il n’y en a pas. Que la nature, des palmiers, des arbres, la baie des Anges. Le soleil va se coucher, que le théâtre commence ! Cette mise en scène, c’est celle de la pièce de Marivaux, Le jeu de l’amour et du hasard, comédie en trois actes.Le père de Silvia (M. Orgon) souhaite que sa fille épouse le fils d’un de ses vieux amis. Mais Silvia, peu disposée à se marier, obtient de son brave homme de père l’autorisation d’observer, sous le déguisement de sa servante (Lysette), le jeune homme à qui sa famille la destine (Dorante), ignorant que ce dernier a eu la même idée qu’elle. Aussi, l’aventure, divertissante au début, tourne-t-elle au cauchemar pour elle lorsqu’elle se rend compte qu’elle est attirée par le valet, qui lui fait une cour discrète, alors que le comportement de celui qui se présente comme son promis lui fait horreur, d’autant plus que M. Orgon, qui s’amuse de la situation, refuse d’interrompre le jeu.
Déjà, un problème : l’espace scénique. Il est, à la louche, deux fois la longueur de la grande salle du TNN. Et pas de cage de scène. Il faut inventer un nouveau rapport à la mise en scène. Et ce que nous propose Muriel Mayette c’est – elle me pardonnera l’expression – comme une « partie de campagne ». Je m’explique. De ces difficultés elle fait autre chose qu’une mise en scène traditionnelle. Elle aère, élargit, mais aussi resserre. Elle travaille sur la liberté des acteurs. Car cet espace scénique « oblige » -si je puis dire- les acteurs à développer leur propre liberté, à développer leur personnalité, c’est en quelque sorte le jeu avec le jeu, mieux, la joie du jeu.

Photo 1:  Crédit : Léa Saboun ( TNN)

Cela se sent avec le duo Pauline Hurlet (Silvia) – Marial Bajma Riva (Lysette). Augustin Bouchacourt est mystérieux dans son rôle (Dorante), mais n’est-ce pas parce qu’on le sent sur ses gardes d’endosser et la livrée et le personnage de son valet, Arlequin, cet Arlequin qu’endosse avec brio Jonathan Gensburger ? Au demeurant Dorante se présente non sous le nom d’Arlequin mais de Bourguignon, comme s’il voulait mieux manifester son-faux- état de valet, ceux-ci étant désigné par le nom de leur province d’origine : Bourguignon, ça « fait » valet !
Et l’art de Marivaux est de faire ressentir que la langue des personnages de cette double permutation est leur langue de classe : sous l’apparence de Sylvia apparait dans son discours Lysette. Sous son nouveau costume, elle garde sa « langue » d’origine. Idem pour le duo Cléante – Arlequin.

Photo 2 : Crédit : Léa Saboun ( TNN )

Par un autre « personnage » Muriel Mayette appuie sur cette « distanciation sociale » : le cheval sur lequel apparait Arlequin alias Dorante. Sur ce même cheval d’éloignera à la fin Dorante alias Arlequin. Ce « passage de relais » illustre bien l’univers de Marivaux : Qui est qui ? Et si rires, pantomimes et clowneries sont convoqués, Marivaux ambitionne l’émancipation des femmes.
Dans la famille de Sylvia, je demande Mario, le frère : c’est Frédéric de Goldfiem, qui outre le rôle d’observateur malicieux, désinvolte, amène la touche « golfdiemienne » faite d’irrévérence, voire de quasi-impertinence qui fait que nous sommes tant attachés à ce comédien.
Dans la famille de Sylvia, je demande Orgon, le père. Cela sera Gérard Holtz, qui va à merveille avec le coté observateur bienveillant du personnage, mais également malicieux : lui sait que fille et servante, fiancé promis et valet, ont adopté le même stratagème. C’est la définition du suspense : grâce à un personnage, nous savons ce que ne savent pas les protagonistes. Et si Gérard Holtz est en fauteuil roulant, ce n’est pas par une coquetterie de mise en scène.

Photo 3 – Crédit / Léa Saboun ( TNN)

Puisque nous parlons de mise en scène, restons-y. Un prologue entame le spectacle : une flutiste –flute traversière- (Margot Mayette) arrive par la travée centrale en jouant un air un peu nostalgique. Afféterie ? Que nenni ! Cette intervention est une véritable ponctuation, que nous retrouvons à chaque « passage » d’acte.
Mais cette soirée n’était pas que le baptême du feu de notre nouvelle directrice, car elle était dédiée au personnel médical et hospitalier. Un bien bel hommage pour ces professionnels qui luttent vaillamment depuis plusieurs mois contre la covid. Je me trouvais ainsi à une chaise d’écart –distanciation oblige – d’une pharmacienne en EHPAD.
Muriel Mayette-Holtz s’est engagée à refaire ce genre d’opération à l’été 2021, le TNN HLM (Hors les murs) où plutôt SLM (Sans les murs).
N’ayez donc aucune crainte, chère Muriel : ce nouveau-né, Madame, est un petit Hercule. Pour tout vous dire, j’ai rapidement oublié que je portais un masque.

Le jeu de l’amour et du hasard
Mise en scène de Muriel Mayette-Holtz
avec Marial Bajma Riva, Augustin Bouchacourt, Jonathan Gensburger, Gérard Holtz, Pauline Huriet, Margot Mayette, Frédéric de Goldfiem
le 3 septembre à Aspremont – Place du village 19h Réservation TNN 04 93 13 19 00 aprés-midi
( Jacques Barbarin )

Photos : Léa Saboun TNN
Illustrations:
Affiche
Photo 1 :De gauche à droite Dorante (Arlequin) – Sylvia (Lysette) – Arlequin (Dorante) – Mario – Lysette (Sylvia)
Photo 2 :Dorante (Arlequin)- Sylvia (Lysette)
Photo 3 :Arlequin (Dorante)

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