Cinéma / CITOYENS DU MONDE de Gianni Di Grégorio

Des retraités Romains avec leurs pensions de misère qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts envisagent l’exil vers des cieux et une vie moins sous emprise du pouvoir d’achat . La longe préparation administrative, va tempérer leurs ardeurs , et les ouvrir à une autre « priorité de citoyens du monde » . Superbe portrait-miroir d’une Italie à la dérive…

Le professeur ( Gianni Di Grégorio ) et Giorgetto (Giorgio Colangeli ) – Crédit Photo :Le Pacte Distribution-

Comédien -cinéaste au parcours singulier, Gianni Di Grégorio a eu dans sa jeunesse comme professeur au Centro Spérimentale de Rome, Roberto Rossellini : « c’est lui qui m’a fait comprendre que la Caméra n’est qu’un instrument qui doit saisir la vie. Je n’ai pas oublié cette leçon là.. », dit-il . Mais les opportunités ont fait,  que c’est d’abord vers de Théâtre qu’il s’est tourné comme comédien et assistant à la mise en scène pendant de nombreuses années . Puis , grâce à sa connaissance du milieu , il a voulu s’essayer comme scénariste au cinéma , chez Marco Colli et Félice Farina faisant en parallèle de courtes apparitions dans des films , y compris chez les cinéastes de la jeune génération , dont Nanni Moretti et Matteo Garrone avec qui il sympathise. Et ce sont  eux qui vont le propulser sur le tard , vers une carrière de cinéaste à laquelle , il ne se sentait pas prêt ! . C’est Matteo Garrone qui le fera renouer avec l’écriture scénaristique et participer à celle de Gomorra ( 2008) dont les prix internationaux et le succès, lui ouvrent les portes : «  je suis revenu dans le jeu… et trouvé  courage et foi pour réaliser moi même !… », dit -il . L’élève de Rosselini , fan des films de la comédie Italienne, ceux de Pietro Germi , et de Mario Monicelli, passera à la réalisation… à près de 60 ans ! . Et triomphera à Vensie avec Le déjeuner du 15 Août (2008) , qui lui ouvrira les portes de la distribution internationale . Superbe comédie prolongée par Gianni et les femmes (2011) et Bons à Rien ( 2014 ) , y inscrivant la double exploration du quartier populaire du Trastevere , et de la vie qui y fourmille. En même temps qu’il aborde le sujet des gens de sa génération confrontés à un monde qui change , et s’y sentent parfois abandonnés, mais, sachant y répondre par leur énergie amicale de leurs frasques , souvenirs résiduels d’une jeunesse où la débrouillardise et la dérision, est restée intacte. A l’image de cette aventure d’exil dans laquelle, ici , nos trois compères vont chercher à défier le repli dans lequel les enlise cette    « pension vieillesse » de 500 Euros, et que les prix de la vie ne cessent d’augmenter !. Le récit s’inspire du constat d’une situation devenue insoutenable  ayant précipité un certain nombre d’Italiens retraités , vers l’exil « beaucoup y pensent et plusieurs milliers sont déjà partis , notamment vers le Portugal .. .», dit-il . Tandis que, comme le Trastevere ce quartier populaire de Rome ,  le petit peuple qui n’a plus les moyens d’y rester , celui-ci est devenu désormais «  un quartier plus élégant » , où ne subsistent que quelques habitants historiques . Dans son nouveau film Citoyens du monde on retrouve le cadre de son lieu d’inspiration , dont les vies qui s’y retrouvent bouleversées sont en quête d’une possible: «  utopie  libératrice», dit-il …

Attilio ( Ennio Fantastichini ) avec sa fille Fiorella ( Daphné Scoccia ) – Crédit Photo : Le Pacte Ditribution

C’est la belle idée du récit , dont  les événements d’une actualité récente liée à l’immigration et les problématiques et polémiques soulevées dans le pays sur sa gestion,  ont permi au cinéaste d’en prolonger « l’ état des lieux ». Restant fidèle aux leçons de ses maîtres de cinéma, l’enrichissant de cet élément-miroir déterminant y faisant irruption, renvoyant magistralement à la dynamique de la comédie , celle de la réalité chère au cinéma néo-réaliste Italien du Roberto Rosselini de Rome Ville ouverte , ou du Vittorio De Sica du Voleur de Bicyclette. Dès lors, la confrontation à cette autre réalité , le cinéaste va l’inscrire à petites doses dans le quotidien des tribulations de nos trois compères  retraités , organisant leur exil à l’étranger. On se laisse d’emblée prendre au jeu de leurs combines , et de leurs craintes qui se muent en montagne infranchissables lorsqu’il va falloir franchir le pas , pour le concrétiser. Le cinéaste,  Jouant habilement sur la pesanteur bureaucratique ce mal récurrent Italien devenant épreuve kafkaïenne , entraînant le pays dans une torpeur laissant la porte ouverte au repli , et à tous les possibles qu’une réalité économique précipite encore un peu plus, accentuant les divisions et les tensions politiques et sociales, que la gestion du flux migratoire  y ajoutera en forme de constat amer  avec ces bateaux de migrants  interdits d’accès au sol italien . Le cadre ainsi défini , Giannni du Grégorio tisse habilement la progression de la comédie et de la gravité qui s’y invite . En ce sens , le récit est un petit bijou de «  dosage » et de progression parallèle en forme de constat que le surgissement du personnage d’Abou, le jeune émigré Malien dans le quotidien de nos trois sexagénaires , ouvre à une belle réflexion et interrogation sur la thématique que le titre du film «  citoyens du monde » , explore, magnifiquement par le biais de ces trois sexagénaires représentants typiques de ces « gens de rien », héros de la tradition de la comédie Italienne. Ces derniers, restés héritiers des traditions populaires d’une vie solidaire : « à Rome ..il ya a trente ans , si l’on voyait quelqu’un dans le besoin on l’aidait » , relève le cinéaste qui ajoute , amer : « aujourd’hui cette solidarité avec le migrant n’est pas également partagée dans notre société italienne » , dit-il…

Abou ( Salih Saasin Khalid ) et Giorgetto ( Ennio Fantastichini ) – Crédit Photo : Le Pacte Distribution-

Alors , lorsque le profésseur de Latin ( Gianni Di Grégorio) et son ami Giorgetto (Giorgio Colangeli ) plutôt client adepte du  bar que du travail , vivotant de sa «  pension sociale », et se reposant sur le frère et la mère qui ont un étal au marché,  assurant le quotidien familial . Le « prof » et Giorgetto , pestent envers ces fins de mois difficiles , les dettes , leurs sollicitations contraintes aux aides amicales afin de régler l’ardoise des commerçants dettes qui s’accumulent !. C’est devenu insupportable !, alors  à cette idée d’utopie et d’exil vers d’autres cieux, ils vont décider de s’y atteler !.. La rencontre fortuite d’Attilio ( Ennio Fantastichini ) vieux routard à qui ils exposent leur projet, susicte aussitôt l’adhésion de ce dernier qui a jadis fait le tour du monde et accumulé dans sa maison- musée , les trophées de ses voyages!. Il s’activera avec eux pour les démarches administratives, et chacun va s’afférer aux petits boulots afin de garnir la « cagnotte » nécéssaire . Chacun y allant de ses petites combines et astuces, partageant leur solitudes n’ayant pas d’épouse ou compagnes, seul Attilio peut compter sur sa fille , Fiorella ( Daphné Scoccia) protectrice dont le cinéaste compose le beau personnage d’un duo  père-fille attachant . Que complète celui de l’intéllectuel érudit Federmann ( Roberto Erlitzka ) ,veritable Bible en astuces et renseignements sur les pays à éviter  ( où conflits et diverses contraintes – de séjour et fiscales-  et font barrage à l’accès aux visas ..) , pour à accéder à leur «  paradis fiscal »  ; l’indonésie  et Bali  , les Açores …voire la bulgarie  … il y a embarras du choix !.   Ils vont même prendre des leçons de langues étrangères …mais ils finisent par s’épuiser , ou peut-être est-ce la peur de l’inconnu ?. Alors entre en jeu,  le jeune migrant  qui va les stimuler , celui-ci auquel le professeur à ouvert sa porte pour y prendre la douche et dormir et manger de temps à autre… en échange de l’aider à certaines tâches . Et , il le présentera à ses amis , Abu ( Salih Saasin Khalid ) va les aider  le « tio » dans leurs  petits travaux destinés à  alimenter la  » cagnotte » . Avec toute son énergie débordante et sa gentillesse,  il entre dans leurs vies et  il finira par leur raconter sa tragédie Familiale et son chemin-calvaire d’exil       ( séquence bouleversante… ) dont le cinéaste  s’est inspiré pour son récit, et lui a demanadé d’y jouer son propre rôle dans le film! . Dès lors,   » le film s’est équilibré entre comédie pure et irruption de la réalité , il est devenu plus authentique « , se réjouit le cinéaste . On vous laissera découvrir les superbes séquences reflétant ce qui va se passer en relationnel au coeur du         » quatuor »  dans le récit , mais aussi lors du tournage et dans la vie «  il était dans le besoin et on l’a aidé… » , dit humblement le cinéaste. Le plan final du regard d’Abu, magnifique dans ce qu’il exprime en reconnaissance,  est tout simplement sublime !. Ne manquez pas cette belle comédie Italienne remplie d’humanité.

CITOYENS  DU MONDE de Gianni Di Grégorio – 2010 – Durée : 1h 31-

AVEC : Gianni Di Grégorio , Ennio Fantastichini , Giorgio Colangeli, Salih Saasin Khalid, Roberto Herlitzka , Daphné Scoccia , Francesca Ventura …

LIEN : Bande- Annonce du Film : Citoyens du Monde de Giovanni Di Grégorio . Le Pacte Distribution-

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