Histoire / Le passage du Var à travers les âges

Ami lecteur, depuis plusieurs années (eh oui, comme le temps passe!), je m’efforce de vous faire connaître notre bonne ville de Nice à travers ses quartiers et l’histoire qui leur est associée.

Aujourd’hui, cap à l’ouest, vers le fleuve Var qui fut pendant longtemps (de 1388 à 1792) notre frontière occidentale avec la France (*). Jusqu’en 1388 nous faisions partie de la Provence orientale mais la situation héritée de la succession calamiteuse de la reine Jeanne de Naples nous a jeté dans les bras du Comte de Savoie Amédée VII dit le Comte Rouge par la famille Grimaldi de Beuil interposée. A partir de septembre 1388 donc, la frontière naturelle occidentale du Comté de Nice était le fleuve Var, à l’est c’était le royaume de Savoie (capitale Chambéry) dont nous faisions partie désormais, ceci dit sans que le petit peuple niçois n’ait eu son mot à dire, la démocratie n’était pas encore à la mode en ces temps lointains!

Venant de France, pour accéder à Nice par la voie terrestre, il fallait de toute façon franchir le fleuve Var large de 600m au niveau de St Laurent-du-Var.

Il n’y avait aucun pont à cette époque et la traversée souvent périlleuse ne pouvait se faire que par des gués avec tous les risques que cela pouvait comporter car le Var (135km), venant d’Estenc (1700m) au pied du col de la Cayolle (2326m) peut très vite se transformer en un torrent impétueux emportant tout sur son passage et dans un laps de temps souvent très court (cf crue de nov.1994). A Nice même, son petit cousin, le Paillon, était surveillé jadis par des cavaliers munis de trompettes, chargés d’avertir les pêcheurs, les bugadières et autres promeneurs distraits en cas de crue imminente de la rivière, c’est ancien mais les vieux niçois s’en souviennent encore!

Comment passait-on le fleuve autrefois? Les Romains dont les légions étaient  des plus mobiles via leurs célèbres voies pavées dites «voies romaines» passaient partout, rien ne les arrêtaient.

A la voie côtière dite via Aurelia, s’embranchait à partir de la Turbie la via Julia Augusta qui descendait le Vallon de Laghet, franchissait le Paillon au quartier actuel de la Roma à la Trinité, remontait vers Cemelenum(Cimiez), puis via les collines niçoises rejoignait la vallée du Var au quartier de la Manda en face de Gattières. A cet endroit un gué aménagé depuis sans doute longtemps permettait de passer le fleuve en relative sécurité puis de se diriger vers Vence et au delà.

Une anecdote: en 1388, Amédée VII s’était fait aider dans sa conquête par un singulier aventurier gascon Gaillardet de Mauléon (ou de Monléon) qui, mission remplie et retournant avec sa troupe dans ses terres du Sud-Ouest en passant le gué de Gattières, s’avisa de s’emparer de ce village et de l’offrir au Comte Rouge…pour 2000 florins d’or, histoire de ne pas rentrer à la maison les mains vides! En attendant, cette manœuvre va permettre au royaume de Savoie d’avoir désormais une enclave dans le royaume de France et cette situation perdurera jusqu’en…1760!

En mars 1691, lors de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg, Louis XIV et le duc de Savoie Victor- Amédée II sont en conflit et le maréchal Catinat franchit le Var au gué de Gattières, le seul apte au passage d’une armée. En rive gauche, c’est l’engagement avec les austro-sardes vite débordés. Autour d’une petite chapelle dominante (Saint-Sauveur), on trouve un terrain en friche. C’est un cimetière où seraient enterrés les soldats morts au cours de cette escarmouche. Ce lieu saint existe toujours et est entretenu.

Au milieu du XVIIIeme s, sous le règne de Louis XV éclate la guerre de Succession d’Autriche dans laquelle les Français alliés aux Espagnols attaquent le royaume de Piémont-Sardaigne allié à l’Autriche, le point d’orgue de ce conflit se situe vers 1744 où les Franco-Espagnols envahissent le Comté de Nice. Pour franchir le Var, ils vont, à proximité de St Laurent-du-Var se servir des iscles (ilôts caillouteux présents dans le lit de la rivière) reliées pour la circonstance par des passerelles en bois. Ce passage précaire ne survivra pas longtemps au conflit qui prends fin en 1748.

Au cours des années suivantes, toujours pas de véritable pont. Le passage des voyageurs sera assuré d’abord à l’aide d’une barque, système abandonné au milieu du XVIIIeme s puis rétabli quelques années plus tard (barquiers). Finalement, seront constituées des équipes de gueyeurs locaux assermentés, bien familiarisés avec les caprices du fleuve. La traversée s’effectuait à dos d’hommes ou en chaises à porteurs avec en corollaire, quelques «dérapages» survenus en particulier lors de la prise en charge de belles voyageuses! Très vite cependant, un responsable pour la traversée du fleuve sera désigné et l’exploitation assortie d’une convention règlementant strictement cette activitépérilleuse tant sur le plan technique que…moral!

La Révolution Française (1789) va avoir ses répercussions dans notre région en 1792.

Dès septembre, l’armée placée sous les ordres du général Danselme se masse à Saint-Laurent-du-Var, prête à envahir le Comté de Nice pour, officiellement, délivrer les braves niçois du «tyran sarde» Victor-Amédée III. Le 28 septembre 1792, l’offensive est lancée et le Var est franchi laborieusement par les sans-culottes non sans pertes par noyades, mais pour faire passer l’armée entière avec armes et bagages il fallait absolument construire un pont ce qui va être entrepris rapidement. Ce sera un ouvrage en bois souvent endommagé par les crues, sans cesse réparé mais qui servira tout de même jusqu’en 1868 date à laquelle il sera détruit et enfin définitivement remplacé par un pont rail-route digne de ce nom. Le premier train venant de France arrivera à Nice en 1864, merci Napoléon III! Cet ouvrage, très endommagé en août 1944 par les bombardements alliés, sera rétabli à l’identique après le conflit. A Nice, dans l’église des Dominicains, un beau tableau de Trachel montre le littoral niçois vu depuis le sommet du Mt Chauve d’Aspremont. On y distingue la basse vallée du Var, le nouveau pont Napoléon III et l’ancien non encore démoli.

St Laurent, borne signalant l’ancien pont

Actuellement, un peu en amont, le Var est franchi depuis 1976 par le nouveau pont à poutres autoroutier moderne de L’A8, ce n’est vraiment plus un obstacle.

Pour être complet, on peut aussi signaler un passage éphémère du fleuve par un pont disparu de nos jours, ouvrage situé à l’embouchure même: le pont Charles Chauve (**) construit en 1940 à l’occasion de la tenue du XXXVeme Congrès Eucharistique voulue par notre évêque d’alors Mgr Paul Rémond (+1963).

Ce grand rassemblement mondial chrétien devait accueillir en septembre 1940 des milliers de participants dans le voisinage de l’hippodrome du Var. L’accès par la voirie existante à l’époque étant très insuffisant il avait fallu imaginer un accès plus direct au site de la manifestation au moyen d’un nouveau pont. La déclaration de guerre reportera ce projet sine die et le pont ne survivra pas à ce long conflit. En 1944/1945 le projet du futur aéroport de Nice se précise. L’hippodrome disparaît, les bâtiments de l’aérogare poussent et les pistes commencent à  être tracées. Une page se tourne.

Ami lecteur, j’espère vous avoir captivé dans cette chronique. Je crois savoir que mes écrits ne vous laissent pas indifférents et cela me conforte à rechercher et traiter d’autres aspects de notre cher terroir qui ne manqueraient pas de vous interpeller.

A bientôt donc !

Yann Duvivier
Août 2020

 

 

(*): Mis à part la période de la Révolution et de l’Empire (1792-1815).

(**): Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées des A.M. (1881-1964).

 

 

 

 

 

 

Sources:

  • Internet Wikipedia
  • Collection iconographique personnelle Y. Duvivier
  • Cadastre 1812 A.M.
  • «Le Sourgentin» N°189, décembre 2009.

 

 

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