Cinéma / L’INFIRMIERE de Kôji Fukada

Quatre ans après Hamonium, découvert en 2016 à Cannes, L’Infirmière, le nouveau film de Kôji Fukada, s’intéresse au destin d’Ichiko, une infirmière à domicile, remarquablement interprétée par la comédienne Mariko Tsutsui.

CiaoViva - L'Infirmière - Affiche - Art Films
L’affiche française du film

L’Infirmière est le septième long métrage du cinéaste japonais Kôji Fukada. Le précédent, L’Homme qui venait de la mer, présenté aux Journées romantiques de Cabourg en 2019, est encore inédit dans les salles. Aussi, c’est avec son cinquième film, Harmonium (découvert dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2016) qu’il est tentant d’effectuer des rapprochements. Dans l’un et l’autre, le cinéaste ausculte la société japonaise et s’immisce dans la vie d’une famille qui accueille un personnage extérieur. Il est aussi question d’une vérité cachée (un mensonge sur un passé sombre ou un secret difficile à révéler). Et puis, il y a la présence dans les deux films de la comédienne Mariko Tsutsui, qui tient ici le rôle principal, remarquable par sa sobriété.
L’Infirmière est donc l’histoire d’Ichiko, infirmière à domicile, une femme discrète et dévouée qui s’occupe d’une vieille dame atteinte d’un cancer. La famille dans laquelle elle travaille la considère comme un membre à part entière. D’ailleurs, elle donne des cours aux deux petites-filles, Motoko et Saki. Mais lorsque Saki, la cadette, disparaît, Ichiko est suspectée de complicité d’enlèvement et tout s’effondre pour elle…

CiaoViva - L'Infirmière - Crédit photo Arte House 02
Motoko (Mikako Ichikawa) et Ichiko (Mariko Tsutsui) – Crédit photo : Art House Films

En apparence, le film est donc un drame ou un thriller psychologique… Pourtant, ce n’est pas aussi simple, car, à l’instar de Kiyoshi Kurosawa, Kôji Fukada fait se croiser rationnel et surnaturel (cauchemars et hallucinations). D’ailleurs, il se garde bien d’ opter pour un genre bien précis : «(…) si j’enfermais un film dans un domaine en particulier, il devrait non seulement fonctionner selon ses codes, mais formate d’emblée le point de vue du spectateur, donc ses interprétations de ce qu’il a vu, alors que je tiens énormément à ce qu’il soit très libre sur ce point, qu’il n’y ait pas d’explications uniques aux choses ». Le cinéaste se plaît à brouiller les pistes. Le titre japonais du film signifie « de profil ». « Ce qui est intéressant avec un profil, souligne-t-il, c’est que vous pouvez voir un côté ou l’autre, mais jamais les deux profils en même temps. » Comme le suggère l’affiche française, il y a deux Ichiko. De cette ambiguïté naît le trouble. Est-elle coupable ? Est-elle manipulatrice ? Quelle est sa véritable personnalité ? Le doute s’installe d’autant plus dans l’esprit du spectateur, puisqu’au lieu d’une construction linéaire, dès le début, Kôji Fukada fait alterner le passé, la vie d’infirmière d’Ichiko et le drame, et le présent avec ses conséquences quelques mois plus tard. Au spectateur d’assembler les pièces du puzzle et de se faire son opinion sur Ichiko qui affiche dans ces deux temporalités un visage différent. Au sens propre comme au figuré. Au présent, elle a changé de coiffure et elle n’est plus la femme réservée voire soumise qu’elle a été.

CiaoViva - L'Infirmière - Crédit photo Arte House 01
Ichiko (Mariko Tsutsui) – Crédit photo : Art House Films

Malgré le regard qu’il porte sur la société japonaise, L’Infirmière évite cependant le commentaire social : « Même si j’apprécie leur travail, précise Kôji Fukada, je ne suis pas un cinéaste comme Ken Loach ou Hirokazu Kore-Eda, qui sont effectivement dans le commentaire social à chaud sur une époque où un environnement spécifique. Je préfère tendre vers quelque chose de plus intemporel ou de plus universel, comme par exemple la solitude chez les êtres humains. Ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas au social, mais que je l’aborde autrement, par exemple ici à travers la descente aux enfers d’une femme ou la relation amoureuse d’un jeune couple, des cas de figure sur lesquels à un point ou un autre, les conditions sociales ont forcément un impact. »
Enfin, le film pointe du doigt l’emballement et le harcèlement des médias, « la part spectaculaire d’une information, et non sa valeur en soi, qui va non seulement lui donner son importance publique, mais pousser la presse à se ruer dessus ».
Outre L’Homme qui venait de la mer, un autre film de Kôji Fukada devrait sortir dans les salles de cinéma très prochainement, Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis, qui a obtenu le label Cannes 2020.

L’Infirmière de Kôji Fukada (Japon – Drame – 2019 – 104 mn). Avec Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu.
Voir la
bande-annonce du film (Art House Films – 1mn40 – Vostf)

Philippe Descottes

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