Cinéma / MADRE de Rodrigo Sorogoyen .

Une mère inconsolable de la disparition mystérieuse de son fils de six ans. Dix ans après, installée sur les lieux du souvenir douloureux, la rencontre d’un jeune adolescent va bouleverser le chaos de sa vie . Un superbe « thriller »mental, sur la quête de renaissance à la vie…

Au premier pla: Elena ( Marta Nieto ) et derrière  elle , Jean ( Jules Porier ) – Crédit Photo , Le Pacte Distibution-

A l’origine, un court métrage du même titre multi-récompensé ( 70 prix! ) dans les festivals internationaux qui suscita de nombreux témoignages de spectateurs désireux de connaître la suite de la tragédie évoquée et les répercussions, sur la destinée de la mère. Celle-ci, ouvrant l’opportunité d’une approche « intime » des comportements suscités qu’une douleur dévastatrice et persistante  avait  engendrée  . Le pari du cinéaste et de sa co-scénariste attitrée, Isabel Penà, a été de relever le défi de cette « attente » , leur permettant de « sonder » les douleurs intimes et les non-dits qu’elles révélent se muant en actes comportementaux . Ces dernier se révélant, dans des excès comportementaus et attitudes réflexe de douleurs irrépréssibles, et parfois incompréhensibles, engendrant un réflexe de rejet : « Mais que savons-nous vraiment de l’autre ? », relève le cinéaste . C’est cette intérrogation , ont il fait le centre de son recit explorant l’enferment quotidien dans lequel cette mère est en train de se débattre pour tenter de s’en extraire. Cet « excès » reflet d’une profond malaise , que , faute de checrher à comprendre on rejette parfois , sous l’étiquette de « folie »  comportementale . C’est sous cet aspect de réflexe -rejet , sociétal que s’inscrit l’approche du cinéaste Espagnol dans Madre, son nouveau Film. Révélé au grand public par deux thrillers originaux , Que Diaos Nos perdone (2016) et El Reino (2018 ) qui sondaient déjà les arcanes des comportements humains générateurs de dérives et violences. A celles codifiées du thriller – en  explorant l’engrenage de la vengeance dans le premier cas, et ( ou ) celle du pouvoir dans le second.  Le cinéaste  a souhaité, dit-il : : «  revenir à une histoire plus intime » , pour en sonder au plus près les non-dits des « arcanes » de l’intimité de l’être humain – dont ici , la cicatrice du drame vécu restée vivace- de son héroine , tentant de se   «  sortir de ce tunnel obscur ». La séquence d’ouverture, en un plan-séquence magistral, nous en révéle, via l’appel au secours téléphonique fait à  sa mère par son jeune garçon de 6 ans parti en vacances avec son père , les données de la tragédie qui s’est déroulée sur cette plage des Landes. Le bambin s’y retrouvant en danger et livré à lui-même, ne voyant plus revenir son père qui s’était momentanément absenté. Dix ans plus tard, Elena ( Marta Nieto ) inconsolable , a investi cette même plage où elle y travaille dans un bar restaurant . Lors des moments de liberté que lui laisse son travail , en âme errante, elle investi le theâtre du drame passé , faisant corps avec ces lieux pour y résusciter le souvenir, guidée par la douleur d’une absence qui n’a toujours pas trouvé répit. Son cœur , comme au premier jour , restant muré dans le souvenir inconsolable de la perte …

l‘errance quotidinne d’Eléna ( Marta Nieto) en quête de résilience – Crédit Photo: Le Pacte Distribution-

Si Elena s’est engoncée dans ce repli en forme de carapace protectrice au cœur de laquelle la douleur et le désodre persiste , en même temps qu’elle se construit une forme de détachement vis à vis d’un quotidien dont les contingences de travail et relationnelles, n’ont de raison d’être que d’investir de sa présence  ce lieu,  témoin de la dispariution de  l’enfant tant aimé,  devenu devenu son rempart -refuge. Mais aussi un vertige abysal de douleur . Le cinéaste en construit la magnifique distanciation intériorisée à laquelle les déanbulations fantômatiques sur la plage, renvoient à Eléna , l’écho lancinant accompagné par les vagues. A celui-ci répond , la mécanique des gestes de son travail et la distance des apparences dont elle a investi sa présence dans cet univers , qui lui est devenu décor , presque étranger . C’est comme si , dans ce repli , plus rien ne pourrait l’atteindre murée dans son chagrin et imperméable à tout ce qui l’entoure. Pourtant au cœur de cet isolement, un visage entr’aperçu au cœur des jeunes gens sur la plage qui lui rappelle son fils disparu , va tout changer !.Un regard échangé, et le « culot » du jeune homme, Jean ( Jules Porier ) qui y répond , et invite Elena à venir le voir jouer son match sur la plage, et puis ira ensuite la voir, au bar -restaurant où elle travaille . Un rayon de lumière , va venir éclairer  par lui ,  le quotidien d’Elena,  ravivant  son besoin d’une présence et d’un lien qui pourrait la sortir de sa nuit. C’est sur cette rencontre émotionnelle que va se canaliser dès lors, la mise en scène , qui, désormais enveloppe le récit du cinéaste des différentes «couleurs » comportementales qui vont s’y révéler. En même temps que s’y inscrit le réalisme des situations provoquant le ressenti  et le rejet des regards extérieurs , face à une relation  qui interpelle et commence à susicter, la polémique . Dans cet exercice le cinéaste y construit sa dramaturgie en orfèvre, offrant à l’intensité des situations  celle de son regard scrutateur des apparences , sur un        « lien » ,  dont il dynamite à merveille le jugement de « culpabilité » dont l’habille, le regard réprobateur extérieur et bien- pensant!. La manière dont le cinéaste en bouscule les clichés , en même temps qu’il renvoie,  leur propre hypocrisie et sauvagerie, à ceux qui font de la différences des autres …une maladie !. C’est le tour de force de son récit dont la mise en scène -au fil des séquences – y inscit les ruptures et points de vues qui se téléscopent . Comme le révèle, au cœur du récit la confrontation entre le ressenti des parents de Jean et la réalité des faits, et (ou) de ce qu’ils considèrent un être un «  amour interdit ! » entre un jeune homme mineur, et une femme adulte . « un individu qui se comporte autrement que la masse, c’est pour une seule raison : il n’est pas bien dans sa tête !. Celà peut parâitre inoffensif , mais c’est extrêmement grave à nos yeux , car on stigmatise des millions  d’individus et on continue d’imposer l’aliénation comme norme! » , souligne le cinéaste,  interpellant le spectateur sur des réflexes accusateurs, dont Eléna et Jean sont  l’objet …..

Elena ( Marta Nieto ) Face au cinéaste Rodrigo Sorogoyen , lors du tournage – Crédit Photo : Le Pacte distribution-

Dès lors , la démonstration du parcours d’Eléna et de Jean, dans la continuiét de son point de vue scrutateur des « douleurs intimes », le cinéaste en brosse le portrait de deux « abîmés » de la vie  et de leur qu^te d’amour salvatrice .  Elle , Elena , dévastée par la perte et dont les dix années de souffrances ne sont volontairement pas évoquées par le cinéaste, lui permettant de renforcer l’impact dont cette rencontre -dix ans après le drame –  s’habille pour elle  en espoir, permettant de : « …voir avec le recul de ce nouveau conflit, si elle va pouvoir  se sortir de ce tunnel », dit le cinéaste . Au delà de cette mise en jeu de la rencontre avec Jean et du réflexe sociétal généré , c’est le ressort dramatique qu’en revêtc son cheminement de l’obscurité vers la lumière que fera Eléna, qui s’y joue! . Pour elle , il sagit de vaincre et surmonter une autre peur , et non pas celle de l’interdit dont le regard extérieur fait écho. Habilement et volontairement , Rodrigo Sorogoyen , laisse s’installer les zone d’ombres  sur le déroulement du drame initial ( de qui l’enfant a-t-il été victime ?…) et sur son ressenti  par Eléna qui interpelle par sa  mise en danger , à l’image de cette séquence sur sa sortie après une  soirée bien arrosée en compagnie de jeunes individus qui aimeraient bien profiter de la situation! . Ou encore , le regard porté sur sa laison avec un de ses collègues de travail , Joseba ( Alex Brendemühl) ou se mêlent, soutien moral souhaité et rejet, de la  part d’ Elena  . Ces réflexes, guidés par la peur qui rendent la compréhension de l’autre, et l’amour impossible . C’est cet amour là et cette quête là, désormais au cœur du récit. Quête qui se mue en exemple, entre Heléna et Jean , parce qu’elle n’obeit pas au « dictat des régles et bonnes manières« , mais  pour faire face à une nécéssité commune. Celle, tout simplement d’ un besoin d’amour dont l’une et l’autre sont  privés, et ressentent le besoin d’un partage et d’un soutien compréhensif qui pourrait soigner leurs stigmates. Pour Eléna c’est de cet amour filial dont va  lui falloir  faire le deuil ( impossible?) , et pour Jean de cet amour  familial , dont il souffre du rejet dont il est l’objet . Cet amour– soignant- tant attendu, c’est à la fis , celui d’une  : « mère qui n’a pas pu dire au revoir à son fils et qui est désormais prête à le faire. Parce qu’il s’est écoulé le temps nécessaire…et parce que Jean est apparu dans sa vie, un garçon qui pourrait être son fils », dit le cinéaste. Cette quête qui fait le prix du film , est portée par le « duo » qui l’incarne et  qui fonctionne à merveille !.  Marta Nieto en Elena , est prodigieuse en « mater dolorosa » ( elle a obtenu le Prix Orrizonti de la meilleure actrice au Festival de Venise 2019 où le film a été présenté) , et l’osmose fonctionne à merveille avec Julien Porier ( Jean )  émouvant  en enfant rebelle en quête d’amour familial . Tous deux illuminent le film . Ne le manquez pas …

(Etienne Ballérini)

MADRE de Rodrigo Sorogoyen – 2020- Durée : 2h 08.

AVEC : Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, Anne Consigny, Frédéric Pierrot, Guillaume Arnot …

LIEN : Bande – Annonce du film MADRE de Rodrigo Sorogoyen. Le Pacte Distribution-

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