Nice, St Etienne, du village d’autrefois au quartier moderne d’aujourd’hui

Ami lecteur, aujourd’hui je vous convie à une visite dans un quartier que j’avais un peu délaissé, je veux parler du quartier Saint-Etienne. Cet endroit est intéressant à plusieurs titres, nous allons le découvrir ensemble.

La voie actuelle qui le traverse de bout en bout est la rue Vernier qui part de l’avenue Malausséna pour aboutir plus à l’ouest au Bd Gambetta (partie nord). Notons que Joseph Vernier (1800-1859) a été architecte de la ville de Nice durant la période du Consiglio d’Ornato (1832-1860). On peut dire qu’il a façonné l’architecture de Nice avec ses réalisations: la Place Masséna, l’Hôpital St Roch, la Place Ile-de-Beauté, l’église du Port et divers immeubles de la ville. Son œuvre méritait bien qu’on lui consacre une rue niçoise à son nom.

Pendant la première moitié du XIXeme siècle toute la partie au nord du pont de chemin de fer actuel (pont Malausséna) était quasiment déserte, des potagers, des cressonnières, le bout du monde! Il y avait bien un modeste hameau avec une non moins modeste église dédiée à Saint-Etienne, diacre et protomartyr, considéré comme le premier martyr chrétien. Il était contemporain du Christ. Ses représentations iconographiques le représentent souvent d’ailleurs avec quelques pierres, celles qui ont servi à le lapider. Le sanctuaire était situé au niveau du square Colonel Jeanpierre actuel. Le hameau se situait à l’ouest du vallon Saint Michel recouvert aujourd’hui par l’avenue Malausséna. La photo N°01 montre son aspect vers 1870 (collection Bibliothèque de Cessole).
En février 1887, le gros tremblement de terre dont l’épicentre se situait en Ligurie à fait beaucoup de dégâts à Nice, le quartier de St Etienne déjà urbanisé a été sérieusement touché, la petite église de campagne a beaucoup souffert et il était devenu urgent de la remplacer. Le curé de la paroisse, l’abbé Maubert s’attela à cette lourde tache. Le terrain fut vite trouvé, une parcelle s’ouvrant sur la rue Vernier actuelle faisait l’affaire mais le plus dur maintenant était de trouver l’argent pour bâtir le nouveau lieu de culte.Or en cette fin de XIXeme siècle les tiraillements entre l’Eglise et l’Etat ne permettaient pas d’envisager une aide quelconque des autorités. Le courageux abbé Maubert paya le terrain et le début de la construction sur ses propres deniers. En 1907 les fondations sont réalisées et, en 1908 on inaugure une partie du sanctuaire. La Grande Guerre commence en 1914 et tous les travaux sont interrompus. En 1923, l’abbé Maubert décède et le chanoine Casimir Ciamin continue l’oeuvre de son prédécesseur. Pour diminuer les frais, le ciment est substitué à la pierre, la construction est très avancée en 1939 mais c’est la guerre et, encore une fois tout est reporté. La grave situation économique du pays après la Libération ne permet la reprise des travaux qu’en 1957.

En 1958, tout est presque fini et, le 1er mai 1959 c’est l’inauguration tant attendue en présence de Mgr Paul Rémond, évêque de Nice et du maire Jean Médecin. Cinquante ans se seront écoulées depuis la pose de la première pierre mais une belle réussite in fine!

En remontant la rue Vernier depuis l’avenue Malausséna on rencontre une intense activité commerciale sous forme de magasins de toutes sortes et ceci sur les deux rives de la voirie. On remarque très vite, à gauche, le temple de l’Eglise évangélique Baptiste inauguré en 1910. Plus loin sur la gauche, l’école Joseph Vernier située juste devant l’église. La construction de cet établissement commença en 1896 et ouvrit en 1897. C’était une école communale avec l’école des filles, celle des garçons et une maternelle. Elle portera le nom de l’architecte Joseph Vernier déjà cité plus haut. L’établissement se transforme en Collège d’Enseignement Général puis Collège d’Enseignement Secondaire (CES) en 1965. La capacité du collège sera portée à 700 élèves. L’année 2007 verra la construction de la salle polyvalente. En 2013, il devient Collège International. Que de chemin parcouru! Sur la façade du bâtiment, une plaque souvenir rappelle que ce collège niçois, comme d’autres, à payé un lourd tribut suite à l’occupation nazie de 1943/1944.

L’avenue Joseph Vernier ne s’est pas toujours appelée ainsi. En 1883, le maire Alfred Borriglione décide de frapper un grand coup, avec des pensées électorales sous-jacentes bien sûr! On va organiser à Nice une grande exposition internationale dans la ville. Le site est choisi assez vite: ce sera sur le plateau du Piol alors assez dégagé. Le temps presse pourtant car, nous sommes en 1883 et en 1884 tout doit être prêt pour l’inauguration et tout reste à faire…en 9 mois!

Deux voies d’accès au site sont prévues: depuis la promenade des Anglais par le futur Bd Gambetta, ou depuis l’avenue Malausséna et la future rue Vernier pas encore goudronnée mais que l’on va baptiser pour la circonstance «Rue de l’Exposition». Cette voirie et toutes les installations de l’exposition vont bénéficier de l’éclairage électrique, une révolution pour l’époque!L’inauguration aura finalement lieu en janvier 1884 et la manifestation se terminera en mai de la même année.Notons au passage que les délais de réalisation étant très serrés, tout le gros œuvre, pour gagner du temps, n’a pas été construit en fer et ciment mais en bois recouvert de plâtre! Cela explique qu’il ne reste rien des diverses constructions sauf dans la rue du Rocher quelques rocailles artificielles encore visibles aujourd’hui. Le maire était pressé car il voyait arriver les échéance électorales de mai 1884 et il comptait bien sur le succès de l’entreprise pour sa réelection. Un succès en demi-teinte pourtant, le budget de l’affaire ayant littéralement explosé. Un gros scandale a, par ailleurs, marqué défavorablement la construction de l’exposition: pour réaliser l’accès au site il a fallu, ô sacrilège, raser le vieux cimetière St Etienne en transférant les sépultures à Caucade, ceci sans prévenir ni rien demander à personne. Borriglione s’est fait pas mal d’ennemis à cette occasion. Le hall d’entrée d’un immeuble du Bd François Grosso est orné d’une fresque représentant le site de l’exposition. C’est le rare souvenir visible qui nous reste de cette événement hors du commun.

Le quartier recèle une autre curiosité peu connue: l’ancienne église se situait à l’angle de la rue de l’abbé Grégoire et de la rue Dabray. L’abbé savant Pierre Gioffredo avait, de son temps, vu devant elle un milliaire romain et l’avait signalé. Depuis, le quartier s’est totalement transformé , l’église a changé de place et, il y a quelques années, un archéologue à retrouvé dans l’impasse Bensa, perpendiculaire à la rue Dabray, une curieuse pierre ronde (diamètre env. 70cm) qui semble bien être le fameux milliaire signalé au XVIIeme siècle par Gioffredo. Il dépasse du sol d’environ 50cm, est encastré dans un bloc de ciment et semble cassé au sommet. La partie inférieure est enfouie et son dégagement permettrait peut-être de trouver des inscriptions intéressantes sur cette pierre qui se trouve sur une propriété privée. Ce milliaire a du être déplacé lors de la démolition de l’ancienne église et s’est retrouvé (par quel hasard?) quelques dizaines de mètres plus loin, dans la cour Bensa dans l’indifférence générale du voisinage.

Ami lecteur, en vous souhaitant un bon déconfinement je vous donne rendez-vous prochainement sur Ciaovivalaculture. Il y a encore tant de choses à découvrir à Nice!

Baièta (encore virtuelle) !

Yann Duvivier
Juin 2020

 

Sources documentaires:

  • Bibliothèque de Cessole
  • Internet Wikipedia
  • Revue Nice-Historique
  • Photos: Yann Duvivier

 

 

**************

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s