Disparition – Guy Bedos – « L’humour, c’est la politesse du désespoir » (Kierkegaard)

Guy Bedos et Jean Loup Dabadie- Crédit Phot DR _
Guy Bedos & Jean-Loup Dabadie – Crédit photo : DR

Hé ! ho ! Qu’est-ce qui te prend, la camarde ? En deux semaines,Michel Piccoli, Jean-Loup Dabadie et maintenant Guy Bedos ? Qu’est ce qu’elle t’a fait, la Culture ? Rassures –toi, tu peux rien contre les choses de la vie. Mais t’as une certaine logique : t’enlèves Piccoli, dont parmi ses plus grands films – je ne sais pas s’il existe un  petit film avec Piccoli – il y a les films de Claude Sautet dont les « scénars » sont de Dabadie, et Bedos, dont plusieurs sketches sont signés… Dabadie. Ils doivent bien rigoler, là – haut.
Bedos, humoriste ? Je préfère le terme  « ironiste ». L’ironie est une manière de persuader quelqu’un en vue de faire réagir un lecteur, un auditeur ou un interlocuteur. Elle est en outre utilisée pour dénoncer, critiquer quelque chose ou quelqu’un. Pour cela, le locuteur décrit souvent la réalité avec des termes apparemment valorisants, dans le but de la dévaloriser. L’ironie invite donc le lecteur ou l’auditeur à être actif pendant sa lecture ou son audition, à réfléchir et à choisir une position. Et cela va très bien à Guy Bedos. Comme un gant. A Desproges, aussi. Au demeurant, si Desproges est monté sur scène, c’est grâce à Bedos.
Bedos est un « Auteur caustique qui vous décortique l’âme d’une plume profondément humaine avec des trémolos comiques et des réparties acérées, venimeuses ou subtilement perverse » (Muriel Hubert)

Guy Bedos et Yve Robert- Crédit Photo- DR-
Yves Robert et Guy Bedos – Crédit photo DR

Bedos, je disais que c’était avant tout un humoriste, toute sa carrière et trempée dans cette encre. Une quarantaine de films, signés entre autres de Jean Renoir, Marc Allegret, Marcel Carné, Yves Robert, Claude Berri, Pierre Granier-Deferre, Michel Drach, Pierre Mondy…. Une vingtaine de pièces de théâtre, dont, excusez du peu: La Résistible Ascension d’Arturo Ui, de Brecht, mise en scène de Jérôme Savary. Et aussi Sortie de scène de Nicolas Bedos, mise en scène Daniel Benoin, Théâtre National de Nice. Nous y reviendrons.
Et aussi dix sept livres, dont je vous recommande le dernier, « 
A l’heure où noircit la campagne », 2017, Fayard, un recueil de revues de presse.

Guy Bedos - Festival de Cannes 2016 - Crédit photo Philippe Prost
Guy Bedos – Crédit photo : Philippe Prost

Je me souviens que Guy Bedos est né le 15 juin 1934. Selon son autobiographie Mémoires d’outre-mère, ses mauvais rapports avec sa mère et son beau-père (ouvrier, puis patron d’une scierie avec lequel sa mère s’est remariée) lui rendent la vie difficile : son beau-père bat sa mère, qui bat son fils en retour. Il y raconte aussi que c’est son beau-père, raciste et antisémite.et sa mère, pétainiste, qui lui ont donné sa conscience politique humaniste. 
Car je me souviens qu’il se revendique « homme de gauche » sans soutenir un parti politique en particulier. Il est désigné par ses adversaires comme l’un des représentants de la gauche caviar, alors que lui se voit comme appartenant à la « gauche couscous » (Moi, perso, ce serait plutôt la gauche « harengs pomme à l’huile ». Moi, j’dis ça, j’dis rien…) Il est membre de la Ligue des Droits de l’Homme, et à plusieurs reprises soutient les militants de Droit au Logement.
Je me souviens qu’en 1965, Guy Bedos débute au music-hall  en covedette avec la chanteuse Barbara, puis se lance dans une carrière d’humoriste en formant un duo avec Sophie Daumier (1934-2004). Guy Bedos et Sophie Daumier vont unir leurs destins personnels et professionnels à l’occasion du spectacle Milord l’Arsouille. Ils se marient le 19 février 1965. Leur carrière commune, tout comme leur mariage, durera une dizaine d’années. Ils interprètent ensemble de nombreux sketches, écrits par Jean Loup Dabadie notamment La Drague (qui connait un immense succès populaire et reste la référence de leurs duos), Tête-bêche ou Les Vacances à Marrakech.
Après leur séparation, il se lance dans une carrière solo, tout en s’affirmant comme un acteur accompli au cinéma et dans des téléfilms. Il a contribué régulièrement à l’hebdomadaire satirique Siné Hebdo créé par le dessinateur  Siné jusqu’à ce qu’il cesse d’être publié.
Donc, «
 Sortie de scène », de Nicolas Bedos. Père et fils avait choisi Nice pour les premières représentations.
Pie
rre Monceau, la soixantaine, auteur de pièces de théâtre à succès, préfère désormais cracher son venin contre les politiques, les grands patrons. Aigri, grincheux et malade, il vit reclus dans son grand appartement désert.  Quasi plus personne ne le visite, ni ne lit ses pamphlets.  Seule sa femme de ménage reste fidèlement à ses côtés, avec l’amicale et familière tendresse bourrue que l’on retrouve chez les servantes de Molière.  Dans ce portrait, c’est Guy Bedos, le père qui se dessine, interprète de Sortie de scène.

Victoria Bedos et son père Guy Bedos - Festival de Cannes 2016 - Crédit photo Philippe Prost
Guy Bedos et sa fille Victoria – Festival de Cannes 2016 – Crédit photo : Philippe Prost

Je me souviens qu’en 2004, quand Sortie de scène a été joué au TNN, j’attendais Nicolas à l’entrée des artistes pour lui demander une interview. Quand il est arrivé, je l’ai salué d’un « Bonjour, Monsieur Guy Bedos ! » Aie ! La gaffe ! Acte manqué ? Nicolas n’était pas du tout content, mais alors pas du tout : l’interview s’est quand même bien déroulé, Nicolas a été charmant.

A propos de Nice, sous l’ère Jacques Médecin, Guy Bedos a été déclaré par le bon maire de l’époque  » persona non grata « , au demeurant comme Bernard Lavilliers.
Je me souviens que Pierre Desproges
en 1986, lors d’une émission intitulée Ma plus belle histoire d’humour,  avait enterré vivant son ami et complice dans un sketch hilarant. «Guy Bedos n’est plus. La France perd le meilleur de ses fils et la rampe le meilleur de ses feux. Que dire du désarroi qui nous broie et de la douleur qui nous noue sinon quand nos cœurs l’un et l’autre cohabitent, pour reprendre le cri d’amour du crapaud.»
Desproges imagine que toute la presse va pleurer l’amoureux de Paulette le lendemain de sa mort. Et même Minute, le journal d’extrême droite, sous la plume d’un certain «Adolphe Croix-de-Feu» lui tresse une couronne de lauriers posthume bien particulière en écrivant que « le pétomane pro-palestinien Guy Bedos, né Bedostein, vient de passer l’arme à gauche.»
Que dire de plus ? Je ne sais pas. Cet homme qui faisait du drôle avec du triste, dont il suffisait de voir son visage pour apercevoir sa tendresse, l’intelligence, la culture.
Guy Bedos était né sur les bords de la Méditerranée. Cette Méditerranée qu’il gardera pour toujours au fond du cœur. Il sera enterré comme il l’avait souhaité  dans le cimetière de Lumio en Corse, cette île qu’il surnommait « mon Algérie de rechange ».
« Buona sera , signore , signori
La vie est une comédie italienne
Tu ris, tu pleures, tu pleures, tu ris
Tu vis et  tu meurs »

(Extraits de son sketch La vie est une comédie italienne)
.
28 mai 2020. Nicolas Bedos a perdu en une semaine son parrain (Jean Loup Dabadie) et son père.

01 - Guy Bedos - si on vivait tous ensemble de Guy Robelin ( 2012 ) - crédit photo Bac Films -
Et si on vivait tous ensemble ? de Stéphane Robelin – Crédit photo : Bac Films

A cette heure, Piccoli, Dabadie, Bedos et Desproges tapent le carton. Piccoli fume le cigare du Mépris. Dabadie pense à un nouveau scénar. Desproges, en abattant une carte : « Au Paradis, on est assis à la droite de Dieu : c’est normal, c’est la place du mort. » Guy sourit en pensant à Nadine Morano (poursuivi en justice par  l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy pour l’avoir traité de «conne», il avait été relaxé par le tribunal correctionnel de Nancy en septembre 2017)
Ne parlez plus d’humoriste, parlez d’ironiste
Bonne fête, Paulette.
Jacques Barbarin

Guy Bedos en quelques films :
Le pistonné de Claude Berri (Extrait – 1970 – 1mn51)
Un éléphant, ça trompe énormément d’Yves Robert (Bande annonce – 1976 – 2mn44)

Nous irons tous au paradis d’Yves Robert (Bande annonce – 1977 – 2m55)

Le caporal épinglé de Jean Renoir (Bande annonce – 1962 – 3mn58)

Le Bal des Casse-pieds d’Yves Robert (Bande annonce – 1992 – 1mn53).

 

 

 

 

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