Histoire / Carabacel, il n’y a pas que les funiculaires ! (partie 2)

Ami lecteur, j’espère que la première partie consacrée à la découverte du quartier de Carabacel vous a donné l’envie d’en savoir un peu plus et je vais donc au fil des quelques lignes qui suivent essayer de satisfaire votre curiosité bien légitime.

Maison blanche

Les choses intéressantes se trouvent majoritairement sur la rive nord du boulevard  (côté colline) où demeurent encore de beaux vestiges du glorieux passé de cet endroit. Aujourd’hui, la belle société a déserté le quartier et nombre de belles villas de maître ont fait place a des immeubles modernes, souvent sans grand caractère abritant des écoles (de commerce en particulier), des cabinets d’avocats ou des bureaux à vocation commerciale et même… un théâtre! Adieu la belle «Villa Blanche», propriété Hyacinthe Blanchi puis renommée «Blanche» vers 1922, remplacée depuis quelques années par une co-propriété moderne siège de cabinets d’avocats et d’associations. C’était autrefois un pensionnat pour jeunes filles, élèves au lycée Calmette. En remontant toutefois l’avenue Bieckert on trouve encore de beaux immeubles de rapport mais, dans le quartier on ne trouve quasiment plus d’hôtels à part deux survivants: l’Hôtel Impérial (édifié vers 1880) situé au N°8 du boulevard (31 chambres), et l’Hôtel du Petit Palais (25 chambres) un peu en hauteur, au N°17 sur l’avenue Bieckert.

Façade de l’Hotel Imperial

Le premier établissement offre au client une étonnante remontée dans le temps avec un intérieur vieillot, certes mais magnifiquement bien conservé et cet hôtel(2**) est géré par des hôtes chaleureux. Il fut construit par  le bien connu S.M. Biasini. Le jardin, devant l’immeuble fut sans doute beau autrefois mais son entretien actuel laisse à désirer. Les beaux palmiers d’antan rongés par le charençon rouge ne présentent plus que leurs troncs que l’on a hésité à couper ras dans l’espoir sans doute de les voir renaître, cela arrive quelquefois, mais c’est plutôt rare.

Le deuxième établissement appartint dit-on à l’illustre, éclectique, narcissique et un brin mégalomane Sacha Guitry. Son confort est nettement plus moderne mais, pour ma part je préfèrerai passer mon séjour à l’Impérial dans ce cadre historique hérité de la fin du 19eme s, nostalgie historique oblige! C’est peut-être moins «fonctionnel», mais tellement plus convivial, mais ce n’est que mon opinion, vous le savez, amis lecteurs, je suis un peu «rétro» ou «vintage» comme on dit maintenant, mais je me soigne! Juste avant l’Impérial, au N°6 l’ancien hôtel Palais Royal (depuis 1905). Le passant est tout de suite intrigué par les curieux motifs ornant son portail métallique d’entrée (lyre, étoiles, croix) peint en noir. On est ici devant l’ancienne Villa Boieldieu ou Villa Marie, un beau bâtiment de trois niveaux agrémenté d’un portique d’entrée à six colonnes donnant, en façade, sur un beau jardin arboré. La lyre, symbole de la Musique rappelle que Marie Boieldieu appartenait à une grande famille de musiciens du côté paternel avec son grand-père, son oncle Adrien Boieldieu et sa cousine Louise.

De nos jours cette grande propriété est une SCI gérée par la famille Costamagna.

Remontant le boulevard, toujours côté droit, en abordant l’avenue Bieckert, on trouve le Palais Langham, ancien hôtel lui aussi devenue co-propriété comme beaucoup d’autres illustres demeures du secteur. Le vaste hall d’entrée vaut le coup d’oeil mais il a bien vieilli et a perdu de son lustre d’antan par manque d’entretien depuis sans doute des décennies, c’est bien dommage.

Hall d’entrée du Palais Langham

L’immeuble lui-même aurait bien besoin d’un bon ravalement. On y voit, au fond, près des escaliers montant aux étages une jolie mosaïque figurant l’entrée du port de Nice. Au dessous de l’accès au palais on trouve encore l’ancienne station basse du funiculaire desservant jadis l’hôtel Hermitage situé plus haut, devenu après la 2eme Guerre une co-propriété. Ce petit bâtiment est maintenant occupé par un cabinet de médecin osthéopathe mais toute trace de sa fonction première a disparu. Quelques mètres après le départ de l’avenue Bieckert, au N°10 du boulevard, on trouve même un petit théâtre (49 places), le Théâtre de l’Eau Vive. On y joue des pièces de théâtre et on y organise des stages et ateliers de formation théâtrale pour amateurs petits et grands. Au rez-de-chaussée, on peut mettre en place des forums de discussion avec des artistes, c’est vraiment très convivial.

Plus loin, implantée sur l’ancienne villa Gastaud, on trouve la Chambre de Commerce et d’Industrie Nice-Côte d’Azur dont le bâtiment central style Belle Epoque avec son dôme sommital à la Mansard a été édifié en 1921-1923 par l’architecte mentonnais Adrien Rey.L’entrée du bâtiment consulaire est orné de deux statues, à gauche une jeune femme offrant des fleurs et des fruits symbolise l’activité locale et, à droite une statue de Mercure ailé, dieu du Commerce, une œuvre du statuaire Paul Roussel.

En remontant encore le boulevard on rencontre juste en face de son intersection ave le Bd Dubouchage un très grand bâtiment un peu en hauteur, au N°28: l’ancien palace Grand Hôtel de Nice aujourd’hui co-propriété immobillière sous le nom de Palais de Nice.

En 1871, la famille de cordonniers niçois, les Bouchon, achètent à un certain Mr Tori un immeuble à deux étages sur rez-de-chaussée au N°28 Bd Carabacel qui va devenir le Grand Hôtel de Nice tenu au départ par une famille suisse-allemande après rachat en 1874. Cet établissement prestigieux va être agrandi et modernisé au fil des ans et accueillera le gratin de la haute société européenne de l’époque. Durant le premier conflit mondial, l’hôtel est transformé en hôpital militaire comme la plupart des grands palaces niçois. Il reprends son activité initiale après le conflit jusqu’en 1937. Il se transforme alors en co-propriété sous le nom de Palais de Nice. La mode avait changé, c’était l’époque des congés payés, une révolution, et les nouveaux vacanciers (15 jours seulement!) voulaient goûter aux joies de la plage et des bains de mer. Faut-il le dire, la plupart des gens de cette époque n’avaient jamais vu la mer! Eh oui! quinze jours alors que nous en sommes à cinq semaines de nos jours! Les bourgeois-rentiers d’avant-guerre n’appréciaient pas cette «largesse» de Léon Blum et traitaient les bénéficiaires de ces mesures de « salopards en casquettes ! ». Heureusement, les mentalités ont changé.

Ami lecteur, nous voici à la fin de notre périple et, avant de vous quitter, je vous engage à suivre mes pas sur cette belle colline de Carabacel et à y découvrir par vous-même ce que je vous ai décrit.

Pour finir ne manquez pas d’admirer un splendide panorama visible depuis une balustrade située tout près de l’hôtel du Petit Palais auquel j’ai fait allusion plus haut. On y découvre une vue panoramique de Nice avec la mer en second plan. La colline du Château se détache à gauche du paysage et, pour la petite histoire, sachez que l’endroit où vous êtes était une des positions d’artillerie choisie en 1691 par l’armée du Maréchal Catinat pour bombarder Nice et détruire sa forteresse. Nous étions en pleine Guerre dite de la Ligue d’Augsbourg menée par Louis XIV contre le duc de Savoie Victor-Amédée II.

Yann Duvivier
mars 2020

Sources:

Cartes postales: Collection Y. Duvivier.
Internet Wikipedia.
Photos : Y. Duvivier

Un commentaire

  1. dans le cadre des journées du patrimoine, j’ai fait quelques promenades commentées ds carabacel avec quelques notes sur les bâtiments , mais surtout sur les végétaux du parcours ( recensés dans les années 2000,)
    Cela vous intéresse-t-il???,
    j faraut

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