Cinéma / L’ETAT SAUVAGE de David Perrault

Pour son deuxième long métrage, David Perrault s’essaie au western avec L’Etat sauvage. Il en respecte les codes mais se permet également quelques audaces… A découvrir.

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1861 – Bal dans la bonne société du Missouri – Crédit photo : Pyramide Distribution

C’est un secret de Polichinelle que de remarquer qu’Hollywood (et le cinéma indépendant américain) n’a plus l’apanage du western depuis bien longtemps. Abandonné par la « maison mère » pendant un temps, le genre, accommodé à différentes sauces (spaghetti, entre autres), a néanmoins refait surface et trouvé un nouveau souffle (venu d’Europe notamment). Côté français, le western n’est pas dans les habitudes. On notera quand même quelques productions (ou coproductions), plus ou moins récentes et plus ou moins réussies, comme, Les Pétroleuses de Christian-Jaque, avec Brigitte Bardot et Claudia Cardinale, Blueberry, l’expérience secrète de Jan Kounen, Les Dalton de Philippe Haïm, Lucky Luke de James Huth, auxquels ont pourrait ajouter Le Grand Silence et Le Spécialiste, l’un et l’autre réalisés par Sergio Corbucci mais, outre la contribution financière, la vedette principale est française. Jean-Louis Trintignant pour le 1er et Johnny Hallyday pour le 2d. Après Jacques Audiard et Les Frères Sisters (2018), c’est aujourd’hui au tour de David Perrault de s’y essayer avec L’Etat sauvage, son deuxième long métrage après Nos héros sont morts ce soir découvert à la Semaine de la Critique en 2013.

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                            Esther (Alice Isaaz) – Crédit photo : Pyramide Distribution

Il était une fois dans l’Ouest donc, enfin, plus précisément, dans le Midwest et le Missouri, en 1861, en pleine Guerre de Sécession. Une riche famille de colons français, négociant en parfums parisiens, y vit depuis 20 ans. Elle s’est intégrée à la bonne société. Avec le conflit, Napoléon III a recommandé la neutralité à ses sujets expatriés, mais des circonstances tragiques vont changer le destin de cette famille. Au cours d’un bal, l’intrusion d’une bande de soldats yankees et le déchaînement de violence qui s’en suis amène Edmond (Bruno Todeschini), le chef de famille, à vouloir quitter les Etats-Unis et cette guerre qui ne les concerne pas. Avec Madeleine (Constance Dollé), son épouse, leurs trois filles, Justine (Deborah François), Abigail (Maryne Berthiaux), Esther (Alice Isaaz), et Layla (Armelle Abibou), la domestique antillaise, émancipée et rémunérée, ils vont tenter de rejoindre New York pour prendre un bateau et regagner la France. Victor (Kevin Janssens), un ancien mercenaire ou hors-la-loi, est payé pour veiller à leur sécurité pendant ce voyage périlleux… Bien entendu, comme dans tout western, les péripéties ne vont pas manquer.

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Layla (Armelle Abibou), Justine (Deborah François), Esther (Alice Isaaz), et Madeleine (Constance Dollé) – Crédit photo : Pyramide Distribution

Néanmoins, dès les premières minutes, l’histoire semble prendre un autre chemin. Scène nocturne, ombres et contrejours, rituel vaudou, musique électro inquiétante… L’Etat sauvage baigne dans une atmosphère fantastique (d’épouvante). Un climat qui va imprégner le film jusqu’à la fin sans pour autant le phagocyter. Cependant, tout en restant fidèle au genre malgré tout, il se démarque pourtant de la représentation traditionnelle (américaine ?) par une démarche inhabituelle que l’on peut qualifier d’audacieuse. Ici, ce n’est pas le passage de l’état sauvage à la civilisation, mais l’inverse qui se produit, de même que les colons ne cherchent pas à repousser la frontière toujours plus à l’Ouest, mais à fuir le pays. Enfin, et c’est le plus marquant, il se différencie de bien d’autres westerns par son approche féministe qui montre la lente émancipation d’un groupe de femmes dans un contexte hostile. En parallèle, si Victor est l’archétype du cow-boy classique, rude, solitaire et violent, il aussi un lâche et un traître.

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Bettie (Kate Moran) et ses hommes – Crédit photo : Pyramide Distribution

A l’originalité de la mise en scène, il faut associer la qualité de l’interprétation avec une mention spéciale à Alice Isaaz (vue dans Rosalie Blum, Mademoiselle de Joncquières, Le Mystère Henri Pick) et Deborah François (Le Premier Jour du reste de ta vie, Cézanne et moi, Chacun sa vie), sans oublier le remarquable travail du directeur de la photographie, qui nous propose de superbes plans de paysages sauvages (le film a été tourné au Canada) mais sait aussi créer des ambiances bien particulières à la limite de l’irréel.

L’Etat sauvage de David Perrault (2019 – Western – France/Canada/Belgique – 1h58). Avec Alice Isaaz, Kevin Janssens, Deborah François, Bruno Todeschini, Constance Dollé, Armelle Abibou, Kate Moran.

Voir également :
La bande annonce du film (1mn45- Pyramide Distribution)
Entretien avec David Perrault (4mn – Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz)
Entretien avec Alice Isaaz (5mn – Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz)

Philippe Descottes


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