Cinéma / MINE DE RIEN de Mathias Mlekuz.

Le bassin minier du Nord . Formation, retour à l’emploi sans perspectives, et  rancoeurs accumulées. La résistance solidaire s’organise autour de la création d’un parc d’attraction dans une mine désaffectée. Un jolie et décapante comédie sociale sur la transmission et la quête de dignité. Prix du Public au Festival de l’Alpe d’Huez. A Voir …

Mine de rien : Photo
Bassin Minier du Nord  Les chômeur de longue durée en lutte – Crédit Photo : M.E. S Productions  – Orange studio-

La veine qui avait fait la notoriété du cinéma Italien dans les années 1960 et suivantes n’avait jamais réellement trouvé écho dans le cinéma Français, et ce malgré , le succès en salles de comédies transalpines . Le miroir critique révélateur qu’elle renvoyaient de la société , semblent trouver écho aujourd’hui chez les cinéastes français de la nouvelle génération , sans doute à la faveur du regain des mouvements  alternatifs mettant en lumière les problématiques sociétales, comme en témoignent les récents succès de Discount ( 2015 ), et Les invisibles ( 2019 ) de Louis –Julien Petit , et La lutte des classes ( 2019 ) de Michel Leclerc,  qui les abordaient sous ce prisme . C’est le cas aussi de Mathias Mlékuz faisant référence en modèle , au décapant Affreux , sâles et méchants d’Ettorre Scola et à d’autres grands artisans de la comédie, inspirateur , dit-il , de son « conte social » en forme d’état des lieux d’une région. Ancré au cœur de celle-ci , ce petit- fils et fils d’ émigrés yougoslaves devenus mineurs de fond dans la région, en connaît tous les éléments « …mon enfance a été baignée par les histoires et les luttes des mineurs », dit-il . Dès le générique d’ailleurs il nous immerge au cœur de celles-ci , avec des images d’archives accompagnées , en fond sonore de chansons de luttes dont le vibrant : «  en avant gueules noires » chanté par Christiane Oriol . Un rappel au passé , en hommage aux mineurs et à son père dont : «  le dernier combat a été pour le classement du bassin minier au patrimoine mondial de l’humanité », dit-il . La séquence suivante nous renvoie au vécu quotidien d’aujourd’hui et à la désolation du chômage de durée frappant durement les hommes et les femmes, et en quête de stage d’emploi . Avec cette scène -quasi surréaliste- de la préparation à celui-ci et des codes -barre appris par cœur, éléments déterminants pour une éventuelle embauche en entreprise !. Le ton est donnée avec les réactions d’un auditoire sidéré par l’absurdité de la méthode , faisant fi des compétences de chacun … et des débouchés qui ne sont quasiment jamais au rendez-vous ! . Tous ce beau monde, va donc devoir se débrouiller et faire face aux situations personnelles d’un quotidien de plus en plus difficile. S’accrocher quand tout vous fait basculer dans le désespoir et la dignité bafouée . Alors reste , la « fibre » de l’héritage du passé et des luttes , comme ultime espoir de sursaut vers lequel on se tourne…

Mine de rien : Photo Arnaud Ducret, Hélène Vincent, Philippe Rebbot
de gauche à Droite; Philippe Rebbot, Arnaud Ducret et Hélène Vincent – Crédit photo : M..ES Productions , Orange studio-

C’est au cœur de celui-ci que , le récit et le cinéaste nous entraînent avec ces hommes et ses femmes pour lesquels , le réflexe de survie va se muer, en réflexe solidaire collectif par lequel , la réunion des idées et des compétences de chacun , va ouvrir la porte du possible , de l’espoir. La petite communauté des exclus qui n’a rien à perdre , va se mettre en marche… et braver tous les défis pour tenter de s’en sortir, la tête haute ! . Emblématique la scène où ils font front à la Maire qui veut les obliger à mettre fin à leur grève , pas question de céder ce sont eux désormais qui vont lui imposer , leur choix !. Et la réponse sera enclenchée par le choix collectif unanime de faire de la mine désaffectée …un parc d’attraction ! .La belle séquence de la réunion qui va donner vie à cette entreprise, est révélatrice de cette volonté de ne pas subir , mais de prouver que l’on vaut mieux que ce mépris dans lequel on se retrouve englués, par une société qui vous contraint à baisser les bras . !. Le « duel » du jeu de pouvoir devient leur moteur et celui du récit , qui va donner lieu a des séquences mémorables où le défi , porté par les inénarrables astuces de la mise en place du projet du parc faisant appel à la débrouillardise de chacun , objet de séquences du plus bel effet comique . En même temps qu’au cœur de celles-ci , s’inscrivent habilement les toute une pléiade de situations et de rapports individuels et collectifs , qui s’y font jour rendant passionnante cette étude d ‘un collectif , au cœur duquel les débats s’installent et que les situations personnelles, y évoluent et peuvent y trouver solution(s). C’est la belle idée du film que de décrire ce jeu d’influences qui s’y joue , les  personnes confrontées à celui-ci pouvant y puiser conseils et soutiens permettant à certains de sortir de l’impasse . La dimension collective qui va s’en retrouve renforcée par la participation plus sereine par la vitalité inventive qui s’y déploiera , sans obstacles . On vous laisse découvrir les multiples séquences, qui, avec énergie , imagination et débrouillardise ( le jeu d’auto-tamponneuses , de manège , le Pompon, le train fantôme ou le saut dans le vide .. ) s’en feront l’écho jubilatoire, empreint à la fois, de poésie et d’inventivité …

Mine de rien : Photo Arnaud Ducret
Tous réunis devant leur réalisation collective , le parc d’attraction- Crédit Photo : M.E.S Productions – Orange Studio-

 

Et puis, il y a cette et galerie de personnages croqués magnifiquement avec leurs défauts et qualités, de la même manière que le sont les comportements collectifs. Au cœur desquels , habilement , Mathias Mlekuz intègre une réflexion et interrogation très subtile , notamment sur la thématique du pardon, abordée lors de la séquence de la mise en place du train fantôme, lorsque ses ennemis jurés vont devoir faire appel au technicien qui , jadis , avait mis en place tout le système de fonctionnement . Fâchés depuis 40 ans avec celui-ci considéré comme «  le traître à sa classe » pour avoir refusé de faire grève …ils vont finir par baisser les armes !. Le traître en question pouvant dès lors , enfin- expliquer les raisons qui l’ont conduit à devoir se plier à ce choix . Mais, qu’elle est belle cette galerie de personnages dont le cinéaste nous propose de partager le quotidien , les inquiétudes et les espoirs. Celle des hommes perdus dans leur galères : Arnault ( Arnaud Ducret ) qui vient de perdre son père , fragilisé par la précarité , divorcé et dénigré par ses enfants, en charge d’une mère malade d’Alzheimer …il trouvera dans le projet du Parc, le motif de son retour au combat, à la vie . Tandis que son ami Di Lello ( Philippe Rebbot ) aussi fantasque qu’infidèle devant jouer d’astuces envers une compagne qui tient financièrement le ménage, mettra aussi  sa fantaisie au service du collectif !. Et le vétéran Roger Morels ( Rufus, immense ) porteur des luttes du passé qui en ravivera la flamme , avec ce Parc . Puis , il y a ces femmes souvent fortes qui y sont au cœur . A l’image de la sœur de Di Lello , Stella ( Mélanie Bernier ) et son investissement à toute épreuve , faisant écho à celui de la Maire femme de pouvoir . A celles-ci, s’ajoute l’émouvant portrait de la mère d’Arnault ( magnifique et grande Hélène Vincent ) recluse dans le deuil et la maladie , trouvant le sursaut dans le souvenirs de jeunesse ravivés qui habilleront de douceur et paix , ses dernières années . S’y ajoutent de superbes figures secondaires croquées tout aussi magnifiquement , à l’image de l’émouvant couple mère – fils ( Marianne Garcia et Philippe Cabrelli) . Au cœur des corons et des terrils , la séquence finale en sublime le bouleversant hommage que rend le cinéaste, aux hommes et aux femmes ainsi qu’à tout un pan de l’histoire d’une région par ce geste d’Arnault, y versant les cendres de son père. Qu’elle belle et poétique idée, que ce Parc d’attraction , pour nous y faire partager tout cela ! . C’est superbe , ne manquez pas le rendez-vous de cette comédie dont les accents d’humanité qui l’habillent sont – justes et forts – dans ce qu’ils disent et reflètent de ce besoin si nécessaire , de reconnaissance et de dignité.

( Etienne Ballérini )

MINE DE RIEN de Mathias Mlekuz – 2020- Durée : 1 h25-

AVEC : Arnaud Ducret, Philippe Rebbot, Mélanie Bernier , Rufus, Hélène Vincent, Joseph Mekluz, Marianne Garcia, Cyril Aubin, Rebecca Finet, Sophie Bourdon, Philippe Cabrelli, Yanis Richard …

LIEN : Bande – Annonce du film : Mine de Rien de Mathias Mlekuz

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