Cinéma / JOJO RABBIT de Taika Waititi.

Adapté du roman Le ciel en Cage de Christine Leunens, le cinéaste Neo-Zélandais sous le scalpel de l’humour loufoque , évoque l’endoctrinement Hitlérien d’un gamin de 10 ans . Puis y insère habilement , le contrepoids de la gravité et l’effet dévastateur de l’enseignement de la haine et de la violence. Un vrai régal

Jojo ( Roman Griffin Davis ) grenade à la main , en formation au Camp des  » jeunesses Hitlériennes » – Crédit Photo : Twentieth  Century Fox –

Agé de 10 ans , Jojo Betzler ( Roman Griffin Davis , formidable!) est de cette jeunesse Allemande endoctrinée dès son plus jeune en âge par le régime Nazi , et destinée à devenir, le «  nec plus ultra » de la race Aryenne. Son effet se manifeste déjà , chez Jojo, par les insignes du régime et des photos du Fürher qui avec d’autres, ornent les murs de sa chambre, comme éléments de reconnaissance et d’appartenance à un collectif, du patriotisme en marche. Celui des jeunesses Hitlériennes, où les attendent jeux et autres formes d’initiations, pour en faire des hommes forts et fiers qui défendront sans peur et états d’âme, leur pays contre l’ennemi juré !.. Les camps des Jeunesses et leurs exercices vont les  préparer …et il faudra se montrer à la hauteur . Magnifiques séquences au cœur desquelles d’emblée le cinéaste nous invite aux exercices et rites, où l’humour loufoque s’invite, comme parade à la timidité du gamin … qui a peur de ne pas être à la hauteur ! . Faisant appel, en secours, à un soutien imaginaire… Adolf en personne … pour le soutenir dans l’épreuve !. Les mimiques de ce dernier et ses encouragement aussi enfiévrés que ses discours publics … ont le même effet « hypnotisant » sur Jojo, qui, poussé par les éducateurs et ses camarades, va devoir affronter les épreuves . Au cœur de celles-ci : Jeux de guerre, maniements de grenades , brûler des livres , apprendre la self- défense et la haine des Juifs… Jojo va se « figer » pourtant, lorsqu’il va devoir montrer son courage , et tuer un animal vivant… un lapin ! . Ce qui va lui valoir les lazzis de ses camarades et le surnom désobligeant, de Jojo Rabbit ( Jojo Lapin) … pour sa lâcheté !. Dès lors, la magnifique séquence provoque le « bascule » du récit, renvoyant à l’humour loufoque, le contrepoint de la gravité qui interpelle, explique le cinéaste :«  dans mes films, j’amène le public au bon état d’esprit en le faisant rire, et une fois qu’ils ont baissé la garde, je commence à semer ces petites doses de drame qui ont un poids sérieux et prennent leur place, en eux « . Ses films dont les enfants sont souvent , les personnages principaux ( Boy/ 2010 , A la poursuite de Ricky Baker / 2016 …) , et les construit en y adoptant, leur point de vue . Ici , compte tenu du sujet, il acquiert une dimension essentielle respectant, de surcroît, celui de la romancière …

jojo( (Roman Griffin Davis ) et la jeune juive cachée ( Thomasin McKenzie )- Crédit Photo: Twentieth Century Fox –  

Cette dernière ne manque pas d’ailleurs de souligner la qualité du travail du cinéaste et sa   subtilité, d’approche : «  Dans les films de Taika, le rire n’est jamais gratuit. Il y a des conséquences. Même si vous ne les voyez pas tout de suite, vous les sentirez. Il titille votre conscience« , souligne Christine Leunens . Dès lors le récit et la mise en scène construisent formidablement, ce double effet- loupe, permettant le « rire »   pourfendeur de l’abjection dont se sont emparés d’autres grands cinéastes ( Charles Chaplin dans le Dictateur , Ernest Lubitsch pour To Be or not to Be, Roberto Benigni pour La vie est belle …) , Taika Waiti, y injectant pour le dynamiser , le plus,  de  l’effet délirant de la surenchère dont , les Marx Brothers ou Mel Brooks habillaient leurs comédies les élevant au niveau de la satire , sur la bassesse et l’hypocrisie des comportements humains . Ou sur l’éducation, comme Les Frères Marx dans Plumes de Cheval / 1932 , de Norman Z. Mac Leod . Ici , au cœur des jeunesses Hitlériennes, c’est au travers des yeux d’un enfant qu’elle est perçue, scrutée : «  Nous autres adultes, sommes censés guider les enfants et les élever pour qu’ils soient meilleurs que nous. Pourtant, quand les enfants nous regardent en temps de guerre, les adultes doivent leur sembler ridicules et fous » ! , note le cinéaste , qui s’amuse à « parodier » cette folie, en interprétant lui même le personnage survolté d’Adof Hitler … qui viendra même se mêler , de la suite des aventures de Jojo , après celle de l’accident du camp qui lui fera faire un séjour à l’hôpital . A son retour au foyer choyé par une mère célibataire , aimante et protectrice ( Scarlett Johansson) , il devra se confronter à une autre surprise … comme étape éducatrice . Celle consécutive à la découverte , cachée dans la demeure familiale par sa mère… d’une jeune fille juive !. La confrontation de Jojo avec elle , sous la présence de son « soutien Imaginaire », Adlof, va offrir une nouvelle dimension….

Jojo ( Roman Griffin Davis ) et sa mère ( Scarlett Johansson ) – Crédit Photo : Twentieth Century Fox –

Il fallait « oser » le trio , et surtout ce qu’il révélera comme remise en perspective et en question d’un « éducation » subie et de ses a-priori racistes envers les Juifs , qui étaient au cœur de celle-ci . Déstabilisé , Jojo, y puisera au fil des événements et des échanges avec la   « protégée » de sa mère , qui lui dira «  ta mère m’a gentiment recueillie , pour elle , je ne suis un être humain ! » . Petit à petit , avec elle , il découvrira éléments lui permettant de comprendre l’univers de cette inconnue dont la destinée de sa communauté est objet de rejet , et de persécutions , et qui lui dira ses craintes, ses angoisses et sa peur ! . Les séquences d’échanges entre les deux enfants sont magnifiques, au cœur desquelles , comme l’aurait dit Saint -Exupéry , la jeune juive « apprivoisera » le petit Nazillon !. On vous laissera découvrir les superbes scènes , toutes en subtilités et délicatesse , de leurs échanges où cette dernière s’évertue à lui expliquer à la fois les valeurs et le qualités d’un peuple et d’une race … que les Nazis ont vouée à l’extermination . Par de multiples références ( dessins et autres récits ) qui subjuguent Jojo , elle lui apprend à la regarder sous une autre angle que celui de la haine . Et quand ce dernier déstabilisé , aura recours à la présence de son « soutien » vociférant… qui ne fait que jeter encore un peu plus le trouble, il lui rétorquera , pourtant :    «  elle n’a rien de détestable ! » . Tandis que, le temps passant et la guerre  faisant rage , accentuant les exactions , la mère de Jojo protectrice , pourra montrer au grand jour son visage de résistante de l’ombre qui n’a cessé de porter haut, la  » force de l’amour » qui dit-elle «  surpasse tout ! » et  de la solidarité , remplaçant celle de la haine. La tragédie qui prendra fin avec le suicide d’Adolph et la défaite sous les coups des alliés , les dernières exécutions et vengeances dans la tourmente , auxquelles Jojo va assister, scelleront définitivement son « apprentissage » . Au cœur du conte « sombre » de l’enfance de la haine dans lequel on l’enfermait , Jojo Rabbit a pu , au fil du temps et des épreuves, découvrir que l’endoctrinement collectif des Jeunesses Hitlériennes, n’était pas «  le club si cool » , qu’on lui faisait miroiter !. Belle idée , enfin,  de ce « recours protecteur » , utilisé par le cinéaste, qui explique : «  en fait , c’est le petit diable sur l’épaule de Jojo » . Face à lui , le courage de sa mère et de la petite juive, valent bien mieux, que tout l’or du monde !. Saluons enfin, un  superbe « quatuor ‘ »» de comédiens , le  beau travail de mise en scène sur les tonalités ( couleurs ) , lumières, costumes , décors et espaces. Et, en complément de la bande musicale originale , le « cadeau » en version Allemande de deux chansons , signées : les Beatles et David Bowie !. Le plaisir  plaisir du divertissement intelligent qui fait sens au rendez-vous …on en redemande !…

( Etienne Ballérini)

JOJO RABBIT de Taika Waititi – 2020- Durée : 1h 48 –

AVEC : Romam Griffin Davis , Thomasin McKenzie ,Scarlett Johnasson, Taika Waititi , Sam Rockwell, Rebel Wilson, Alfie Alen, Stephen Merchant …

LIEN : Bande -Annonce du Film : Jojo Rabbit de Taika Waititi . ( Durée 2’36 » – 20th  Century Fox)

 

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