Une histoire du Vieux-Nice à travers les noms de ses «carriera »  (suite et fin)

Ami lecteur, nous abordons ici la 3ème partie de cette relation sur le Vieux-Nice et ses plaques de rues en nissart. Nous allons démarrer de la rue du Marché et nous diriger vers la place Garibaldi par cette voie d’abord puis par la rue de la Boucherie, la rue du Collet, la rue St François pour enfin terminer par la rue Pairolière avant de déboucher sur la place Garibaldi au terme de notre promenade.Vous me suivez? Alors allons-y!

La rue du Marché (Carriera dou Mercat) remonte vers le nord en longeant le Bd Jean-Jaurès anciennement Bd des Italiens situé juste au dessus. C’est une voie commerçante où l’on trouve des enseignes très diverses, modernes ou anciennes que l’on a eu la sagesse de conserver en l’état. C’est le cas de la triperie Nicolas Pellegrino fondée en 1895 et qui, déjà proposait des livraisons à  domicile! L’enseigne abrite aujourd’hui un magasin de chaussures.

En continuant, on passe devant la porte «Fausse», qui, par l’intermédiaire de quelques marches montantes nous amène sur le Bd Jean-Jaurès, anciennement Bd des Bastions au 19eme siècle. C’était à l’origine un passage intérieur dans un immeuble permettant de communiquer directement depuis le boulevard vers la rue du Marché en dessous. Nous sommes ici dans le quartier dit «lou Bersalh» (cible en niçois) ce qui évoque la présence en ce lieu, au Moyen-âge, d’un stand de tir d’entraînement pour abalétriers ou archers. Il existe une trace écrite de cette présence dans les archives (document ci-joint). Dans les années 1940 le passage a été réaménagé tel qu’on le voit actuellement autour d’une fontaine datant de 1830, due aux libéralités des consuls Joseph Arson, J.B. Pecoud et Ch. Carles alors en exercice.

Ce point d’eau servait aux tripiers de la rue de la Boucherie (Maceleria). En 2007 et dans le cadre de l’arrivée de la ligne «du tramway le passage a été réhabilité et décoré par l’artiste français Sarkis, d’origine arménienne, avec une voûte dorée, du marbre vert et…une fausse boîte aux lettres baptisée «Les Postes Restantes» qui en a trompé plus d’un!

Continuons vers le nord dans cette rue pittoresque où l’on côtoie toutes sortes de commerces, vêtements, restauration, fantaisies, chaussures, le paradis du touriste quoi!

Plus loin, on rencontre une placette avec un escalier à gauche du visiteur rejoignant le boulevard et la station du tram «Cathédrale-Vieille-Ville ». Nous sommes au niveau du vénérable Pont Vieux, démoli en 1921 pour recouvrir le Paillon, gagner ainsi de la place en surface et aussi mieux  maîtriser les crues violentes de ce torrent capricieux et dévastateur. Le barde niçois Menica Rondelly auteur de l’hymne célèbre «Nissa la Bella» ne s’est pas remis de la disparition de son vieux copain qu’il vénérait!

Nous engageons à présent la rue du Collet du nom de la petite élévation de terrain à cet endroit (Collet = petit col). C’est aussi une voie très animée comportant deux maisons remarquables: au N°7, le palais Gioffredo (1), ancienne demeure du célèbre abbé savant Pierre Gioffredo. Sa cage d’escalier est intéressante et mérite le coup d’oeil. Seul bémol: une plaque mentionnant ce religieux qui a tant fait pour l’histoire du Comté de Nice n’aurait pas été de trop pour rappeler son souvenir. Plus loin, au N° 13, le palais Foucard de la Roque, famille de notables niçois. La maison comporte aussi une belle cage d’escalier malheureusement enlaidie par une cabine d’ascenseur.

Palais Gioffredo

Une particularité ici: l’escalier de descente vers les caves comporte une marche qui est en fait un ancien linteau décoré, sans doute prélevé jadis sur une habitation vétuste en cours de démolition.

La courte rue Saint-François nous mène très vite à la place éponyme rénovée tout récemment (2).

C’est vrai qu’elle en avait bien besoin! Le marché aux poissons qui s’est installé ici en 1938 y est toujours présent mais bien plus réduit qu’autrefois, et surtout tellement moins pittoresque! Tout est propre, net, aseptisé et relégué derrière la fontaine aux Dauphins. L’ancien marché, héritier du vieux «babazouk» était un aimable «charafi» certes, mais si sympathique à fréquenter. C’était un point de rencontre incontournable de la nissartitude avec ses odeurs de pei, ses appels poussés par les marchands pour attirer le chaland vantant «la bella poutina» pêchée du matin même (cf photo des années 1950) avec une chanteuse de rue déjà âgée en fond sonore.

Nous sommes dans l’îlot Saint-François. Ici, au 13eme siècle les Franciscains Cordeliers (Frères Mineurs), venant du Port sont venus s’installer et resteront jusqu’à la Révolution puis, chassés par les sans-culottes ils ne reviendront plus.Tout l’ancien couvent, l’église et l’ancien Palais Communal sont en cours de réhabilitation et seront ouverts au public dans peu de temps, un rendez-vous à ne pas manquer!

Place St François

Avant d’engager la rue Pairolière (Pairol= chaudron) on remarque, à droite, une rue montante, la ruelle Saint-François, baptisée curieusement «Roumpe-cùou» (casse cul). Le surnom pittoresque de cette voie évoque sans doute l’état vétuste de ses escaliers jadis qui devaient être un vrai casse g…surtout dans la pénombre par certains soirs d’hiver!

Nous abordons maintenant la dernière portion de notre périple avec la rue Pairolière ou rue des chaudronniers (de pairou= chaudron). Elle longe tout d’abord l’ancien Palais Communal et se dirige via des commerces de bouche, des bistrots, vers le jardin Auguste Icart ou «Plassa de Gordoloun» qui devait être anciennement un quartier de la Vieille-Ville. A noter dans la vallée de la Vésubie, juste après le village de Lantosque le hameau disparu de Gordolon, y a t’il un rapport, je ne sais. La placette Icart est dominée par l’imposante tour Saint-François (h=42m), anciennement clocher de l’église des franciscains, devenue tour-horloge communale après la Révolution. Elle est visitable depuis peu et offre de son sommet une vue fantastique sur Nice et ses environs.

Il faut quand même le mériter et gravir les quelques 288 marches d’un raide escalier en colimaçon (prévoir de bonnes chaussures!). La visite se fait par groupes de 15 personnes à la fois, asthmatiques s’abstenir! Le billet de visite s’achète sur place. Dans la rue Pairolière, de nos jours, on ne fabrique plus de chaudrons mais on y trouve de tout: des restaurants, des boucheries, des charcuteries, une grande surface un commerce d’herbes de Provence et d’épices et un grand magasin de fleurs au débouché, sur le cours Jean-Jaurès, à deux pas de la Place Garibaldi sur laquelle je me suis déjà longuement étendu dans une de mes précédentes péroraisons.

Ami lecteur, la boucle est bouclée, j’ai essayé au fil de ces lignes d’être assez exhaustif mais le sujet est si vaste et vous me pardonnerez si j’ai oublié certains détails sur lesquels j’aurais sûrement l’occasion de revenir dans un prochain article.

En attendant, «Baièta e à si revèire!».

 

Yann Duvivier

Novembre 2019

 

Bibliographie:
-Les photos sont de l’auteur (sauf c.p. sur la place St François en 1950).
-Les sources des textes sont les mêmes que pour la chronique précédente.

(1): Palais(Palazzo): C’est une habitation urbaine abritant une famille aristocratique et des locataires. L’étage «noble» occupé par la famille propriétaire se situe au second niveau en Italie, au premier niveau en France. C’est une maison cossue mais ce n’est pas un «Palais» au sens strict du terme (Y.D).

(2): Un facétieux, sans doute nostalgique, a cru bon récemment d’apposer une plaque sur un mur de la place côté poissonnerie, libellée «Place des Ouvriers» nom officiel de cet endroit de 1792 à 1814 (Révolution-1er Empire). Elle aété déposée dans le cadre des travaux de rénovation des lieux.

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