Théâtre de la Cité : Lenny et Andy

La compagnie Miranda présentait le  11 et 12 octobre sa dernière création : Lenny et Andy. C’est un théâtre de témoignage, qui, au travers le portrait de deux personnalités de l’humour américain, dresse en creux un tableau de l’Amérique des années 60 et 70, et sans doute de notre société actuelle.
Lenny Bruce est un humoriste né en 1925 à New York, d’origine modeste, juive. À seize ans, il fugue et, après avoir travaillé dans une ferme durant deux ans, puis s’être fait engager volontaire dans l’US Navy trois autres années, il fourbit ses armes (spirituelles) dans le circuit des cabarets de New York.
Il devient le comique le plus célèbre et le plus controversé des Etats Unis dans les années 1960. Arrêté pour obscénité à de multiples reprises, placé sous la plus étroite surveillance du FBI, il incarne l’esprit contestataire de cette décennie et, par son talent pour l’improvisation et sa liberté de ton, reste la référence majeure des humoristes américains qui le considèrent comme le maître, sinon l’inventeur du stand up. Porte-parole de la liberté de pensée, il pourfend les dogmes et les idées reçues par son sens de l’autodérision, sa dénonciation de l’hypocrisie puritaine et son utilisation de la langue comme arme de combat. Selon lui, l’obscénité ne réside pas dans les mots crus ou la pornographie, par exemple, mais dans la façon dont la société, les institutions, la bonne moralité masquent leur violence coercitive sous des dehors de fausse vertu. Il meurt en 1966.
Andy Kaufman (1949 1984) est un humoriste et acteur américain Bien que classé comme un artiste comique, Kaufman ne s’est jamais identifié comme tel. Dans un article du New York Times, il a déclaré :
« Je ne suis pas un comique, je ne raconte jamais de blagues… La promesse du comique, c’est d’arriver à vous faire rire de lui… Ma seule promesse, c’est d’essayer de divertir du mieux que je peux. Je sais manipuler les réactions des gens. Il y a différentes sortes de rire. Le rire des tripes, c’est quand vous n’avez pas le choix, vous êtes obligés de rire. Le rire des tripes ne vient pas de l’intellect, et c’est beaucoup plus difficile à pratiquer pour moi maintenant que je suis connu. Ils se disent : « Wow, Andy Kaufman, ce type est vraiment marrant », mais je n’essaie pas d’être drôle, je veux simplement jouer avec leur tête. »

Il méprisait les blagues, ainsi que la « comédie » au sens où on l’entend généralement, et pratiquait plutôt une forme d’anti-humour, ou d’humour absurde et surréaliste.
Revenons à la pièce présentée au Théâtre de la Cité. J’ai parlé de théâtre de témoignage. Il ne saut pas prendre cela au pied de la lettre. Les deux auteurs, Frédéric Rubio et Thierry Surace ont écrit une fiction, ou, tout au moins, ont installé des rapports fictionnels entre Lenny et Andy. Lenny Bruce, l’irrécupérable, qui choqua l’Amérique, père tentateur du stand-up, entre en scène. Il nous parle et repeint sa vision acide et tranchante des choses de la vie, et d’un homme qu’il a peut-être influencé d’une manière ou d’une autre… Cet homme, c’est Andy Kaupfman, véritable kamikaze comique,  roi de l’humour absurde et surréaliste. Ce spectacle, c’est la rencontre fantasmée de deux articles sans limites qui ont influencé tous deux à leur manière toute une génération d’humoristes.
J’ai parlé de théâtre de témoignage. Il s’agit plus exaucement de portraits imbriqués, disons une fiction documentarisée. Personnellement j’ai été un peu dérangé  par la réalisation – je ne parle pas de la mise en scène- non que le propos me dérangea, mais quelque chose ne me convainquait pas. Ce qui m’a gêné, ce sont les rires, rires d’un public qui prenait tout au pied de la lettre, qui prenait tout pour argent comptant.
Si la censure institutionnelle qui s’est abattue sur Lenny Bruce, au point qu’il se ruinât pour assurer sa défense au long de ses nombreux procès s’estompe, elle est remplacée par notre autocensure : le clivant est le non-consensuel nous effarouche. A la fin du 20ième siècle,  peut être deux « ironistes »  n’avaient pas peur de cliver et d’être non consensuel. Las ! L’un a hébergé chez lui un crabe –étonnant, non ?, l’autre a rencontré un  « putain de camion ». Mais il nous reste de ce dernier cette profession de foi :
« J’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s’inscrire dans leurs mairies et à colporter la nouvelle. Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche.!
Ce  n’est pas du mot dont nous devons avoir peur, c’est de l’usage qu’on en fait.

Lenny et Andy Ecriture Frédéric  Rubio, Thierry Surace. Mise en scène : Thierry Surace. Avec Julien Faure, Jérémy Lemaire, Frédéric Rubio.

Jacques Barbarin

Photos : Compagnie Miranda

 

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