Cinéma / MATHIAS ET MAXIME de Xavier Dolan.

Le huitième film du cinéaste marque un tournant dans son œuvre foisonnante , avec ce retour aux sources et en questionnements, sur l’amour, l’amitié, la solitude , la quête identitaire et du passage à l’âge adulte. La mise à nu au cœur d’un groupe  devenu « cocon  protecteur », s’y habille avec ses excès bavards, des formes de la comédie romantique…

Mathias (Gabriel d’Almeida Freitas) et à sa gauche Maxime ( Xaveir Dolan – Crédit Photo: : Diaphana Distribution- Distribution-

Dès la première séquence le nouveau film du cinéaste, y invite de «  flou » de la frustration de l’image que l’on ne verra pas. Celle qui sert de « fil rouge » , moteur de l’intrigue , et de point d’interrogation  de point d’interrogation , tout au long du récit, sur le « non-dit » d’un questionnement identitaire. Au cœur d’une turbulente et foisonnante soirée entre copains et amis au rythme des sonorités musicales et verbales dont on s’enivre, comme s’il s’agissait de se prouver que l’on est partie intégrante de cette «  famille » que l’on s’est choisie . Celle où l’on peut s’interpeller et se « traiter » sans conséquences parce que , c’est la chaleur sincère et amicale qui réunit . On s’y laisse aller sans réserve et jusqu’à la surenchère, dont se font écho les échanges et autres formules-mode, des «  codes » de l’entre-soi , qui en constituent , le ciment . Un ciment dont le cinéaste a souvent joué dans ses films où la logorrhée verbale très présente dans le cinéma Canadien, lui permet un « clin-doeil » aux films de son compatriote Denys Arcand (Le déclin de l’empire Américain, Les invasions Barbares) où des groupes adultes s’interrogent sur leur avenir dans une société changeante qui les inquiète. Ici, c’est cette jeunesse dont Mathias et Maxime font partie ,composée de     « jeunes gens de différentes origines, différentes classes, arrivent à un certain âge et, au tournant d’une époque et de ses grands questionnements, se demandent comme moi où est bien leur place » , dit le cinéaste . Mathias ( Gabriel d’Almeida Freitas) et Maxime ( Xavier Dolan ), amis d’enfance approchant de la trentaine, vont s’y retrouver confrontés. Cette image qui va devenir l’instant déclencheur de la dramaturgie , est celle d’une scène d’un  « baiser » qu’ils ont jouée pour un court métrage amateur. La belle idée du récit , étant de laisser la scène en « off » pour le spectateur , mais de la décliner également en objet d’amusement , de curiosité et d’interrogations, pour le groupe d’amis et leurs proches  …

les jeux , la fête : le  » cocon  »  des amis réunis – Crédit Photo : Diaphana Distribution-Films Distribution –

Mais surtout, devenant l’objet du «  trouble » qui va s’installer dans la tête des deux amis , où celui-ci va, s’insinuer suite à ce « baiser » en apparence anodin. Tourneboulés l’un et l’autre par ce qu’il peut induire comme « désir », ou, comme interrogations sur leurs « préférences sexuelles » et du refoulé dans lequel elles étaient jusque là retenues: « un doute récurrent s’installe…bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences ». , dit le cinéaste. Comme le souligne , la magnifique scène de la traversée de l’étang par Mathias qui s’extirpe du groupe pour s’y lancer à la dérive , avec une frénésie éperdue… pour y noyer, le malaise et le désordre qui l’assaille.  Ce désordre des sentiments , en cinéaste amoureux de son Art , Xavier Dolan ne pouvait offrir au complément de l’orientation sexuelle qui viendra habilement se nicher avec ses résonances modernes , que l’écho de la comédie romantique qui a souvent permis – hier  ou plus récemment- aux cinéastes ( Cukor , Lubitsch , Capra , wilder , Cassavetes , Woody Allen …) d’en subvertir  parfois les codes. Ici donc, le vécu et le ressenti des deux amis , y est disséqué avec , en toile de fond , l’écho  avec lequel  vont se répercuter ‘ dans ce groupe amical devenu leur refuge, les soubresauts. A l’image de la forte scène du « jeu de rôles » qui va dériver en provocation et bagarre où les dissensions et ressentis divergents s’y font jour  mettant au «  défi » cette solidarité qui jusque là s’y exprimait  . D’autant que les hésitations de Mathias marié et installé dans le travail et la vie active , sera tenté de « bider » ses pulsions ( la rencontre d’affaires avec ce jeune homme entreprenant…) , et, y sacrifier son amitié . Tandis que Maxime, en conflit perpétuel avec sa mère  ( Anne Dorval ) et , même  son frère , désorienté se fixera sur cette opportunité qui s’offre ; de se fixer deux ans à l’étranger . Celle-ci prévue   pour la Nouvelle  Zélande , va lui permettre de transformer désormais  la distance , comme nécessité de fuite … fave àl’inévitable (?) échec pLa distance en nécessité de fuite, face à  l’inévitable  (  ?)  échec d’un possible , future  liaison sentimentale…

La mère de Maxime ( Anne Dorval ( Crédit Photo Diaphana Distribution : -@shaynelaverdiere-

Comme la tâche de vin indélébile qui orne une partie du visage de Maxime, celui-ci craint de voir ce futur rêvé … en train, lui , de s’effacer de son cœur. De la même manière que les échos bavards du « cocon amical » et la fougue qui en traduit les excès et emportements , finissent par figer le naturalisme de la mise en scène qui les accompagne , auquel répondront les artifices dont celle-ci , leur renverra ses audaces. C’est , par  ce « choc» crée par la dualité de cette approche formelle , que le film finit par offrir à son sujet, un écho saisissant . Les critiques Cannoises qui lui ont fait un accueil mitigé , nous semblent sévères n’ayant retenu que le « déjà vu, répétitif…des situations conflictuelles  hystérisées »   des précédents films  du cinéaste !. Mais , c’est oublier que le trop-plein , ici, est au cœur de son sujet sur une société dans laquelle ses héros « cherchent leur place » dont il reproduit les        « outrances » du mal-être que peut provoquer ce « baiser d’apparence anodine », faisant partie  des questionnements  sur les traumatisme et l’isolement   que celle-ci génère par ses interdits, et ( ou) rejets, des différences. Dés lors, son choix d’aborder par ce biais, le poids du rejet et de la « place à se faire » , est un argument qui peut se retourner en sa faveur. Celui par lequel Xavier Dolan a choisi d’habiller ses séquences ( de groupe d’amis en liberté ) , complétées d’ailleurs de notations distanciées et différenciées ( zooms , travellings , gros plans , caméra -épaule, clips , ellipses…)  par ses choix formels  de mise en scène, complétés  par ceux d’un récit et ses dialogues ,  où fantaisie légèreté , ironie y mettent à mal le romantisme de la comédie . Mais c’est , via le choix de ces « télescopages » , dont il habille  sa mise en scène qu’il traduit par ces outrances justement- selon nous – le mal-être et les errances existentielles de ses deux héros , dont le difficile passage de la vingtaine à la trentaine plus adulte, semé d’embûches liées dit-il «  au sentiment d’imposture »,   de ce non-dit dans lequel Maxime ( son double qu’il incarne, mise en abîme de lui-même ) s’est retrouvé confronté à la «  folie de l’isolement » dans lequel il s’était enfermé. C’est aussi , un peu de cette «  folie » là , que son film traduit par le long cheminement vers ces rencontres amicales qui l’ont ouvert, dit-il , à lui-même ! . C’est l’intimité de ce chemin là, dont il nous confie, le parcours chaotique  vécue  comme un traumatisme qu ‘il  dit avec ses mots  à l’accent canadien  : «  je suis pas capable de croire que tout ce qu’on a vécu et bâti depuis notre enfance, nous deux , notre gang, notre cercle, …on va pas le foutre en l’air pour  une connerie , pour une niaiserie , pour rien !  »  . L’authenticité de son cinéma c’est celle là aussi , et elle peut parfois irriter , mais les grands cinéastes sont ceux qui ne calculent pas … dans le but commerçant , de faire plaisir à leur public ! . Dans la démarche de son film il y a cette honnêteté , et ce  quelque chose qu’on y retrouve … de cette frontalité dont était fait le cinéma de John Cassavetes …

(Etienne Ballérini)

MATHIAS ET MAXIME de Xavier Dolan – 2019- Durée : 1h 59-

AVEC : Gabriel d’Almeida Freitas , Xavier Dolan , Anne Dorval, Pierre- Luc Funk, samuel Gauthier, Antoine Pilon, Adib Alkhaliday, Micheline Bernard, Catherine Brunet…

LIEN : Bande-Annonce du Film : Mathias et Maxime de Xavier Dolan .

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