Cinéma / AU NOM DE LA TERRE d’Edouard Bergeon

Edouard Bergeon est fils et petit-fils de paysans. En 2012 il a réalisé Les Fils de la terre sur le suicide des paysans. Avec Au nom de la terre, inspiré de sa propre histoire et du drame qu’il a vécu, il signe son 1er long métrage de fiction.

Hubert Charuel, le réalisateur de Petit Paysan, justement récompensé de trois César en 2018 (Meilleur premier film, Meilleur acteur et Meilleure actrice dans un second rôle) est fils d’éleveurs en Champagne. Edouard Bergeon est fils et petit-fils de paysans, tant du côté de sa mère que de son père et Au nom de la terre est également son premier film de fiction. Charuel a réalisé des courts métrages, tandis que Bergeon a été journaliste à France Télévisions avant de signer un documentaire, Les Fils de la terre, sur le suicide des paysans français. Les deux films ont en commun les drames que connaissent les agriculteurs, un éleveur de vaches laitières face à une épidémie dans le premier, la descente aux enfers d’un exploitant agricole sur toute une génération dans le second. L’un s’est inspiré de l’exemple de ses parents, tandis que l’autre fait référence à sa propre histoire et au drame familial qu’il a vécu.

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Jacques (Rufus) et son fils Pierre (Guillaume Canet) – Crédit Photo : Nord/Ouest Films – Diaphana

Pierre Jarjeau (Guillaume Canet) a 25 ans quand il rentre des Etats-Unis pour retrouver Claire (Veerle Baetens) sa fiancée et reprendre la ferme familiale tenue par son père, Jacques (Rufus). Vingt ans plus tard, la famille s’est agrandie, l’exploitation aussi. En plus de l’élevage des chevraux, malgré les craintes de son épouse, Pierre s’est lancé dans celui des poulets. C’est le temps des jours heureux, du moins au début. Mais les dettes s’accumulent et Pierre perd pied peu à peu…
C’est en voyant Les Fils de la terre, dans lequel Edouard Bergeon évoquait partiellement son histoire, que Guillaume Canet a songé à en tirer une fiction. Le projet était déjà en cours de développement, mais le comédien/réalisateur a néanmoins décidé de s’y impliquer. Après tout, de par la profession de son père, éleveur de chevaux dans les Yvelines, il avait déjà une certaine connaissance du monde agricole et de ceux qui travaillent la terre. Acteur principal, il est également coproducteur du film. Contrairement à ce que pourrait donner à penser la bande annonce, très rapidement dans le film il n’hésite pas écorcher son image de « gendre idéal » (et de cavalier émérite) pour prendre quelques printemps de plus avec une moustache et une calvitie bien réelle pour les besoins du tournage. Bien que 1er rôle, il n’en tire pas pour autant la couverture à lui et il la partage avec d’autres excellents comédiens : Veerle Baetens (comédienne et chanteuse belge découverte dans Alabama Monroe de Felix Van Groeningen – 2012), Anthony Bajon (révélé par La Prière de Cédric Kahn, Ours d’argent du meilleur acteur à Berlin en 2018), le fils, Rufus (76 ans) et Samir Guesmi en ouvrier agricole.

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La famille Jarjeau – Crédit Photo : Nord/Ouest Films – Diaphana

Au nom de la terre se voit comme une saga et un drame familial, particulièrement émouvant et poignant compte tenu du fait qu’il est inspiré de faits réels, mais aussi comme un documentaire (ou un docu-fiction) particulièrement instructif sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années. Le film se focalise sur la période de 1980-1999 au cours de laquelle Pierre tombe dans le piège d’une agriculture productiviste, industrielle, qui le force à se moderniser et à s’endetter, mais qu’il lui est difficile d’éviter. Cependant, il y a aussi cette agriculture d’avant, celle de la précédente génération, évoquée par les souvenirs de Jacques, le patriarche, veillard bourru qui refuse de reconnaître, comme son fils lui fait remarquer au cours d’une nouvelle dispute, que lui aussi à mis la main dans le système avec des moutons élevés aux antibiotiques et des veaux aux hormones.

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Pierre (Guillaume Canet) et son fils (Anthony Bajon) – Crédit Photo : Nord/Ouest Films – Diaphana Distribution

Au nom de la terre s’achève en 1999, mais il rend compte parfaitement des bouleversements liés à la mondialisation, intervenus dès le début des années 1990, notamment avec les régles imposées par l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), la réforme de la PAC (Politique Agricole Commune) et avec la bénédiction de syndicats professionnels et des banques. Dés lors, les agriculteurs se sont vus dicter ce qu’ils devaient produire. Victimes mais aussi stygmatisés à l’occasion (pollutions, épizooties, malbouffe), ils sont ainsi devenus prisonniers d’un modèle économique régit pas les lois du marché où la rentablité et le profit n’ont que faire de l’être humain et de l’animal.Selon une étude réalisée cett été par la MSA (Mutualité sociale agricole),près de deux agriculteurs se suicident chaque jour en France.

Au nom de la terre d’Edouard Bergeon (Drame – France – 2019 – 1h43). Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon Rufus et Samir Guesmi

A voir :
La bande annonce du film (Diaphana Distribution – 1mn46)
Pour aller plus loin :
Solidarité paysans
Agriculture : la vie après la faillite (AFP/L’Express du 18/09/2019)
Bourgogne : pourquoi le taux de suicide est-il si élevé chez les agriculteurs de la région ? (Fatima Larbi – 01/10/2019 – Franceinfo/ France3 Bourgogne/Franche-Comté

Philippe Descottes

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