Cinéma / MJOLK, LA GUERRE DU LAIT de Grimur Hákonarson

Béliers, le précédent film de fiction du réalisateur islandais Grimur Hákonarson avait été l’une des très belles surprises des sorties 2015. Avec Mjólk, la guerre du lait, retour à la campagne sauvage islandaise, mais cette fois les vaches laitières ont remplacé les ovins…

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Inga (Arndis Hrönn Egilsdottir) et l’une de ses vaches – Crédit photo : Haut&Court

Les films sur le monde paysan ne sont pas pléthore. Un constat qui n’est pas particulier à la production cinématographique française, même si quelques exemples pourraient indiquer le contraire. Ainsi le cinéma français aura donné, entre autres, quelques documentaires ou fictions comme, Farrebique (1946) et Biquefarre (1984) de Georges Rouquier, Jean de Florette (1986) de Claude Berri, Profils paysans, la trilogie (L’Approche, Le Quotidien, La Vie moderne – 2000/2008) de Raymond Depardon, récemment, Petit Paysan (2017) d’Hubert Charuel, et, à venir, Au nom de la terre (2019) d’Edouard Bergeon. Comme on le constate, ces dernières années, les difficultés et les drames qui frappent le monde agricole, victime de l’ultralibéralisme, ont amené une prise de conscience dans le cinéma sans pour autant annoncer un changement de tendance durable. Avec les deux derniers exemples français déjà évoqués ci-dessus, deux films récents, probablement parmi quelques autres (réalisés dans d’autres pays mais non distribués à ce jour ou « transformés » en téléfilms ou VOD), se sont eux-aussi intéressés au « malaise » paysan. Deux longs métrages venus d’Islande, signés du même réalisateur, Grimur Hákonarson.

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Inga (Arndis Hrönn Egilsdottir) entre en action – Crédit photo : Haut&Court

A Béliers, très bonne surprise de 2015 (déjà!), l’histoire de deux frères célibataires, âgés, éleveurs de moutons et qui ne se parlent plus, confrontés à la tremblante du mouton qui menace leurs troupeaux, répond aujourd’hui Mjólk, la guerre du lait. On est toujours dans la campagne austère islandaise, mais Inga a succédé aux frères Gummi et Kiddi et les vaches ont remplacé les ovins. Néanmoins, les difficultés demeurent. A la mort de son mari, Inga se retrouve seule à la tête de leur exploitation laitière familiale, robotisée et surendettée. Elle hésite à la reprendre avant de décider de continuer, notamment après avoir découvert les pratiques de la coopérative en situation de monopole et qui tient les agriculteurs locaux à sa merci. D’emblée on est tenté de faire un parallèle avec un autre film islandais, Woman at war (2018). Après tout, Inga est elle aussi une femme en guerre, ici pour essayer de défendre ses droits et ceux de la communauté, et, bien qu’elle n’utilise pas les mêmes méthodes, elle n’est pas très éloignée d’Halla, activiste écolo en lutte contre une usine de production d’aluminium et des investisseurs chinois. Pour autant, les ressemblances s’arrêtent là. Le film de Benedikt Erlingsson était une comédie grinçante, un conte écologique avec quelques trouvailles formelles intéressantes.

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Inga (Arndis Hrönn Egilsdottir) – Crédit photo : Haut&Court

La nouvelle fiction de Grimur Hákonarson est classique dans sa réalisation, notamment dans sa construction narrative, et plus dramatique que Woman… mais aussi que Béliers dont on ne retrouve pas la fantaisie et les touches d’humour. Malgré ces quelques réserves, ne boudez pas Mjólk, ne serait-ce que pour la prestation de la comédienne Arndis Hrönn Egilsdottir (Inga) et quelques scènes fortes, comme celle d’un vote à mains levées où justement on ne voit pas les mains à l’écran. Bien entendu, on retiendra également la portée universelle du film. S’il peut être vu comme une métaphore de la crise financière de 2008 où les banques privées conduisirent le pays au bord de la banqueroute, la lutte d’Inga contre la coopérative, le combat du pot de terre contre le pot de fer, en évoque bien d’autres dans le monde. A l’échelon français, il est similaire à celui des agriculteurs avec la grande distribution…

Mjólk, la guerre du lait (Héraðið) de Grimur Hákonarson (Islande/Danemark, Allemagne/France – 2019 -1h30) avec Arndis Hrönn Egilsdottir, Sigurdur Sigurjonsson, Sveinn Olafur Gunnarsson.

Voir la bande annonce du film (Haut et Court – 1mn07 – Vostf)

Philippe Descottes

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