discussion Cinéma / DEUX MOI de Cédric Klapisch.

Deux trentenaires solitaires, deux vies parallèles qui se côtoient sans se voir . Dans un monde de plus en plus «  connecté » devenu refuge illusoire , psy et autres complices de hasard réussiront-il à les faire se rencontrer ?. Dans la continuité de sa filmographie captant « l’air du temps », le cinéaste nous offre-  légèreté et gravité au rendez-vous- une une superbe ballade romantique sur la désintégration sociale…

Ana Girardot , François Civil – Si loin , si poches – Crédit Photo: Studio Canal Distribution –

Rémy ( François Civil ) travaille dans un site marchand d’expéditions de commandes par internet , et Mélanie ( Ana Girardot ) est -elle , chercheuse médicale dans un laboratoire médical . Ils vivent dans le même quartier Parisien dans deux immeubles mitoyens, ne se connaissent pas et ne se sont jamais rencontrés . Dans les premières séquences les belles images en construction parallèle de leurs trajets ( rues , bus , métro , boutiques …) au cours desquels ils se croisent, est superbement restituée au cœur des plans et travellings qui les suivent , se côtoyant …sans jamais se voir ! . Comme une sorte de marche aveugle au cœur de tout cet abattage de possibles via les lieux publics et ( ou ) moyens de communication qui peuvent fournir prétexte ….y participent… y compris ceux que complète l’usage d’internet et des réseaux sociaux. La vie sociale et citoyenne , semble se dégrader dans le replis sur soi .
Le montage de toutes ces scènes des silhouettes anonymes et muettes s’entassant dans les transports en commun , ou se croisant dans les rues sans un regard. Le vide de l’anonymat, celui qui fait miroir au mirage d’une communication virtuelle illusoire … qui ne crée plus de véritable lien. Magnifique séquence que celle où Rémy s’y laissant piéger et s’en va a la rencontre d’une « copain d’avant » ( Pierre Niney , déjanté )…qui ne parle que de lui et de ses fantasmes ! . D’autres séquence semblables illustreront le même exemple par Mélanie poussé par ses « copines » à la quête de l’âme-soeur , afin de se sortir de sa solitude et déprime afin de soigner son mal de vivre. Il faut dire que pour nos héros trentenaires, ça devient urgent ! . Rémy inquiété pour son avenir dans l’entreprise qui a décidé de licencier tous azimuts afin de remplacer le personnel par des « robots » finit ( autre belle scène ) par cauchemarder en prisonnier d’un paquet d’expédition !. Mélanie , fatiguée et stressée à l’idée de devoir présenter son travail à sa hiérarchie …qui en attend beaucoup, afin de pouvoir demander des financements importants pour le futur de l’entreprise  et de la recherche  !…

Ana Giradot et sa psy ( Camille Cottin)- Crédit Photo : Studio Canal Distribution-

Le stress chez l’une et chez l’autre s’amplifie par l’enferment et le mal de vivre qui se concrétisera par le repli dans la solitude de leurs chambres , après de multiples tentatives sans lendemain et ( ou ) avortées … qui finissent par avoir un effet négatif et au bout du compte amplifier le manque de confiance en soi, comme le soulignent les belles scènes          ( qu’on vous laisse découvrir ) qui distillant , habilement , les effets pervers et négatifs de cette quête du lien social, « accentuant les problèmes personnels et fabriquant de la paranoïa et du manque de confiance en soi , pour les gens les plus isolés et fragiles .. » , souligne le cinéaste. Ce dernier installant au cœur du cheminement de ce processus un beau regard sur le mal -être, la dépression ou du « burn-out » qui en ont la résultante , fustigeant en retour cet univers factice, auquel les émoticônes, renvoient leurs petites images rassurantes . Le côté positif à ces blessures humaines , Cédric Klapisch préfère , lui, l’ouvrir à ce quotidien fait de petits riens, de gestes simples dont les résonances peuvent avoir des effets , bien plus efficaces. Dans ce registre le récit s’amuse à en proposer quelques -uns habilement choisis . A la fois comme clins d’oeil à son propre cheminement cinématographique , ou faisant écho à celui de se renouveler et trouver d’autres territoires inexplorés . Le clin d’oeil, c’est celui du chat offert à Rémy par sa voisine, faisant référence  ( 1) à Chacun cherche son chat ( 1990 ) où le regard documentaire sur le quartier d’hier, trouve ici, prolongement dans celui , à la fois plus stylisé, mais tout aussi attentif au résonances culturelles et sociales des cohabitations dans les arrondissements ( 17 et 18 èmes ) Parisiens dans lequel il se déroule, y explorant des comportements nouveaux. Ouvrant a d’autres possibles – à l’image des rencontres de hasard – que ceux… dont les parallèles ne se rejoignent jamais !. A cet égard , en miroir du « lien » que constitue le chat , ou celui des lieux , à l’image des scènes du cours de danse ou de l’épicerie Arabe avec son conseiller ( Simon Abkarian, épatant ) aussi attentif des goûts de ses clients et conseiller de «  la bonne dépense pour votre santé ! », sont autant d’opportunités d’échanges , et de rencontres, à saisir et s’y  laisser porter. Parfois, il suffit d’un petit rien qui vous change la vie …

François Berleand face à Rémy ( François Civil )- Crédit Photo : Studio canal Distribution-

Et si jamais, il faut un supplément à ces complicités, pour « soigner » des douleurs profondes que l’on a reléguées en « déni », alors on peut toujours céder au conseil d’une consultation . La psychanalyse qui fait peur à Rémy , il s’y pliera après un A.V.C révélant une profonde dépression qui la nécessite . De la même manière que pour Mélanie à la dérive après quelques expériences inabouties ,dont les mots enfin dits , pourront soigner ses « maux » . Il ne suffit pas de se réfugier dans la salle de bain Rose-bonbon, et écouter dans sa baignoire la chanson « l’histoire d’un amour » , pour se soigner de l’absence de celui-ci, ou se consoler de ses peines. Où, comme Rémy … préférant , dit-il , l‘air vicié de Paris et l’anonymat de la Capitale pour s’en défaire ! . Alors il va leur falloir consulter ! . Deux Psychologues et conseillers très différents, les prendront en charge . Pour Rémy ce sera le vieux psychologue proche de la retraite ( François Berléand ) attentif et paternel refusant de laisser son dernier patient sur un échec , saura faire remonter l’origine du mal -être de celui-ci  se considérant : « porteur  de poisse  aux autres  » . Tandis que la collègue ( Camille Cottin )  qui semble , elle,   plus nouvelle vague et critique de son métier, trouvera dans la distance à la fois provocatrice et empathique envers sa patiente , le déclic permettant à Mélanie de mettre le doigt sur son blocage , pour en faire un élément libérateur. Habilement Cédric Klapisch fustigeant les « applications » de rencontres et réseaux sociaux sur les individus fragiles dans le désarroi , lui renverra dans son final, l’habile et subtil «  détournement » scénaristique qu’il en fait- via la chanson entendue à travers le mur mitoyen ( pas assez insonorisé… ) séparant  nos héros- et téléchargée sur son téléphone par Rémy , lui  permettant  par son utilisation d’offrir écho, à la dimension d’un retour aux relations humaines. Celles auxquelles, deux hasards de la vie ( celui du chemin de traverse emprunté par le chat de Remy , s’ajoutant  à celui des sonorités musicales …), vont permettre d’ouvrir la voie d’un possible parcours … dont l’utilisation de la dimension virtuelle , est reléguée au second plan. Superbe idée, offrant au récit une double réflexion passionnante sur un certain délitement social dont l’ultramoderne et nébuleuse toîle au service de la mondialisation rampante, finit par générer : «  nous vivons dans une période de tensions, de dépressions, de haine et de conflits apparents. J’ai senti que justement dans ce genre de période il fallait parler du besoin d’amour… », dit le cinéaste. L’air du temps , encore une fois , ne lui a pas échappé . Ne manquez pas le rendez-vous de son nouveau film….

( Etienne Ballérini)

(1) dans Chacun cherche son chat y figurait Renée Le Calm , que l’on retrouve , ici , dans un petit rôle en mémé centenaire qui se plaint de ne pas avoir reçu son colis d’Anniversaire . La comédienne née en Septembre 1918, que le cinéaste a fait débuter dans Riens du Tout       (1992) et venue au cinéma sur le tard et  sera au générique de la plupart des films du cinéaste , est décédée en Juin 2019 . Elle a joué également sous la direction de Jean- Marie Poiré, Laurent Bouhnik, Christian Gion, Claude Zidi , Jonathan Demme , Christian Vincent, François Dupeyron, Eric Tolédano et Olivier Nakache …

DEUX MOI de Cédric Klapisch  – 2019- Durée : 1h 50.

AVEC : Ana Girardot , François Civil, Camille Cottin, François Berléand, Simon Abkarian, Rebecca Marder, Eye Haïdara, Jeanne Areyes, Candice Bouchet, Brune Renaud, Quentin Faure …

LIEN : Bande-Annonce du film  : Deux Moi de Cédric Klapisch.

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