Cinéma/ FETE DE FAMILLE de Cédric Kahn.

Autour de l’anniversaire de la mère et grand-mère, les festivités tournent au règlements de comptes familial , avec le retour au bercail après trois ans d’absence, de la fille aînée Portrait de groupe décapant où s’invitent comédie, tragédie , décalages et théâtralité au cœur de la tempête des manipulations…

l’Affiche du Film.

Dans la cuisine de la belle et vaste maison de campagne, Andréa ( Catherine Deneuve ) s’affaire à la préparation des plats du menu des festivités de son anniversaire. Dans le jardin sous les ombrages des arbres, les membres de la famille se consacrent à dresser la table , tandis que les enfants répètent texte et jeu de rôles de la pièce de théâtre qui sera donnée en l’honneur de la grand-mère. Toute la famille, enfants et petits-enfants est là,réunie pour l’occasion . Les deux fils d’Andréa : Vincent ( Cédric Kahn, aussi devant la caméra ) accompagné de femme et enfants, et Romain ( Vincent Macaigne ) accompagné de sa nouvelle petite amie, originaire d’Argentine. Romain habité par la passion cinéma , annonce à l’assemblée qu’il va profiter de l’opportunité de la réunion festive, pour donner corps et vie à un projet de film documentaire sur la famille qui lui a été commandé « ...autant filmer celle que je connaît , ça fera plus réaliste … », dit-il . Organisant mise en place et cadrages pour une restitution à hauteur des individus, « à la Ozu », le célèbre cinéaste Japonais ( Voyage à Tokyo , le Goût du Saké...) maître en la matière . La perturbation consécutive à la « mise en place cinématographique » des festivités par Romain , inscrivant la surprise du décalage du jeu de rôle ( où dois-je me placer… que dois-je faire ? ) de chacun ,  s’y invite . Subtile mise en perspective et en abyme , de celles à venir qui vont se multiplier provoquant cette « tempête» dont à la théâtralité du « jeu de rôles » des enfants avec leur pièce de théâtre , et celle par laquelle Romain, avec sa caméra souhaite  capter le réalisme familial, s’y font écho. Le moteur en sera , annoncé par la tempête et l’orage, lors de l’arrivée  surprise de  Claire la  fille aînée  ( Emmanuelle Bercot, borderline à souhait…) de retour au pays et en famille après trois ans d’absence , suite à un échec amoureux…

Romain ( Vincent Macaigne ) et son frère, Vincent (Cédric Kahn ) à sa droite- crédit Photo ,:le Pacte Distribution-

Cette dernière , déterminée à refaire sa vie , et surtout à récupérer son bien et cette part d’héritage dû , qui a servi à construire la demeure dont toute la famille a profité jusque là . La perspective de la vente de celle-ci qu’elle envisage , va déclencher le « tsunami » familial au cœur duquel la guerre des nerfs fera rage, où tous les différents et ressentis sont mis sur la table accompagnés de saillies verbales, et humiliations. Chacun y défendant ses intérêts et son point de vue . Le relationnel sur lequel – au fil des ans- se sont construits rapports et inimitiés , éclate …et va faire mal !. Claire qui en est devenue la « cible » par ses exigences … perçues comme une volonté de détruire l’harmonie familiale , en devient l’ennemie !. Celle dont on va remettre sur la table toutes les dérives passées, révélatrices d’une santé mentale déficiente , dont on a pourtant …cherché en vain, à la protéger ! . La liste est longue de ses aventures déraisonnables et ( ou ) sentimentales , à l’image de la dernière aux Usa avec cet homme dont elle dit avoir fui , l’emprise . Et ce dernier contacté qui, la dit perturbée (ayant fait un séjour en psychiatrie ), et l’accuse de vol de bijoux familiaux qui justifieraient son départ précipité !. Et que dire de son comportement de mère privilégiant de vivre ses aventures sentimentales… et confiant sa fille à Andréa !. L’ unité de temps et de lieu ( la maison , la journée de l’anniversaire …) qui en renforce la dramaturgie, ouvre le récit à la théâtralité des échanges et jeux de rôles habilement ciselés , ouvrant aux perspectives des retournements de situation et des rapports de manipulations , où haine et amour, cohabitent :  «  Ils ont entre eux des rapports très durs, très cash, se balancent parfois des  choses  terribles, mais c’est leur façon à eux de  s’aimer. Je voulais que ce soit très vivant,  très « tripal » … des adultes qui se conduisent  comme des enfants, une vraie liberté de  ton. Tout chez eux est instinctif, spontané,  le contraire  d’une  famille  éduquée  ou  « psychanalysée » , explique le cinéaste. Insensiblement , au cœur du récit et de ses échanges , le doute s’immisce sur l’image et la perception de chaque personnage sur lequel , se fait jour l’ambiguïté des rapports de forces , dont ils ( ou elles ) sont : soit les victimes ou les accusateurs  tortionnaires . Qui a raison ? Qui cherche à déplacer les responsabilités  vis à vis de Claire ? . Le malaise s’installe , à l’image de la scène , très dure , où la tentative de réconciliation de Claire avec sa fille , échoue . A la mère qui lui demande pardon et a décidé dit-elle «  de rester pour s’occuper d’elle et rattraper le temps perdu ! ». A cette « supplique » , sa fille répond par un cinglant «  si tu reste , c’est moi qui m’ne vais  chez des amis , et faire mes études ailleurs ! ». De la même manière, que se fait jour , l’hypocrisie des interventions improvisées , ou pas, lors de l’anniversaire d’Andrea ponctuées par le « on t’aime », sonnant faux chez certains , hormis les enfants ….

Andréa (Catherine Denuve , , console Claire ( Emmanuelle Bercot) – Crédit Photo : Le Pacte Distribution-

La mise en scène de Cédric Kahn , joue habilement sur tous ces éléments du « vrai, du faux , et des on-dit »  par  la construction choisie, introduisant l’ ambivalence et le trompe- l’oeil, dont cette fête de famille , restitue la complexité des rapports , leur  cruauté aussi,  et surtout de cette dualité « amour-haine », qui en constitue le « lien » ombilical . Celui qui , parfois , se mue après le conflit et les insultes , en réparateur des maux. Claire en est l’exemple avec sa supplique adressée à sa fille de revenir vers elle , et demandant des comptes à cette fratrie, dans laquelle son retour  comme  un  appel au secours : » vous êtes ma famille et je vous aîme !, non perçu , n’ y  engendre  que  le désordre! . Complété par le comportement  fantasque et manipulateur de Romain , cachant jusqu’au final un « secret », qu’on vous laisse découvrir . La vraie question est : où sont les véritables responsabilités , qui ont conduit à ce psychodrame , enveloppé de romanesque et flirtant avec , la tragi-comédie?. Au cœur de cette demeure , son cadre et ses papiers peints d’intérieurs, où l’on y vit au- dessus de ses moyens et l’on y a construit un quotidien en retrait du monde. L ‘arrivée de Claire  et de Romain venu lui de Paris avec son amie , vont  y perturber, le rythme quotidien et ses rituels . Celui sur lequel , Andréa qui  constitue la          « pierre angulaire de l’édifice familial »,  y veille, faisant face aux conflits. Remettant de l’ordre cherchant à ménager individualités et susceptibilités , à la fois autoritaire , humaine et sensible … se faisant protectrice de Claire, quand la tournure des événements s’enveniment . Romain et Claire, agents perturbateurs, apportant la synergie de l’imprévu au cœur de cette fête familiale, où les femmes ( Andréa, Claire et sa fille , la femme de Vincent , la petite amie de Romain… ) ont leur mot à dire – et surtout – y font preuve d’une belle puissance et présence tragique.  Servi par un « casting de haut vol » , le film touche au but . On relèvera , pour conclure, la belle utilisation dramatique musicale avec laquelle le récit offre écho aux personnages. Octroyant à chacun à sa propre « partition » comme référence générationnelle, lien souhaité par le cinéaste : «  L’amour, l’amour, l’amour chanté par Mouloudji  qu’écoutaient les parents faisant le lien avec frères et sœurs . Mon amie la Rose de Françoise Hardy en écho , à l’état d’esprit de Claire, et le morceau Rap à celui de la jeune génération.  Au cœur du règlement de comptes familial, un peu de douceur musicale et une certaine nostalgie, n’y font pas de mal ….

( Etienne Ballérini )

FETE DE FAMILLE de Cédric Kahn -2019- Durée 1h –

AVEC : Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne, Cédric Kahn, Luana Bajrami, Laetitia Colombani, Isabel Aimé Gonzalez- Sola , Alain Artur, Joshua Rosinet, Milan Atala et Solal Ferreira Dayan .

LIEN : Bande Annonce du film : Fête de Famille, de Cédric Kahn.

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