Cinéma / UNE FILLE FACILE de Rebecca Zlotowski.

Un été Cannois pour deux jeunes cousines. L’attrait de la vie facile, la fascination et les sollicitations prédatrices. Le conte social et «  amoral » de la cinéaste de Planétarium (2016 ) , fait mouche par les petites touches d’une mise en scène qui en décrypte subtilement, les enjeux . Sélection Quinzaine des Réalisateurs , Cannes 2019.

Mina Farid et Zahia Dehar ( Crédit Photo : Ad Vitalm Distribution-

On découvre d’abord, la jeune Naïma, ( Mina Farid , épatante dans son premier rôle ),
fêtant ses 16 printemps avec ses camarades de lysées à la vielle des vacances d’été. Ce sera l’été des choix à faire pour beaucoup d’entr’eux qui envisagent de quitter le lycée et se diriger vers une vie active. C’est le cas de Naïma issue d’un milieu modeste , dont la mère travaille comme femme de chambre dans un luxueux Hôtel Cannois. Naïama qui aimerait travailler dans la restauration , va se donner le temps de la réflexion, laissant la porte ouverte sollicitée par son ami homo qui  lui envisage de se lancer dans le métier d’acteur. Elle s’inscrira avec lui à un stage …mais l’arrivée inopinée de sa cousine Sofia ( Zahia Dehar) , venue de Paris va changer la donne, lui ouvrant d’autres horizons attrayants …et à une liberté qu’elle ne soupçonnait pas. Sofia un peu plus âgée, a en effet décidé de « jouir » librement de  la vie et se laisser porter par le désir que son corps exerce sur les hommes. Sans tabous , ni complexes elle a embrassé cette «  vie facile » où désir sexe et argent forment le trio bien connu des possibles, ceux dont la cinéaste va nous permettre de découvrir par les yeux Naïma- entraînée dans le tourbillon – les coulisses et les enjeux . Au cœur de ces derniers, la cinéaste y installe une dimension «  poétique » qui en renforce le constat , ouvrant à une réflexion sur le « pouvoir » dont se fait écho la superbe séquence de la visite du Milliardaire à sa riche amie Italienne ( Clotilde Coureau ) dans sa somptueuse villa . Où au cours d’une discussion, on y parle d’Anarchie et libéralisme, domination, exploitation exploitation, cynisme et ( ou ) naïveté, comme moteurs . Et où l’on y voit Sofia interpellée sur ses choix d’autonomie de sa jeune personnalité immature (?) , y faire front par une « saillie » inattendue évoquant Marguerite Duras et ses romans La douleur et l’Amant. Séquence de « déconstruction » magnifique au cœur de laquelle la cinéaste fustige les à-priori des regards sociétaux parasités par les médias et autres réseaux sociaux. Ceux que la cinéaste s’attache, aussi, à traduire au cœur du portrait de ses deux héroïnes , via la fascination exercée par Sofia sur sa cousine, par sa manière d’affronter la vie et les événements et ce pouvoir de séduction dont elle se sert, l’entraînant avec elle, à vivre un «  été inoubliable » ….où désillusions et fascination, se mêlent.

Benoit Magimel et Bruno Lopes le milliardaire  – Crédit Photo : Ad Vital Distribution-

Ce regard « candide » de Naïma, devient le moteur du récit choisi par la cinéaste ayant gardé en mémoire un article -témoignage découvert dans la presse, où deux femmes faisaient état de leur vécu sur ces soirées ces « prédateurs sexuels » rencontrés durant un été . Complété par la rencontre avec Zahia révélant son vécu d’une émancipation sexuelle «  d’escort -girl» ayant défrayé la chronique avec ses frasques dans les milieux footballistiques , exposée aux critiques et y faisant front « … je découvre qu’elle parle d’une manière extraordinairement élégante, littéraire, anachronique, pas un seul mot d’argot, une retenue, une pudeur, un accent insondable d’une Bardot libanaise, syrienne ou italienne, impossible à définir, à l’opposé des jeunes femmes qui gravitent dans la télé-réalité » . Elle y trouve la matière d’un personnage exploré hier dans La Collectionneuse (1969) ) par Eric Rohmer . Au conte Moral de ce dernier faisant alors écho à l’émancipation féminine d’hier symbolisée par le M.L.F , et l’actualité récente de l’affaire Weinstein y faisant écho. Dans l’esprit de la cinéaste , germe l’idée d’en décortiquer les éléments révélateurs . Ils vont l’ être par le regard double , à la fois spectateur et fasciné de Naïma , auquel la cinéaste ajoute le sien dont la complexité interpelle sur l’image de cette «  fille facile » . Interrogeant son mystère et son pouvoir d’attraction au cœur de l’évolution des rapports consécutifs à la rencontre du play-boy Brésilien ( Nuno Lopes ) et de la « faune » qui l’entoure lors de ces soirées Azuréennes , où la mise en scène classique se met en place des cadeaux et invitations attractives pour s’assurer la présence des femmes offrant leurs corps à ces soirées de plaisirs monnayés et consentis . La fête , la musique, l’alcool, les plaisirs , l’argent , la belle vie … que va découvrir emportée dans le tourbillon ,Naïma en compagnie de sa cousine, la cinéaste en construit une superbe et subtile mise en abîme. Elle en brosse un portrait auquel le cadre connu , renvoie cette fascination ressentie par Naïma qui en découvre une réalité si proche etpourtant si lointaine de ce qu’était jusque là , son quotidien . Comme le symbolise la belle réplique «  tu vis à cannes et tu n’a jamais été en mer en bateau ! », la questionne interloqué, l’assistant du milliardaire …

Benoit Magimel, Nuno Lopes ,Mina farid et Zahia Debar – Crédit Phot : Ad Vitam Distribution-

C’est cet « envers du décor  « bling-bling »  dont la cinéaste après en avoir décrit la fascination, et donne à voir les effets , plus pernicieux . En ce sens le personnage de Sofia interprété par Zahia devient habilement le révélateur de cette « dualité » avec le mystère qui s’y attache …et qui reste en points d’interrogations . D’autant plus que la cinéaste en révèle l’aspect à la fois troublant et touchant , au cœur duquel s’inscrit une forme de prise de conscience de soi et du désir qu’elle suscite,dont elle n’est pas dupe. Elle en joue , ne se posant pas en femme- objet prise au piège …comme le révèle une superbe séquence où la donne « dominatrice » des rapports sexuels , va changer !. Assumant ses choix , à l’image d’une autre séquence dont on vous laisse la surprise … où humiliée , elle devrait accuser le coup mais y faisant face avec un aplomb extraordinaire comme si rien ne pouvait l’atteindre … et c’est bien elle, qui aura le denier mot !. Gardant la donne de « sa » liberté , face à l’hypocrisie. Même si elle peut paraître, parfois , envers sa cousine quelque peu égoïste , comme dans la scène où elle lui conseille- sans lui donner de raisons – de quitter une des soirées festives . Puis ménageant cette dernière par des cadeaux luxueux … qui seront gardés comme de précieux souvenirs . Naïma , elle, aura appris et grandi en l’accompagnant dans cet univers qui lui était étranger, elle y rencontrera même un « double » désabusé qui lui renvoie la «  dualité » de son ressenti . Avec cette belle relation toute en non-dits et petites touches , qui va se faire jour avec l’ami ( Benoît Magimel) et bras droit du milliardaire. Un ami dont le comportement taciturne et désabusé en dit long sur un vécu dans l’ombre, dont il souffre d’un ressenti de dépendance humiliante. La cinéaste, en nous faisant témoins du double ressenti de leurs deux expériences , y insère habilement une sorte de magnétisme complice , servi par la magistrale interprétation des deux comédiens , toute en sous -entendus et élans et gestes retenus qui en disent long. Ce sont ces moments là qui font la force du film qui « capte » sans les appuyer , ressentis, questionnements et mystères des personnages . A cet égard le film est passionnant …

(Etienne Ballérini )

UNE FILLE FACILE de Rebecca Zlotowski – 2019- Durée : 1h 31-

AVEC : Mina Farid, Zahia Dehar, Benoit Magimel, Nuno Lopes, Clotilde Coureau, Loubna Abidar, Riley Lakhdar Dridi, Henri-Noël Tabary .. ;

LIEN : Bande -Annonce du film : Une Fille Facile de Rebecca Zlotowski .

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