Cinéma / L’INTOUCHABLE HARVEY WEINSTEIN d’Ursula MacFarlane

Sauf rebondissement toujours possible, le procès d’Harvey Weinstein devrait s’ouvrir le 9 septembre prochain (1). L’Intouchable Harvey Weinstein retrace la carrière, l’ascension et la chute du Roi d’Hollywood.

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Harvey Weinstein – Crédit photo : Le Pacte

Comme le suggère le titre, le documentaire de la Britannique Ursula MacFarlane revient sur l’affaire Harvey Weinstein qui, à partir d’octobre 2017, a ébranlé Hollywood, avant de soulever une vague d’indignation mondiale et qui n’a probablement pas fini de faire des remous avec un procès qui démarrera le 9 septembre (1).

A partir de photographies, de quelques extraits de vidéos et, le plus souvent, d’entretiens, la réalisatrice se concentre sur les faits antérieurs à 2017 et retrace la carrière d’Harvey Weinstein, depuis les débuts comme promoteur de concerts de rock à Buffalo pour s’orienter très rapidement vers le cinéma en créant en 1979 avec son frère Robert (Bob) leur propre société de production et de distribution Miramax (en hommage à leurs parents Miriam et Made). Puis ilq s’installent rapidement à New York en 1980 pour profiter du marché émergent du cinéma indépendant qui n’intéresse pas les « majors » de l’époque. Le pari est risqué et audacieux. Mais en 1990, c’est le début de leur ascension avec leur première Palme d’Or à Cannes pour Sexe, mensonges et vidéo du jeune Steven Soderbergh. La même année, les deux frères distribuent aux Etats-Unis Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, Grand Prix du Jury à Cannes en 1989. En 1997, ils remportent leur premier Oscar du meilleur film avec Le Patient anglais d’Anthony Minghella. Même si Bob est plus discret, les deux frères deviennent rapidement incontournables.

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Rosanna Arquette – Crédit photo : Le Pacte

La cinéphilie et le savoir faire d’Harvey sont unanimement reconnus. Les témoignages de victimes, collaborateurs ou journalistes, la partie la plus importante du film et la plus intéressante, l’attestent, mais ils montrent également l’autre facette, le côté obscure, d’un personnage manipulateur, pervers et avide de pouvoir. « Dans ses bons jours, Harvey était charmant, drôle et extrêmement doué dans son domaine. Dans les mauvais c’était un véritable monstre » entend-t-on. Un homme violent que certains comparent à un gangster. « Je suis le shérif dans cette putain de ville de merde ! » déclara-t-il en 2000 lors d’une soirée new-yorkaise à une journaliste qui avait eu le malheur de lui poser une question qui ne lui avait pas plu avant de s’en prendre physiquement à un collègue. Et puis, bien sûr, il y a les récits, glaçants, de son comportement de prédateur sexuel. Si la parole se libère, devant la caméra, souvent, c’est encore difficile, la cicatrice ne s’est pas refermée et les traumatismes ne sont pas guéris. Sur une liste de 600 noms la cinéaste et son équipe ont contacté près de 400 personnes. 128 ont accepté de parler et 29 ont été interviewées sur une période de neuf mois. On peut comprendre qu’Harvey Weinstein n’a jamais répondu aux demandes d’interview et déplorer comme Ursula MacFarlane le refus de parler de ses proches. Cependant, sans sous-estimer l’importance du témoignage de plusieurs intervenantes, on est surpris de voir que Rosanna Arquette est la plus connue. Plusieurs stars sont absentes, les contacts avec leur agent n’ayant pas abouti. Dans un entretien (*), la documentariste mentionne le cas d’une réalisatrice harcelée autrefois par Harvey Weinstein et qui s’est rétractée, par peur de passer pour une semeuse de trouble auprès de ses financiers ! On est étonné également que le film ne se cantonne qu’au volet étasunien. Cannes n’est qu’à peine évoqué. La loi du silence qui a sévi pendant près de trois décennies, et qui touche aussi bien le monde du cinéma, des médias que celui de la politique, et les protections dont il a bénéficié, le documentaire en fait mention. Ainsi, par exemple, malgré la présence de plusieurs photographes, qui ont assisté au tabassage du journaliste en 2000, aucune photographie n’a été publiée dans la presse à l’époque ! Aujourd’hui encore, la peur des représailles demeure !

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Harvey Weinstein, Quentin Tarantino et Harvey Keitel – Crédit photo : Le Pacte

Si Rosanna Arquette parle de révolution, on est loin de partager le même optimisme. Certes l’affaire Weinstein a donné naissance à #metoo et il y a bien une prise de conscience, mais à ce jour le mogul n’est pas encore jugé. Il pourrait même ne pas être condamné, puisque son avocat Benjamin Brafman, qui était le défenseur de DSK dans l’affaire du Sofitel, a choisi de plaider non coupable, alléguant que les relations sexuelles étaient consenties. Par ailleurs le cas Harvey Weinstein n’est pas nouveau dans une industrie du cinéma qui a déjà connu des moments sombres comme Kenneth Anger l’évoquait dans Hollywood Babylone (2013) puis Retour à Babylone (2016). Et des Harvey Weinstein il y en a dans d’autres milieux. L’affaire Jeffrey Epstein est là pour le rappeler.

L’intouchable Harvey Weinstein d’Ursula Macfarlane (Documentaire – 1h39)
Philippe Descottes
(1)
le 26 août, le procès a été repoussé au 6 janvier 2020.

A voir également :
La bande annonce (Le Pacte – Vostf – 1mn44)
(*) Entretien avec la réalisatrice (Le Télégramme – 9 août 2019).

 

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