Cinéma / MANTA RAY de Phuttiphong Aroonpheng.

Un réfugié Rohingyas découvert blessé et soigné par une jeune pêcheur . Le premier long métrage du cinéaste Thaïlandais construit un magnifique itinéraire en forme de parabole Poético- temporelle, explorant et interpellant sur la solidarité , l’amitié , la mémoire , les traumatismes, la mort, la renaissance, la résilience. Fascinant …

Le pêcheur (Wanlop Rungkumjad)  soutenant le réfugié  blessé ( Aphisit Hama)  découvert dans la forêt – Crédit Photo Jour2fête-

Dès les premières images nous plongeant au cœur de cette forêt où s’activent des hommes- chasseurs (?) revêtus de tenues lumineuses, on est immergés dans un espace temporel étrange et fantastique où le symbolisme s’invite. Celui d’un voyage au cœur de la noirceur du drame de la souffrance , et celui vers la lumière de la vie dont le réel et le vécu qui va s’y inscrire nous invite à pénétrer via ses héros, la dimension d’une tragédie. Celle que révélera la découverte en 2015 , dans la forêt citée des cadavres des Rohingyas , fuyant les persécutions de l’état Birman pour trouver refuge sur les proches rives Thaïlandaises . C’est dans cette forêt que furent découverts les cadavres enfouis de nombreux réfugiés , exécutés. C’est lors de l’une des ses sorties quotidiennes dans celle-ci que le jeune pêcheur -qui a l’habitude d’aller y chercher fouinant la terre , des « pierres précieuses lumineuses » dont il se sert pour attirer les Raies Manta dans ses filets – et y découvre un homme grièvement blessé , inconscient . Il va le faire soigner chez un médecin et le ramènera chez lui , en attendant qu’il se remette et finisse par être invité par son sauver à s’installer . La relation avec l’étranger muet va se décliner sous la forme d’une sorte d’apprentissage auquel son le pêcheur ,va l’initier à partager son quotidien de travail. A l’étranger muet que le cinéaste a voulu muet – parce qu’il «  représente un peuple dont on a jamais entendu la voix » dit le cinéaste ), le pêcheur va, lui donner un prénom, Tongchai (Aphisit Hama ) , échanges de regards et de connivences décryptés par les petits riens du quotidien que souligne une mise en images, juste et efficace , attentive aux gestes et comportements desquels va naître, au fil des jours une solide amitié . Partage des tâches et secrets du métier  ( celui des pierres, la séquence de l’initiation à l’apnée…) , et confidences privées ( la séparation d’ avec sa femme partie avec un autre…) par le pêcheur .La fusion  fraternelle est totale symbolisée par «  la soirée discothèque » organisée dans la cabane du pêcher , fêtée une danse de connivence libératrice…

la femme du pêcheur ( Rasmee Wayrana) en compagnie de  Thongchai (Aphisit Hama) – Crédit Photo : Jour2fête –

Mais voilà que le réel va assombrir « le conte » après cette parenthèse lumineuse, avec la disparition du pêcheur : «  tu ne le reverras plus ! » dira à Thongchai, un pêcheur . Désormais seul et livré à lui-même , l’absence réveille en ce dernier les traumatismes que sa vaine tentative d’investir les lieux où le bonheur du partage s’est concrétisé, ne pourra combler…
le réel revient au galop rendant l’absence de l’ami insupportable , ravivant les douleurs passées.Dès lors vas’installer  insensiblement , la nécessité de  devenir  » l’autre » , de prendre sa place , s’habiller de sa personnalité : devenir pêcheur comme lui , chercher de pierres précieuses , imiter sa coiffure décolorée en blond … rendre présent en lui, l’absent!. Réinventer l’autre pour redevenir soi- même, ou bien …devenir désormais l’autre ? . Le mystère et le trouble s’installe et le récit se nourrit de l’imaginaire qui vagabonde tous azimuts dans une sorte de tourbillon faisant appela  tous les  possibles (  onirisme , fantastique  repères culturels…) , sensations et visions multiples  s’y succèdent pour une échappée au pays des limbes. Et des mystères , dont celui symbolisé par l’apparition de la femme ( du pêcheur… ) se muant en « consolatrice » pour le survivant,  faisant revivre l’autre en lui . C’est tout un système mental qui se met en route , cherchant à sonder et puiser dans la mémoire des douleurs humaines au cœur desquelles …s’inscrira, la quête d’apaisement  au monde . Cheminement cathartique d’un « climax » lié à des traditions et  repères  culturels dans lesquelles le cinéma Thaïlandais,  puise sa forme narratrice  contemplative  faite de poésie  et de rêveries , traduisant les fractures  sociales et  les tourments de l’âme humaine. Ici c’est par l’envoûtement visuel des images et des sonorités musicales ( bande sonore originale  du groupe Snowdrops de Strasbourg ( Christine Otts et Mathieu Gabry aux manettes ) que le cinéaste ouvre , par le cheminement contemplatif du partage, la voie de la résilience, à la  tragédie des Rohingyas auxquels le film est dédié . Mais c’est , plus largement à toutes celles des morts sans sépultures et autres oubliés  de l’histoire , auxquels elle offre l’image d’une «visibilité » rédemptrice leur permettant , enfin pour sortir, du purgatoire de l’oubli. On  est fascinés , on se laisse emporter par la force évocatrice, la virtuosité poétique et la magie des formes , et, c’est tout simplement Bouleversant !…

(Etienne Ballérini ) .

MANTA RAY de Phuttiphong Arronpheng – 2019- Durée : 1h45.

AVEC : Wanlop Rungkumjad ( le pêcheur), Aphisit Hama ( Thoghsal) , Rasmee Wayarana…

LIEN : Bande -Annonce du film : Manta Ray de Phuttiphong Arronpheng .

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