Cinéma / YULI de Iciar Bollain.

De la misère des rues de Havane à la gloire internationale, le récit du parcours du danseur étoile Cubain, Carlos Acosta . En toile de fond des soubresauts de l’histoire du pays, celle familiale. Et les déchirements de ce petit-fils d’esclave au destin incroyable , qui sera surnommé le « dieu noir » de la danse…

Yuli ( Eldison Manuel Olbera ) placé à l’école de danse classique – Crédit Photo : ARP sélection –

 

Adapté du récit autobiographique «  no way home » du danseur (publié en 2007), le film de la cinéaste Espagnole  ( Prix du scénario au Festival de San Sébastian ) en retrace admirablement le parcours soutenu par la présence de ce dernier jouant son propre rôle de professeur de danse de sa compagnie «  Acosta danza » créee en 2017 à la Havane . Incroyable destinée que celle de ce gamin de 9 ans qui rêvait d’être footballeur et dont les     « escapades » incessantes et les fréquentation des petits voyous des quartiers chauds de la ville, l’aurait dit-il , conduit à devenir, lui aussi :«  …un voyou. La plupart de mes amis de Los Pinos où je suis né ont quitté Cuba sur un radeau, les autres sont en prison. Voilà à quoi j’étais destiné » . Mais voilà , ce gosse d’une famille de onze enfants, fils de camionneur noir, va y échapper grâce à un père ( Santiago Alfonso) dont le passé et le vécu de fils d’esclave l’a conduit à se construire une « enveloppe » sévère et dure de battant,  afin d’affronter les difficultés de la vie dont il entend bien inculquer à son fils , les règles d’une certaine discipline à  laquelle il entend le faire, s’y plier !. Les escapades de Yuli dans le quartier des voyous il va y mettre fin en l’inscrivant dans une école de danse classique  !. Objet de quolibets de ses copains qui désormais le traitent de «  pédé et de danseuse », Yuli refuse de se plier à la discipline de l’école et en sera expulsé. Son père, insiste et le fera envoyer dans un internat de province où il doit se soumettre à la discipline, et sera privé des visites parentales. Solitude et isolement le plongent dans le désespoir :  « c’est cette souffrance qui a fait naître en moi la colère et la passion.. », dit-il. C’est dans ce contexte , qu’il va trouver refuge dans ce « don » que son père avait détecté …pour le faire sien!. Au sortir du pensionnat, le conflit persistant avec le père sur les choix à faire, Yuli décide donc de quitter le pays et se choisir son destin . L’Europe et l’exil, mise à l épreuve … pour y devenir danseur étoile !. Le soutien de sa prof de danse et ce «  don » qu’il lui faudra parfaire. En 1989 il a Seize ans, et avec l’aide persuasive de celle-ci il s’y emploie , puis vient l’épreuve test : le concours international de Lausanne en 1990 . Il remporte la plus haute récompense la médaille d’or qui lui ouvre les portes de la notoriété…qui se répercute même , via la Télévision, à Cuba où sa famille ( et son père ) sont aux anges !…

Yuli face à son père ( Santiago Alfonso , le début des conflits – Crédit Photo : ARP Sélection –

Désormais la carrière de Yuli est lancée , son talent lui ouvre en 1991 , les portes du prestigieux Ballet National de Londres  !. Il s’y rend et s’y intègre bien , mais un accident lors d’une séance d’entraînement  l’oblige à s’arrêter et se soigner,  il retourne au pays, la nostalgie aidant complétée par une situation familiale ( maladie d’une de ses sœurs ). Il y découvre aussi , la crise Politique et économique ( dite des « balseros » , entraînant certains Cubains à tenter de rejoindre les Usa ) , que le pays traverse. Celle-ci , ajoutant l’ampleur d’un ressenti déjà vécu dans les 1980  lors du déchirement causé par l’émigration de sa grand-mère et de sa tante , à Miami . Yuli qui en fait à nouveau une expérience douloureuse, voyant cette fois-ci, certains de ses amis  d’enfance et proches concernés, contraints d’y sombrer !. Sa blessure soignée , après s’être un temps consacré au Ballet National de Cuba , c’est vers le Ballet de Houston qui l’a sollicité qu’il partira faire carrière de 1993 à 1998, y interprétant les plus grands rôles du répertoire. Retour ensuite dans le « cocon » Londonien qui l’élèvera  au titre de membre permanent!. Celui que l’on surnomme désormais le «  Dieu noir » de la danse, et  qui  bousculant les tabous , deviendra le premier «  Roméo noir » de Juliette , atteint désormais le firmament. Destinée unique , star internationale adulée dans le monde entier , Carlos Acosta va se consacrer désormais à développer ses propres chorégraphie par  le  Don Quichotte en  2003 qui sera  suivi par  d’autres . Et  et surtout s’investir pour le futur de son art dans son pays , afin de perpétuer la créativité et la naissance de jeunes talents qui pourraient , comme lui , éclore et trouver leur voie en leur offrant le cadre et les moyens leur permettant d’y parvenir ,créant la fondation international de danse,  à cet effet …

En haut de la pyramide ( Keyvin Martinez ) dans une scène chorégraphiée par r Carlos Acosta – Crédit Photo : ARP Sélection –

La cinéaste Espagnole ( Même la pluie / 2010, L’olivier / 2016 dont c’est le neuvième long métrage , et son scénariste Paul Laverty ( habitué des collaborations avec ken Loach) , tous deux soucieux d’authenticité, ont souhaité la collaboration et la présence du danseur ( jouant son propre rôle de chorégraphe d’aujourd’hui ),  afin «  d’utiliser » son talent , comme élément stimulant du récit. Le but recherché étant de restituer la « majesté » de la danse , en se démarquant les «  reconstitutions » habituelles de plateau avec trucages et acteurs restituant des mouvements appris . Le « défi » du réalisme à relever en s’appuyant sur la transcription des émotions d’un vécu , restituant jusqu’au moindre détail, tous les paramètres dont seul , le danseur est à même d’en restituer l’intimité profonde du ressenti . Dès lors, le travail des séquences de chorégraphies restituant les épisodes de son parcours , offrent par le biais de cette approche, la force dramatique et (ou ) de la révolte , dont elles traduisent le vécu profond , par la gestuelle de la chorégraphie et sa dynamique des mouvements et des émotions qui les transcende . Magnifiques séquences illustrant tout à tour ,  la situation politique de l’île , le conflit avec le père , le ressenti du déchirement de l’exil , et  celui nécessaire de la discipline et du travail : «  le don est donné à la naissance , mais la force pour le développer, c’est la douleur qui vous les donne. la douleur de l’âme et la douleur physique…  » ) , et ce qu’il va  déclencher : le vécu  de la réussite et du bonheur ( en questions ? ). La mise en scène magnifiquement portée par la photographie d’Alex Català       ( La isla Minima ) , apporte par son découpage et sa rythmique attentive à cette alchimie de la gestuelle exprimant les états d’âme de Yuli, tout au long de son parcours. Celui-ci ,  devenant emblématique au yeux de la cinéaste qui a souhaité , à travers lui, rendre hommage au foisonnement de la vie Artistique à Cuba dont elle donne à voir , et à comprendre ce qu’elle a souvent ressenti et vérifié , lors de ses séjours «  cette capacité qu’ont les cubains à toujours aller de l’avant,  au milieu des contradictions et des difficultés … » . C’est d’une certaine manière, cet héritage que son père a voulu transmettre à Yuli , porté par la maladresse dues aux stigmates d’un passé douloureux encore vivace , l’exprimant par la dureté envers ce fils , qui l’apaisement venu , en mesure aujourd’hui la portée :  «  sans lui je serais devenu un voyou… voilà à quoi j’étais destiné. Revivre mon passé, le jouer et le danser pour ce film, a été une expérience intense, douloureuse et apaisante…» , dit -il . Au plaisir procuré de la vision de son travail de collaboration et de chorégraphie, on ajoutera celui procuré par le    le beau personnage du père , et  celui du jeu  des deux comédiens  épatants  qui incarnent  Carlos Acosta  à deux autres périodes de son parcours : Edilson Manuel Olbera ( Yuli jeune ), et le danseur Kevyin Martinez ( Yuli adolescent ), formidable de présence semble se placer en digne successeur du maître .
La cinéaste signe un film sensible et vibrant d’humanité créatrice , sondant au plus profond du récit biographique y  révélant les raisons des traumas qui la génèrent,et l’ouvrant souvent à la dimension universelle. Un film passionnant ,  à ne pas manquer….

(Etienne Ballérini )

YULI de Iciar Bollain – 2019- Durée : 1h 55.

Avec : Edilson Manuel Olbeta Nunez , Keyvin Martinez, Santiago Alfonso , Laura De la Uz, Yerlin Perez, Mario Sergio Elias , César Dominguez , Andrea Doimeadios …

LIEN : Bande -Annonce du Film : Yuli  d’ Iciar Bollain.

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