Cinéma / SO LONG, MY SON de Wang Xiaoshuai.

Suite à la disparition accidentelle de leur fils , le cinéaste -sur quatre décennies- nous immerge au cœur du vécu de la tragédie parentale… et de la survie à celle-ci . La dimension de l’intime et du collectif, s’y côtoie . Ours d’Argent pour la meilleure interprétation féminine et masculine, à la Berlinale 2019. Du très grand cinéma , à ne pas manquer !…

l’Affiche du Film.

Un barrage , des enfants qui se baignent , soudain des cris … l’un d’entre’eux en difficulté , on s’active pour le secourir et le transporter à l’hôpital , mais il est trop tard ! . La tragédie , et le chagrin des parents ,ayant dû renoncer à un second enfant , est incommensurable qui va bouleverser leurs vies . On mesure le poids de la douleur à laquelle ils doivent faire face dans la chine des années 1980 dans laquelle ils vivent, où , le gouvernement vient de décréter pour des raisons politiques et stratégiques          ( éviter surpopulation et famine…) le contrôle des naissances et la politique de l’enfant unique. Au drame du début filmé à distance , succède le vécu des conséquences et l’approche au plus près du vécu de « l’intime », de la douleur de la perte. Le point de vue d’écriture du cinéaste , va dès lors , s’enrichir au cœur des multiples variantes d’une mise en scène destinée à susciter chez le spectateur , les interrogations dont le drame va être le révélateur, pour y décrypter les répercussions de cette politique, sur la vie sociale et intime. L’intime et le collectif , y étant décryptés avec un souci de réalisme aigu dont le cinéaste indépendant , ne manque pas de souligner les effets dévastateurs  générés : « …dans un système fonctionnant avec une seule idéologie, un seul mode de vie auquel ils se pliaient et qui était caractérisé par le fait de ne pas mettre en avant l’individu par rapport au collectif. Aujourd’hui, notamment chez les jeunes générations, il y a une plus grande prise de conscience de l’importance de l’épanouissement individuel, mais la réalité chinoise telle que je la perçois, c’est que ce pays ne s’est jamais complètement éloigné de la primauté du collectif sur l’individu. Malgré des inflexions comme la fin de la politique de l’enfant unique, on en est toujours là … » , souligne Wang Xiaoshuan. Une mise au point qui en dit long et justifie son choix du « poids du vécu et du ressenti », comme élément conducteur de sa mise en scène qui en distille , les indices révélateurs d’un «  état des lieux » à la manière d’un « polar ». On ne connaîtra , en effet, qu’au final les vérités sur les zones d’ombres qui entourent la mort de leur fils , et le silence dans lequel le couple  s’enferme dans son chagrin , prisonnier d’un contexte qui l’y oblige …

Le sud du pays, port d’attache du couple ( Yong Mei et wang Jinchum ) après la tragédie – Crédit Photo : Ad Vitam Distribution –

C’est ce qui arrive à Liyun ( Yong Mei ) et Yaojun ( Wang Jingchum ) notre couple qui va être contraint de changer de région et trouver travail , afin d’échapper aux possibles poursuites encourues pour avoir tenté de défrayer la loi. Les « sauts » dans le temps du récit nous y entraînent , avec eux, dans leurs tentatives destinées à retrouver leur équilibre de couple et de vie sociale, lorsqu’ils partent refaire leur vie dans une autre province du sud du pays . Où on les retrouve , ayant adopté un jeune adolescent ( orphelin?) turbulent auquel ils donneront le prénom de leur fils disparu. Relations tendues avec le môme qu’ils n’arriveront pas à faire rentrer dans le « cocon» . Situation tendue, le couple qui , se désagrège et sera au bord de la séparation, mais le « drame intime » vécu qui permettra de le sauver, via ce  lien « douloureux » sur lequel leur survie repose : «  ma vie tourne autour de toi .. » dira sa femme à son mari , tenté par l’infidélité, qui n’ose franchir le pas . Magnifique séquences où la douleur persistance au fil du temps et des ans , soutenue aussi par les liens amicaux et ( ou ) familiaux , leur permet de ne pas sombrer définitivement. La dignité et cette force incroyable de résistance et de résilience qui les tient debout . Le tout porté par des interprètes magistraux qui infusent au vécu du drame, la force de l’évidence dont témoignent l’acceptation, les non-dits et les silences dans lesquels ils s’enferment et se protègent . Cette souffrance  silencieuse rarement aussi bien traduite au cinéma dont les regards ou les gestes, implorent le secours des échappées -refuges , dans lesquelles ils s’abandonnent. «  Je me suis attaché à rendre compte de la vie des personnages en adoptant un point de vue d’observateur légèrement en retrait : mon regard est calme, apaisé, contrairement à ce que vivent les protagonistes (…) J’ai essayé d’établir un rapport au spectateur en mettant en avant les détails quotidiens de la vie, détails auxquels chacun peut s’identifier. Quant aux situations émotionnelles, pas la peine d’insister dessus, elles se suffisent en elles-mêmes pour générer l’émotion », explique le cinéaste. Magnifique travail , et superbes instants de mise en situation du rapport d’identification du spectateur -témoin … qui ne pourra mesurer l’ampleur du drame intime vécu , que par le « fil » dénoué du récit hanté jusqu’au final , par le secret sur lequel repose la tragédie initiale, qui va y trouver son dénouement !. Un superbe et bouleversant final , ouvrant à l’apaisement et à l’espoir après tant d’années de souffrance …

Une scène du film – le couple  en compagnie du fils adoptif turbulent  Crédit Photo : Ad Vital Distribution- 

De la même manière , le cadre social et politique des événements – traités et ou évoqués, via les flashs-backs, les ellipses , les changements de lieu et d’époque – trouvera résonance , par la perception du ressenti des difficultés et des vicissitudes auxquelles, l’existence du couple est dépendante et soumise .Impressionnante , la figure de l’amie du couple, en « apparatchik »qui veille dans l’ombre, et dont le rôle dans la fresque romanesque éclairé par le final fait écho aux accents de résilience de la tragédie du couple, renvoyant à la                    « culpabilité » des choix politiques du régime. Ceux qui , au fil des longues années de planification , puis des mutations, ont fait évoluer le pays … tout en le maintenant dans le même cadre , strictement surveillé, des libertés. Hier, dans celui du bonheur collectif rêvé (communisme) , puis dans celui ouvrant au bonheur individuel ( libéralisme ). C’est par le ressenti  , superbement mis en images de ce basculement , que le cinéaste donne à voir et comprendre , la perception et le vécu ( collectif) des populations , et ( intime ) de ses héros embrigadés dans le mouvement de l’histoire  . Les cérémonies  de propagande qui en font le cadre quotidien ( défilés, remises des diplômes distinctifs à ceux qui honorent la politique nationale, …) , mais aussi le revers de la médaille ( surveillance et répression… ) qui frappe ceux qui s’en éloignent , et surtout ces conditions drastiques régissant le rendement et le travail en usine , complété par  le cadre des blocs -logements, dans lesquels on entasse les ouvriers . Puis , au fil des ans , les mutations économiques qui entraînent licenciements  accompagnant les changements stratégiques  d’une modernisation ans laquelle le pays s’est  engagé …dans la conquête du marché international pour y inscrire son influence .  Episode objet d’une  superbe séquence , où   les  licenciements  annoncés lors d’une réunion du personnel vont  basculer en violente contestation ,mettant  en cause les dirigeants de l’entreprise contraints de quitter la salle, sous les huées des ouvriers furieux !…) . Le « vécu » et la perception d’une monde qui change , la politique démographique sur l’enfant unique abandonnée ( en 2015 ), puis  l’évolution libérale , mais les traumatismes causés renvoyés au silence de l’oubli des laissés pour compte , et les libertés encore sous surveillance …

A cet égard , le magnifique et bouleversant final du film dont la résolution de l’énigme de la tragédie de la noyade et l’apaisement qu’il  apporte , renvoie habilement à  , l’espoir  et à la nécessité … que la même thérapie sur le passé national, puisse advenir pour construire, un possible futur sans séquelles et traumatismes. En sous-texte de son récit, le message du cinéaste est clair qui le renvoie , au constat sur la situation du cinéma de son pays : «  le cinéma d’auteur chinois est très fragile car nous sommes confrontés à un certain nombre de difficultés comme la censure, la pression économique du marché… » . Avec So long , my son , c’est un très grand film qu’il nous offre, il faut vous précipiter dans le salles , pour le voir .

( Etienne Ballérini )

SO LONG, MY SON de Wang Xiaoshuai – 2019- Durée : 3h 05.

AVEC : Wang Jimschum, Yong Mei, Qi Xi, Wang Yuan, Du Yiang, Al Liya, Xu Cheng, Li Jingjing, Zhao, Yanguzhang….

LIEN : Bande -Annonce du film : So Long, My Son de Wang Xiaoshuai .

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