Cinéma / GOLDEN GLOVE de Fatih Akin.

Le récit du tueur en série qui défraya la chronique dans l’Allemagne des années 197O. Le 13 ème long métrage du cinéaste Allemand d’origine Turque , nous confronte aux démons de l’horreur et de la violence insoutenable,  par son refus de la distanciation comme objet de réflexion de la représentation de celle -ci destiné à nous interpeller sur les traumatismes originels qui la façonnent , et par lesquels elle se perpétue…

Au début du générique sur les rotatives d’un journal l’horreur dévoilée des meurtres d’ un tueur en série dont le théâtre fut la ville de Hambourg dans les années 1970, fait la une . Le cadre de son terrain de chasse : le Golden Glove ( Le Gant d’Or ) , un bar de son quartier dans lequel se retrouvaient les laissés pour compte de la vie , venus y noyer ,dans les effluves d’alcool, leurs solitudes douloureuses . L’homme , Fritz Honka , lui , s’y rendait pour y dénicher les femmes seules et (ou ) prostituées qui deviendront les proies du « monstre » qui sommeille en lui . Inspiré de l’histoire vraie du « sérial  killer » objet d’un livre de Heinz Strunk ( Der Goldene Handschuh) devenu un succès en Allemagne. Le cinéaste a souhaité en faire une approche « distanciée » ne voulant pas «  chercher des explications a ses atrocités » dit-il . Refusant dans ce sens toute possible « perturbation » du regard du spectateur confronté à cette violence , vierge de toutes explications ( morales notamment …) et ne donnant aucune indication sur le passé de Fritz Honka , pouvant être à l’origine de ses actes   C’est ce «  point de vue » original qui fait la richesse du film, amenant , au final , le spectateur par cette confrontation «  brute » à la déferlante de la violence insoutenable à s’interroger , dès lors sur son propre rapport ( fascination , rejet …) à celle-ci. Fatih Akin , introduisant dès lors en parallèle de celui-ci , une réflexion s’articulant sur cette violence criminelle et ce qu’elle finit par dire et y dévoiler comme réalité du monde et des « ombres » des traumatismes de l’histoire, les douleurs intimes qui perdurent dont « les vainqueurs  ont minimisé  le poids sur les « perdants , les laissés pour compte dont on parle ici »,explique le cinéaste . Dès lors dés la première séquence, glaçante , du découpage sordide du cadavre de l’une de ses victimes féminines , auquel on aura droit à tous les détails. Complété par bien d’autres qui suivront et viendront parachever l’entreprise de cet impuissant imbibé d’alcool mettant à exécution ses instincts pervers . Après la quête de celles-ci dans le bar en question et entraînées dans son repaire où la «  puanteur » des autres cadavres cachés et en putréfaction , devient au fil du temps plus forte que la senteur de «  sapin » avec laquelle Fritz tente d’en neutraliser , les effets !…

Fritz Honka ( Jonas Dassier ) – Crédit Photo : Pathé Distribution-

Et c’est une mise en scène et en « miroir » de ce que la « vision- répulsion » brute de la violence meurtrière  provoque , dont Fatih Akin propose ici,  la réflexion sur celle-ci qui est – depuis ses débuts- au cœur de son œuvre . Au cœur de l’insoutenable vision (  les références au gore et autres variantes du genre horrifique y sont assumées…) il amène insensiblement le spectateur à dépasser ses propres réflexes de rejet de l’abjection et du malaise , pour dit-il, susciter une approche plus complexe et doublement révélatrice . D’une part de la tendance sociétale à vouloir « minimiser » les traumatismes en questions , mais aussi et surtout,par ce que finira par révéler et mettre en évidence – par sa durée dans le temps et par la quantité des victimes -cette histoire sordide dont Fritz Hoka fut le « monstre » protagoniste. Cette sorte d’indifférence dans laquelle elle se déroule et que renvoient certains éléments de son récit   ( l’incendie, l’odeur de putréfaction rependue, le naufrage dans l’alcool ..) mettant en lumière le constat, renvoyant au présent d’aujourd’hui , comme le souligne le cinéaste:  » On peut bien sûr se demander si les femmes qui ont été tuées avaient de la famille – ce que je veux dire, c’est pourquoi personne n’a demandé de leurs nouvelles ? Je ne mettrais toutefois pas ça sur le compte de l’époque à laquelle se déroule cette histoire. Des choses similaires arrivent encore de nos jours. Des gens meurent dans des immeubles et des logements sociaux et leurs corps pourrissent pendant des semaines. C’est seulement en raison de la puanteur qui s’en dégage que les gens remarquent la mort d’une personne. Cette odeur nauséabonde est également présente ici. Bien entendu, dans ce type de film, vous vous évertuez à rester le plus fidèle à l’histoire. Mais vous ne voulez pas pour autant que le passé ait l’air trop vieux et poussiéreux. Ceux qui le font n’ont pas remarqué les évolutions récentes du cinéma. Mon film se déroule peut-être dans le passé, mais il pourrait tout aussi bien avoir lieu de nos jours » , précise à dessin – le cinéaste …

Jonas Dassier et Margarete Thiele ( Crédit Photo : Pathe Distribution )

Ce dernier , souligne en effet que son point de vue s’inscrit dans la continuité d’un mouvement où «  passé, présent et avenir » sont le « lien  matriciel » d’un futur sur lequel le « réalisme » de la violence de sa mise en scène , interpelle par le « choc » crée de l’horreur présentée comme une forme de catharsis , que le cinéaste ici habille de références littéraire   ( Stephen King …) , et cinématographiques ( George Romero, Tod Browning , mais aussi Fritz Lang /M. Le Maudit, Sam Peckinpah / les chiens de Paille , ou encore Haneke ou Kieslowki …) et les « ombres » qu’elle convoquent . Ici le Passé de l’Allemagne Nazie y est présent avec cette femme rescapée des camps qui résistera à Fritz ( superbe scène !) ou cet ancien officier SS borgne omniprésent dans le Golden Glove. Le quotidien des années 1970 avec les séquelles de la reconstruction de l’après-guerre et ses laissés pour compte : chômeurs et prostituées ombres du jour et de la nuit du Golden Glove . Ne croyant plus en rien , éjectant du Bar cette femme de «l’armée du salut » tentant de faire entendre la parole d’un «  Dieu qui les a abandonnés ! » . Et puis ces deux figures de la jeunesse et de l’espoir du futur. Cette jeune fille idéalisée par Fritz qui finira par échapper à son emprise, et puis son ami , ce jeune homme aux cheveux longs qui voulant « s’encanailler » dans l’atmosphère du Golden Glove , y subira les sévices de l’officier SS !. La violence crue et insoutenable on vous en a dit le choix du point de vue cathartique dont le cinéaste l’habille, il vous faudra y faire face !. Pas facile comme dans le Tu ne Tueras point de Kieslowski sur la l’exécution de la peine de mort et sa mise à nu à affronter ; de la même manière que la violence à laquelle le Funny Games de Michaël Haneke, vous obligeait à vous y confronter . Catharsis nécessaire, pour affronter l’héritage du passé confronté au présent…et au futur à venir et à construire, pour l’exorciser ?. A noter enfin que le comédien Jonas Dassler  ( membre de la troupe du théâtre Maxime Gorki de Berlin)    incarnant Fritz Honka , vous gratifiera d’une performance exceptionnelle !…

(Etienne Ballérini )

GOLDEN GLOVE de Fatih Akin – 2019 – Durée : 1h 55 –

AVEC : Jonas Dassler, Margarete Tiesel , Katja Studt ,

LIEN : Bande -Annonce du Film Golden Glove de Fatih Akin .

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