Cinéma / LE DAIM de Quentin Dupieux.

C’est un blouson en Daim du titre qui est au cœur du nouveau film du cinéaste et de la fable « nonsensique » qui s’y déroule dans son inexorable cheminement . Construit depuis ses courts métrages sur le goût de l’insolite, le cinéaste en poursuit , ici, le cheminement conceptuel jusqu’au bout..de la folie.

l’affiche du film.

La première séquence donne le ton avec ces jeunes gens qui se débarrassent de leurs blousons en promettant de ne plus jamais en « porter  jusqu’à la fin de leur vie ! » . On saura par la suite les raisons de cet acte singulier, en attendant on découvre Georges ( Jean Dujardin) sur la route au volant de sa voiture, qui vient de quitter banlieue pavillonnaire et vie familiale , avec comme seule idée en tête … acquérir ce blouson en Daim objet de son obsession dans laquelle il a investi toutes ses économies !. Objet culte et unique qu’il acquiert chez un vieil homme solitaire ( Albert Delpy ) qui l’a gardé avec ses vieilles affaires rangées dans une malle. Cette fois encore , un objet obsessionnel est au cœur du récit qui va dériver dans l’engrenage absurde et inattendu où le plus invraisemblable devient la matière de la mise en scène . Celle-ci va se retrouver d’ailleurs comme raison expliquée par Georges , qui , affublé d’une caméra numérique offerte en cadeau par l’homme qui lui a vendu le manteau en question , explique à la jeune fille employée de la pension, Denise ( Adéle Haenel) qu’il est cinéaste !. Voilà donc que la mise en place d’un scénario va pouvoir se développer , puisque Denise se révèle être une passionnée du montage …qui est le véritable « moteur » du récit destiné à le rendre crédible !, dit-elle . A cet effet avec son matériel de montage vidéo elle a décidé de « remonter » le Pulp Fiction de Quentin Tarantino …pour rendre le film crédible «  personne n’a envie de le voir à l’endroit ! » , assure-t-elle !. Le « clin d’oeil » renvoie d’ailleurs au cinéma de l’autre Quentin ( Dupieux) qui se permet tout et son contraire , prenant le spectateur à témoin du « réalisme » possible d’un récit dont le héros principal serait tour à tour un Pneu ( Rubber / 2010) ayant des pouvoirs Psychokinétiques, ou un Steack ( Steack / 2007) qui deviendrait « matière » de chirurgie esthétique !; ou encore , qu’un « son » devienne objet de financement ( le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma ) d’un film ( Réalité / 2014 ) . Le réel et l’imaginaire , la perte des repère , l’absurde , la folie …

Georges ( Jean Dujardin ) s’admire dans le miroir avec son blouson  en Daim- Crédit Photo: Diaphana Distribution-

Le cinéma de Quentin Dupieux est de ceux qui obligent à le suivre dans ces multiples déclinaisons jusqu’à …la perdre , ou s’y ( nous y … )perdre ! C’est jusqu’à cette limite là qu’il vous entraîne ici avec son héros explique le cinéaste qui cette fois-ci dit avoir voulu franchir le pas «  J’ai l’étiquette d’un réalisateur qui fait des films fous, mais je n’avais jamais vraiment filmé la folie en face. Bien sûr que Steak, Rubber, Réalité, Au Poste! ont quelque chose de dingue. Mais il y a toujours eu dans mes films précédents des astuces pour que la folie soit plutôt un truc « rigolo » et hors du réel. C’est les films qui étaient dingues, pas les personnages. J’avais très envie de me confronter enfin à un personnage qui déraille, sans artifice, sans mes trucages habituels. Le Daim est donc mon premier film réaliste » , dit-il . Et ce cheminement vers la folie et les pulsions qui y mènent , il en décortique jusqu’à l’absurde la sortie de route et sa mise en abyme : la métamorphose identitaire . Celle en forme de « lien ombilical » qui s’installe entre l’objet ( le blouson et le sujet qui le porte , dont les scènes de «dialogue » qui s’installent entr’eux , font écho à la solitude de Georges:   « et si tu n’existais pas / je pourrais faire semblant d’être moi/ mais je en serais pas vrai » , à laquelle les paroles de la chanson de Joe Dassin  que Georges écoute lors du trajet en voiture pour acquérir son blouson . C’est par la camera numérique offerte en cadeau par le vendeur du blouson , que va se construire la « mise en scène » de cette plongée inexorable dans la folie s’inscrivant dans le réel ( la pension, les gens de la petite ville de montagne de la France profonde, les liens qui se tissent lors du tournage avec Denise et les figurants sollicités( ou contraints ) à se plier au scénario et son inexorable cheminement mis en place par Georges . Metteur en scène mégalomane et diabolique contraignant tout son monde à se plier à ses désirs , écarter toute concurrence et contraindre, au péril leur vie , tout un chacun a ne plus porter de blouson !. Le glissement filmé caméra à l’épaule ( avec l’aide de Denise sa monteurs devenue aussi productrice ) devient horrifique rendant la «  distanciation » encore plus mince , via le «jeu » macabre qui s’y installe , jusqu’au twist final , libérateur…

Georges ( Jean Dujardin ) et Denise ( Adèle Haenel) en plein tournage – Crédit Photo: Diaphana Distribution-

La mise en abyme cinématographique qui s’habille de l’improvisation de l’amateur dont la passion du montage symbolisée par Adèle Haenel y inscrivant son sens du récit et du réalisme «  regarder à l’endroit » , se confronte à la folie de la quête identitaire de Georges perdant littéralement pied dans  » l’osmose » avec son blouson et les accessoires qui viendront le compléter de la tête jusqu’aux pieds , pour enfin, l’immortaliser . La récit empreint de la nostalgie du cinéma des séries B à laquelle le spectateur d’hier s’identifiait par cette énergie déployée compensant le manque de moyens, y fait écho ici , par celle à la fois -candide et d’amateurisme maîtrisé, dont font preuve Georges et Denise impliqués et jusqu’au boutistes. Et ça fonctionne!, il suffit simplement de se laisser porter par leur imaginaire et entrer dans le jeu. Jean Dujardin , l’a fait : « J’aime la façon dont le film glisse du polar social vers quelque chose de complètement gore et bizarre. J’ai beaucoup pensé à Patrick Dewaere dans Série Noire (Alain Corneau, 1979). Les paysages, la France, l’ennui… Quentin s’est emparé de l’atmosphère de ce cinéma là et l’a emmené vers quelque chose de très personnel, très singulier … », dit-il .

(Etienne Ballérini )

LE DAIM de Quentin Dupieux – 2019- Durée : 1 h 17.

AVEC : Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy , Laurent Nicolas , Pierre Gommé, , Marie Bunel ,
et Coralie Russier .

LIEN : Bande-Annonce du Film : Le Daim de Quentin Dupieux .

Un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s