Cinéma / BUNUEL APRES L’AGE D’OR de Salvador Simo .

La genèse du film documentaire Terre sans pain qui a relancé la carrière compromise du cinéaste après le scandale de la projection Parisienne de son film l’âge d’or (1930). Superbe adaptation animée restituant les contrastes de la personnalité et le labyrinthe des phobies du cinéaste, cherchant sa nouvelle voie…

l’Affiche du Film.

C’est justement par une brève séquence de l’âge d’or que débute le film et sur les
remous causés par sa projection dans la salle Parisienne du studio 28 de Montmartre le 30 Novembre 1930. La projection du film scénarisé par Salvador Dali et produit par le mécène Charles De Noailles soulève indignations et manifestations des ligues patriotes qui saccagent la salle. La censure exige des coupes et le préfet de police Chiappe fait saisir la copie du film qui sera détruite, mais l’original négatif sera sauvé qui reste en possession du producteur . Marqué par une campagne de presse virulente et la « défection » de ses soutiens Luis Bunel voit son avenir compromis, son errance dans la nuit Parisienne se retrouve quelque peu confortée par le soutien du photographe Elie Lotar venu à sa rencontre le consoler , et qui lui laisse entre les mains lui conseilla de s’en servir pour faire un documentaire , l’ouvrage de Maurice Legendre consacré à la vie misérable des habitants de Las Hurdes dans l’Estramadure, une des régions les plus pauvre de l’Espagne. Après le tumulte Parisien Bunel retourne en Espagne pour y retrouver un peu de tranquillité auprès de son ami anarchiste , le sculpteur Ramon Acin avec lequel les échanges sur l’engagement politique et sur l’art son le lot quotidien . La suggestion d’Elie Lotar de « changer de registre» et de modifier sa provocation surréaliste en un pamphlet sur la misère et la pauvreté , est restée vivace dans l’esprit de Bunuel qui veut rebondir. Entre Ramon et Luis, les échanges sont vifs et , si les divergences subsistent ( réalisme / surréalisme , en questions…)sur la manière de « changer le monde », ils vont finir par se rejoindre sur la nécessité de tenter l’aventure, mais il faut de l’argent !. Ramon achète un billet de Loterie et promet que s’il se révèle gagnant…il en sera le producteur !. Le rêve devient réalité, pari tenu.
Branle  bas de combat : appelés en soutien pour le mettre en œuvre, le poète Pierre Unik qui a été l’assistant de Bunuel pour l’Age d’or, et l’initiateur de l’idée , Eli Lotar le photographe foncent en voiture , vers l’Espagne et l’aventure commune …

l’equipe sur les lieux de tournage – Crédit Photo : Eurozoom Distribution-

Les belles images animées , du film  s’habillent de leurs traits colorés de nuances mauves et des notations réalistes parasitées par les cauchemars et autres fantasmes du cinéaste le poussant à forcer le destin réaliste du récit et du constat. N’hésitant pas à y faire interférer ses réflexes surréalistes provocateurs , par le trait ( les chèvres tombant de la falaise , les habitations devenus des taudis puants, les incidents familiers, l’agonie de l’ân , les funérailles du petit bébé, les rituels : la décapitation des coqs à pleines mains par les jeunes mariés…), la manipulation provocatrice se mue en point de vue . Celui dont le choc de la brutalité du réel fait écho à l’intolérable et à l’impensable destiné à remuer les consciences. Le réflexe provocateur est donné par le cinéaste comme une arme. C’est ce        « choc » là que le cinéaste et ses collaborateurs  traduisent magnifiquement par celui du choix du récit où images (extraits) du film , et celles de l’animation se répondent et s’enrichissent , mêlant flash-backs , scènes rêvées au cœur du récit au présent de l’aventure du tournage. Adapté du roman graphique de Firmin Solis : Bunuel dans le labyrinthe des tortues , c’est également une immersion au cœur de l’intimité créatrice du cinéaste qui nous est – en miroir du tournage épique – proposée. Celle-ci avec  ses excès , ses éclats d’humeur et les envolées dans l’itinéraire labyrinthique des cauchemars et phobies de ce dernier , y est omniprésente comme moteur du récit . Au cœur de la création collective elle s’y inscrit comme élément d’approche de ce qui fait la singularité de son œuvre qui s’est construite au fil des ans . La belle scène rêvée du cinéaste vieilli , rencontrant sur les lieux du tournage , le lutin symbolisant la mort, installe la gravité au cœur de l’aventure du tournage dont son avenir de cinéaste dépend , les fantômes qui l’habitent vont lui servir de moteur pour trouver l’énergie de se construire sa nouvelle voie artistique , comme en témoigneront certaines de ses œuvres futures où en complément de l’aspect provocateur surréaliste , le réalisme social ( Los Olvidados / et Nazarin /1959 entr’autres ) est présent, et le restera souvent par la présence des éléments perturbateurs : les laissés pour compte
( Viridiana/1961, le journal d’une femme de chambre / 1964 ) y venant défier l’hypocrisie d’une classe dominante , plus que jamais , honnie…

Une scène du film: les fantasmes du cinéaste- Crédit Photo : Eurozoom Distribution-

Le Luis Bunuel d’alors, se devait aussi de se « libérer » des figures, paternelles et maternelles. Un père et sa figure castratrice , intransigeante – qui- avec sa moustache à la Dali lui renvoie l’autre figure paternelle créatrice , désormais reniée . Et celui d’une mère idéalisée en Vierge érotique . S’y ajoutent les récurrents cauchemars et rêves surréalistes avec leur bestiaire ( araignées , mante religieuse , lutins …) dont il faut conjurer le sort , éloigner les spectres. Dans l’aventure amicale du tournage  où les confrontations et les difficultés se multiplient-au delà delà de la stimulation artistique-, ce sont d’autres fantômes qui s’y invitent , ceux d’un réel dont l’équipe de tournage découvre les abîmes dans lesquels les gens vivent , survivent et finissant par mourir. Les monstres qui l’engendrent sont,eux, bien vivants !. Dans la continuité du réel de l’aventure collective des quatre amis ,
devient symbolique  la figure de Ramon Acin l’ami anarchiste de Luis Bunuel (et de Federico Garcia Llorca ), à la destinée tragique . Celui-ci sera fusillé à Huesca, avec sa compagne le 6 Août 1936 par les franquistes !. Son nom sera retiré du générique du film par ordre de ces derniers , et le film interdit ! . Plus tard, Luis Bunel lors de la sortie du film et de la levée de l’interdiction , remettra le nom de Ramon Acin au générique, et il léguera à ses enfants en héritage l’argent qui aurait dû lui revenir…

(Etienne Ballérini)

BUNUEL APRES L’AGE D’OR de Salvador Simo- 2019 – Durée : 1 h 20.

FILM d’ Animation d’après le roman graphique de Fermin Salis .

VOIX : Jorge Uson ( Luis Bunuel ), Fernando Ramos (*( Ramon Acin), Cyril Corall ( Uli Lotar), Luis Enrique DeTomas ( Pierre Unik ) …

LIEN : Bande-Annonce du film : Bunuel après l’Age d’Or de Salvador Simo.

LIEN : TERRE SANS PAIN de Luis Bunuel

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