Cinéma / L’AUTRE CONTINENT de Romain Cogitore.

Au cœur du second long métrage du cinéaste révélé par Résistances (2011) , la thématique du couple confronté à l’épreuve de la maladie. Porté par les formes d’un récit décryptant  la force de l’amour, face aux moments du chaos traversé. Souvenirs, réel et imaginaire se télescopent pour nous proposer une bouleversante mise en abîme, aux accents Universels, des contradictions qui s’y révèlent. A découvrir d’urgence ! …

Il sont jeunes et aventureux , la trentaine à peine débutée , Maria ( Déborah François ) et Olivier ( Paul Hamy ), partis à la découverte des pays et des langues dont ils multiplient l’approche et la connaissance leur permettant de s’imprégner de la richesses des cultures . C’est à Taïwan qu’ils se rencontrent et que leur approche amoureuse s’inscrit, en miroir de leur quête de connaissances linguistiques. C’est autour de cette approche culturelle des autres continent que va se jouer -subtilement- celle de la découverte de celui que l’autre porte, et va révéler de lui et ( ou ) d’elle. C’est sur la belle idée des rendez-vous suscités ou provoqués par les échanges ( livres , connaissances de chacun…) que va finir par s’inscrire imperceptiblement le non-dit d’un désir, et des étapes à franchir… qui vont permettre de s’ouvrir au « continent » de l’autre. Celui dont la liaison amoureuse et sa force , qui , au fil du temps va prendre l’ampleur de l’évidence. Celle qui leur permet d’accéder à l langue commune … de leur lien amoureux. Magnifiques séquences qui décrivent les multiples déclinaisons des rituels qui s’y inscrivent , comme s’il s ‘agissait à chaque fois pour l’un et l’autre, d’ouvrir le dictionnaire de cette nouvelle langue et s’en imprégner au fil des pages , jusqu’à en connaître parfaitement toutes les nuances permettant désormais, le « possible » d’un vivre ensemble via tous les ressentis pouvant désormais leur permettre d’écrire la propre histoire de leur continent Amour !.. Superbe métaphore utilisée par le cinéaste l’ouvrant dès lors à une approche originale sur le devenir du «  continent » de l’autre confronté aux soubresauts ( et «  celle de ses confins » dixit le cinéaste), lorsqu’il sera rattrapé par la tragédie..

Maria ( Déborah François Assise à la table ) dans les rues de Taïwan – Crédit Photo: Sophie Dulac Distribution-

Celle de la maladie jugée incurable et de l’espoir infime de la guérison , des incertitudes aux renoncements aux espoirs que les périodes de rémission engendrent … jusqu’à l’imprévisible, l’incroyable et l’inexplicable de « l’exception scientifique ». Le récit inspiré d’une histoire authentique racontée au cinéaste par une jeune femme ayant vécu le traumatisme,  et  l’ayant affronté , des interrogations et contradictions qu’il soulève. Romain Cogitore se sert ces éléments sur lesquels il s’appuie , pour l’ouvrir , au delà des événements ayant trait à l’évolution de la maladie, à la dimension intimiste du « traumatisme provoqué » afin d’ interpeller sur le sujet : « quel sens donne-t-on à ce qui nous tombe dessus par le seul fait du hasard, comment dégager un sens de ce chaos, sinon en essayant de lui donner une forme ? Écrire, raconter, c’est déjà toucher un début d’explication, c’est créer du lien causal – et donc du sens – entre des éléments qui n’en ont pas a priori. C’est le point commun entre l’écriture, le rêve, la mémoire et le cinéma : à chaque fois il est question de liens et de sens », explique-t-il . Et cette écriture dont il parle, devient son « défi »                   d’ écriture cinématographique et les choix qui la conduisent , lui permettant d’en explorer les méandres . Et il le fait avec une acuité exceptionnelle en y invitant les « formes », permettant d’en traduire les multiples dimensions qui s’y révèlent au fil des événements et de la perception  ( extérieure ou intérieure), que chacun de ses personnages peut en avoir et la ressentir. A cet égard, le choix de transcender le mélodrame en proposant au spectateur de se projeter et de s’interroger sur les conséquences et les séquelles qui en résultent pour tous ceux qui y sont confrontés, par le biais de la maladie ou autres séquelles d’accidents tragiques . Les vies qui en sont irrémédiablement, des repères et des certitudes qui basculent , des renoncements, des rêves auxquels on s’accroche, des séparations, les souvenirs des jours heureux et de l’amour partagé, le fil de la vie qui s’écoule avec ses joies et ses peines face au quotidien de l’autre dont le destin peut basculer à tout moment .C’est tout ce « vécu » là, que le cinéaste nous invite à méditer, avec ses renoncements et ses échappées rêvées ou poétiques qui s’y inscrivent, comme éléments de vie et  d’amour, au fil du temps qui passe et du drame qui perdure …

Maria ( Déborah François) et  Olivier ( Paul Hamy ) – Crédit Photo : Sophie Dulac Distribution-

Romain Cogitore aux activités diversifiées : poète, compositeur musicien, photographe , acteur et metteur en scène de théâtre, assistant réalisateur, monteur , scénariste,  et cinéaste aujourd’hui qui  inscrit et développe dans son cinéma, ses passions. A l’image de son travail de mise en scène où l’on retrouve réunis les éléments de ses diverses activités, y jouant un rôle essentiel offrant à son film la beauté et la justesse d’un regard en osmose avec son sujet. Comme en témoigne l’utilisation judicieuse de ces plans dans lesquels s’insèrent le « flou » de certaines parties du cadre faisant écho à la mémoire et aux souvenirs d’Olivier qui s’estompent à cause de la maladie. De la même manière que s’invite la poésie de la rêverie et de l’imaginaire de ce dernier qui le fait s’évader vers ( le canada… ) un autre pays. Et la photographie, autre passion du cinéaste, à laquelle il y est fait référence lors de la scène à l’hôpital de Strasbourg où Olivier sur son lit voyant par la fenêtre ouvrant sur l’extérieur la Cathédrale de la ville, compare sa vision à celle d’une ( mauvaise…) photographie !. La photographie également omniprésente par le cadre de l’image et ses choix judicieux, tout au long des séquences. De la même manière la musique ( signée Mathieu Lambolay) laissant éclore au cœur de celles-ci, nous entraînant dans le sillage de D’olivier et de Maria, ses résonances en accord avec leurs états d’âme et sentiments, et parfois s’évadant avec eux, vers l’ailleurs et leur imaginaire. S’y ajoute aussi, la passion du cinéaste pour la poésie dont- ici- il nous donne à entendre à la fois la musique et les sonorités des différentes langues dont son couple amoureux- dans les séquences à Taïwan- multiplie les échanges, via les citations des poèmes et autres textes littéraires qui leur servent à investir et s’approprier les continents. De la même manière que la narration du son récit se fait constamment respectueuse de la dynamique dramatique qui en guide le déroulé, où le cinéaste y poursuit son travail de monteur (assisté de Florent Vassault) pour nous offrir un découpage de récit très efficace au cœur duquel l’émotion affleure par petites touches sensibles et justes. Et le tout servi par des comédiens épatants. Du beau,très beau, travail !.

( Etienne Ballérini)

UN AUTRE CONTINENT de Romain Cogitore -2019- Durée : 1 h 30 .

AVEC : Paul Hamy, Déborah François, Daniel Martin, Christiane Millet, Vincent Perez, Aviis Zhong , Nanou Garcia…

LIEN : Bande-Annonce du Film : Un autre Continent de Romain Cogitore .

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