Quinzaine des Réalisateurs / deuxième époque

Au fond, quoi de mieux, puisqu’on parle de projection cinématographique que de commencer par un court métrage ? Surtout quand celui-ci se nomme Les extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre. Vous vous dite : « Ca fait un peu le titre d’un conte à la Andersen.» Gagné. C’est à partir de la lecture d’un conte d’Andersen que le réalisateur, Gabriel Abrantes, a eu l’idée de ce petit bijou  de 10 minutes. Sauf que le conte d’Andersen se passe dans une forêt, celui –ci au Louvre. En deux mots comme en quatre, lassée de n’être qu’un simple ornement architectural –on la trouve d’une « banalité rafraichissante »- une sculpture s’enfuit du Louvre pour affronter la vie dans les rues de Paris. La nuit, elle s’aperçoit qu’elle peut se mouvoir. Encouragée par la Victoire de Samothrace qui s’envole à tire d’aille de son emplacement muséal, elle peut se mouvoir  mais sous 3 conditions : ne pas rencontrer d’êtres humains, ne pas sortir du Musée et ne pas se briser. Mais la tentation de découvrir « la vraie vie » est très forte. Ce court métrage, outre sa gaieté, son humour, est une réflexion ludique sur notre rapport à l’œuvre d’art.


Revenons aux longs métrages avec Perdrix (France, réalisé intégralement dans les Vosges), un régal. C’est un inventaire à la Prévert : un capitaine de gendarmerie mélancolique, (Swann Arlaud le prix d’interprétation du « meilleur acteur » dans « Petit Paysan » César 2018),  son frère biologiste spécialiste des lombrics, au caractère on va dire insociable, sa fille qui ne rêve que de partir en pension, la mère (Fanny Ardant) animatrice radio d’émission de nuit, à la Macha Béranger, un village, un camp de nudistes… Et où est le raton laveur ? C’est Juliette.
C’est une tornade. Elle déboule dans la calme tranquillité de ce lieu endormi sur lui-même, telle à la fois une Zazie dans le village, une Mary Poppins. Elle surgit de nulle part dans une voiture rapide de style Lamborghini, de couleur orange, qu’elle se fait piquer, sans doute par une nudiste, et vient à la gendarmerie porter plainte. Et comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans l’univers du placide capitaine, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre. Mais tout vat t-il changer ? C’est un film à la tonalité du cinéma fantastique tel celui de Delvaux.
La perdrix est un oiseau sédentaire terrestre, qui vit en petites bandes, sauf en saison de reproduction. Elle peut effectuer de petites migrations locales pour fuir une météorologie difficile avant de regagner son habitat. Il faut que tout change pour que rien ne change disait Don Fabrizio, prince de Salina, dit « le guépard » Sortie le 14 aout 2019.


En 1927, Lillian, une émigrante échouée à New York, décide de rentrer à pied dans sa Russie natale, elle remonte jusqu’en Alaska et veut passer par le détroit de Behring pour rejoindre l’URSS. Elle est récupérée in  extrémis dans l’extrême nord, réussit à s’échapper. Depuis, elle est portée disparue.  DIS-PA-RUE. Le réalisateur autrichien Andreas Horvath présente à la quinzaine Lillian, adapté de cette étrange histoire, film porté, je dirais transporté par l’actrice, Patrycja Planik. Elle part. Point barre. Cela se passe dans notre présent. C’est une force qui va, c’est le cas de le dire. Pas de mots,  son rôle est quasiment mutique. Partie au printemps de la côte ouest, son aventure se terminera de l’autre côté du pays, en plein hiver.
Pour s’habiller elle dérobe des vêtements, pour se nourrir elle vole, elle dispute des saumons à un ours occupé à pêcher lui aussi à proximité, elle tombe sur un sheriff humain, elle échappe à un viol dans un champ de maïs, mais rien ne l’empêche d’avancer. Lillian traverse les States, traverse les courses de stock cars, la pluie violente, la grêle, l’extrême chaleur, le Missouri, la révolte des Sioux Lakotas contre la construction d’un pipe-line sur leurs terres, elle ne disparait pas, elle se dissout, peut-être pour renaître en baleine  grâce  vieille femme inuit racontant une légende à un enfant… Cette conscience, ce dépassement de soi  est-elle celle qui animait ceux qui traversait l’Amérique d’Est en Ouest ?


La superbe photo (également Andreas Horvath) n’est pas là en termes gratuits, elle est la continuation de ce voyage, son accompagnement, car ce voyage est avant tout intérieur. Pas de morale, pas de leçon, sinon le désir du récit. Et ce n’est déjà pas si mal.

Jacques Barbarin

Illustrations

Les extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre.
Perdrix
Lillian

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