Festival de Cannes / Au premier temps d’la quinzaine….

Décollage immédiat. France, Pérou, Lettonie. Dès l’aérogare/j’ai senti le choc… Choc avec mon premier  film à la quinzaine. Dés le titre déjà, On va tout péter film sur/autour de la révolte des ex GM&S. GM&S est une entreprise spécialisée dans le découpage et l’emboutissage de tôle, qui travaille comme sous-traitant pour l’industrie automobile. Près de 300 salariés y fabriquaient des carters d’huile, des éléments de planchers ou encore des châssis pour des constructeurs de véhicules.
On va tout péter est un film sur la révolte des ouvriers mais aussi avec : c’est une polyphonie sur la souffrance mais aussi la solidarité des ouvriers. Ce n’est pas un film militant, c’est un film qui milite. Leur usine, c’est leur lieu de travail mais c’est aussi leur lieu de vie, un agrandissement du lieu où ils habitent. C’est leu colère, mais c’est aussi leur humour, et tout cela c’est avec eux, par eux, c’est une choralité qui s’exprime.
C’est le point de vue documenté de Jean Vigo à la rencontre de l’homme à la caméra de Dziga Vertov. Né de parents polonais rescapés du goulag, le réalisateur Lech Kowalski vit en Europe après avoir grandi aux États-Unis et pris part au mouvement punk à NYC. Je suis fier de faire des films underground dans lesquels mon vécu s’inscrit dans une histoire plus vaste.
Mon vécu s’inscrit dans une histoire plus vaste… De la première à la dernière image nous avons conscience de la fusion de ces deux histoires. Ces 100 minutes nous donnent à espérer,  à respirer, à s’émouvoir, à rire, à se révolter. A vivre, quoi. Des femmes, des hommes, des humains. Des cris, des pleurs, des sourires. La vie, quoi !
L’Amérique du Sud. Ses cinématographies ont été dans l’ADN de la quinzaine dés les premières éditions et depuis les effets sont permanents. Je me rappelle avec bonheur le Vai trabaldhar vagabundo (Va travailler vagabond) de 1974. Le Brésil a été très fournisseur de  la quinzaine, l’Argentine aussi, le Chili, la Colombie. Je n’ai guère souvenance de films péruviens, mais j’ai raté quelques éditions
Et voici Cancion sin nombre, (Chanson sans nom) de Melina Léon.  Pérou, au plus fort de la crise politique des années 80 : le conflit armé avec comme protagoniste le mouvement terroriste Sentier Lumineux.

Cancion sin nombre

Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Décidée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide du journaliste Pedro Campos qui accepte de mener l’enquête. Ce film s’inspire des faits révélés par le père de la réalisatrice sur un scandale de trafic d’enfants.
Mais l’intérêt de ce film va au-delà de la simple factualité. On est d’abord intrigué par une narration qui favorise l’ellipse. Certaines pistes nous renvoient  dans une atmosphère  propre au fantastique. Or le fantastique est une donnée essentielle dans la culture sud américaine, je ne citerai que Borges et Bioy Casarès.
Le noir et blanc non seulement donne uns sensation onirique, mais est aussi en accord avec le vécu noir et blanc de ces années. Le milieu de la presse est partie prenante de cette narration, les photos paraissant dans les journaux étant en noir et blanc, il y a un accord esthétique et donc signifiant entre la photo du film et celle des journaux de l’époque.
L’impression de fantastique est de plus développée par la musique de Pauchi Sasaki, nous conduisant dans un sentiment d’étrangeté, de distance.
Ce film concourt pour la caméra d’Or. Je vote pour.
Savez-vous ce qu’est un non-citoyen letton ? Ce sont des habitants de Lettonie qui n’ont aucune citoyenneté ni lettone ni autre. Après avoir recouvré son indépendance le 21 août 1991 la Lettonie avait accordé la citoyenneté aux personnes qui l’avaient avant le 17 juin 1940 et à leurs descendants. Ceux qui ne remplissaient pas ces conditions et n’ont pas obtenu une autre citoyenneté sont devenus des non-citoyens.
Tout cela pour vous parler du film letton Oleg. Oleg est ouvrier bouché. Il quitte la Lettonie pour Bruxelles, où il espère trouver un salaire décent.  Trahi par un collègue, son expérience tourne court. Oleg est alors recueilli par un criminel polonais, avant de tomber sous son emprise mafieuse. Ses révoltes le conduisent de Charybide en Scylla. Cette histoire se fonde sur la lecture de l’article d’un journaliste ami du réalisateur, Juris Kursietis  sur les étrangers qui venaient travailler en Europe de l’Ouest Son enquête s’appuyait sur la vie de l’un d’entre eux.

Oleg

Quand on parle de travailleurs exploités originaire de pays de l’Est on s’attend à ce que cela se situe en Grande Bretagne ou ailleurs, mais pas en Belgique. Ce film est comme un journal de bord engendrant une sensation d’étouffement, de huis clos dans cette situation où Oleg, présent dans quasiment tous les plans, agrandissant donc cette impression de journal par lui tenu, est empêtré, sans y pouvoir rien. Ce sentiment est accru par la bande originale qui développe ce sentiment, l’emmène  dans un ailleurs cosmique. Un film très émouvant sur  le désir de liberté, la sensation d’être une mouche dans in bocal ou de nager dans un lac dont la surface est gelée. Ou trouver l’orifice ?

That’all, folks !

Jacques Barbarin

 

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