Cinéma / DOULEUR ET GLOIRE de Pedro Almodovar.

Le titre du film au contraste doublement évocateur, où l’intimité du cinéaste s’y révèle plus que jamais , comme une sorte de mise à nu bouleversante. La vie et la créativité en osmose , bilans, sacrifices et douleurs intimes. Enfance, famille, mère aimée, amis et amants, maladie , tourments, désillusions, regrets, besoin de réconciliation. Et puis cette « flamme -remède » de la création artistique qui vous tient debout !. Douleur et gloire de l’art.

Salvador ( Antonio Banderas ) et Féderico ( Leonardo Sbaraglia – Crédit Photo :  Pathe Distribution-

Le premier plan du film , nous fait découvrir Salvador( Antonio Banderas , dans son plus beau au rôle!) cinéaste vieillissant et malade dont la voix off , nous égrène les multiples souffrances physiques endurées dues a différentes maladies qui entravent désormais son travail de création. Dans l’eau bleue de la piscine soudain les souvenirs remontent à la mémoire , ceux de son enfance auprès des lavandières avec lesquelles, sa mère ( Penelope Cruz) lave le linge . La campagne provinciale , les jeux d’enfants , mais aussi la vie difficile d’une famille pauvre , puis , le déménagement dans ce qui sera sa nouvelle vie dans une        « caverne » où la lumière n’arrive que par une petite ouverture . Père et mère travaillant durement et courageusement , la scolarisation religieuse de Salvador et ses cours donnés au jeune voisin ouvrier analphabète, sollicité pour aménager la maison . Les souvenirs d’hier qui viendront à plusieurs reprises se superposer au présent de Salvador diminué par ses douleurs auxquelles vient s’ajouter un « panne » créative qui l’exaspère. Dès lors , reclus dans son appartement,  Salavdor , diminué par ses douleurs , rumine sa solitude de cinéaste vieillissant, en panne d’inspiration . Attisée par cette impuissance douloureuse, les souvenirs vont affluer empreints à la fois de nostalgie et de regrets . Ces douleurs là , insensiblement, vont faire naître – au cœur du labyrinthe des passions ( 1882) titre d’un film d’hier du jeune cinéaste débutant qu’il fut- comme un irrépressible désir de trouver remède à sa douleur. C’est la belle idée du film , où dès lors,  se succèdent,au fil des évocations et des rencontres , la nécessité de « réconciliation » fut-ce -t- elle difficile, avec les autres …et donc , aussi , avec soi  …

Face à Salvador (Antonio Banderas ), Alberto ( Asier Etxeandia ) )- Crédit Photo : Pathé Distribution-

L’habileté du cinéaste dont on a pu constater au long d’une filmographie aboutissant à ce 23 ème long métrage , la faculté avec laquelle son écriture et sa mise en scène savent distiller savamment, le mystère dans lequel il enveloppe admirablement ce qui à trait à la fois à son désir de se raconter, en même temps que d’y laisser s’inscrire , une certaine distance . Impudeur et Pudeur. Se livrer mais pas suffisamment pour être identifié et garder intacte cette par de mystère . Il y a quelque chose, chez le cinéaste , qui renvoie au mystère et secrets qui entourent les Stars . Ce n’est pas un hasard si son cinéma y joue de cette fascination qui se révèle chez, les héroïnes de ses films . Toutes ces « femmes » , parfois au bord de la crise de nerf et dont la fleur de leur secret , reste en suspens . C’est aussi de son imaginaire, irriguant celui du spectateur , que son cinéma s’écrit et nous entraîne dans son tourbillon des pistes -mi-brouillées (?) – pour tenter d’y démêler le vrai , au delà des apparences . Deux magnifiques scènes , y font écho où interviennent les deux personnages essentiels. Celui de sa mère  vieillissante (Julietta Serano) du cinéaste et celui de son acteur fétiche d’hier , Alberto ( Asier Etxeandia  ) , avec lequel il s’est brouillé sur le tournage de leur dernier film ensemble . Cette mère tant aimée sublimée dans Volver (2006 ) de laquelle , la gloire les a séparés trop souvent selon elle qui « aurait tant aimé vivre et vieillir » avec lui après la mort du mari , et qu’elle sollicite cette fois-ci , pour l’accompagner dans ses deniers jours . Et celui  dans la scène des retrouvailles d’Alberto à  l’occasion de la restauration par la cinémathèque de leur dernier film à la projection duquel ils sont invités ,et  qui alors fut l’objet de leur « rupture ». Retrouvailles où l’empreinte de la blessure pèse sur le comédien irrité , puis, échanges nostalgique et retour sur les années bonheur d’hier ( la Movida ), de la complicité, de la drogue … et le désir de réconciliation qui s’invite . Scellé par le dernier texte du cinéaste qui le juge trop « intime »  mais dont Alberto , va s’emparer et le créer sur scène , pour un nouveau départ …

Festval de Cannes 2019- Photocall du film  Douleur et Gloire- de Gauche à Droite : Pédro Almodovar, Penelope Cruz  et Antonio Banderas –  Crédit Photo : Philippe Prost 

Et dans la foulée , une autre rencontre liée à la concrétisation du projet et du spectacle dont un spectateur ému assistant à la représentation …n’est autre,que l’ancien amant du cinéaste … qui souhaite le revoir ! . L’empreinte laissée par le désir sur lequel la liaison s’est nouée se réveillant… ce désir au cœur de l’oeuvre du cinéaste qu’il a souvent sublimé en « désir de cinéma », comme en témoigne le nom de sa société de production . De celui-ci , il nous en offre l’une des plus belles scène du film qui nous replonge , avec Salvador, dans la caverne de son enfance, y découvrant la naissance de celui-ci . Désir qui  sera réveillé au présent -cinquante ans plus tard – à Barcelone lors d’une visite dans une boutique où l’ Aquarelle d’un artiste peintre anonyme , le représentant enfant assis sur une chaise dans sa caverne en train de lire un livre, ravive le souvenir. Surprise ! :« tu devrais chercher à le retrouver », lui suggère à Salvador une amie qui l’accompagne. Ce dernier préfère ne pas donner suite !. Le temps qui a passé, la solitude , la douleur de Salvador on fait leur œuvre , c’est comme il le souligne d’ailleurs en montrant à un ami les œuvres d’art installées dans le décor de sa maison , que «  désormais il entretien le dialogue avec celles-ci ! ». Celui dont son cinéma, où fiction et réel se télescopent au cœur des thématiques qui composent son œuvre. Comme le révèlent de nombreuses séquences au cœur desquelles où , celles -ci , intégrées dans le décor accompagnent et répondent aux états d’âmes de ses personnages. Comme c’est le cas de cette aquarelle citée , ravivant  le souvenir du moment de la naissance de son désir . Le choc produit conduisant Salvador à se précipiter…sur son ordinateur pour écrire !. . En réveillant cette fois son désir – irrépressible- de cinéma , de création : sa drogue !. Le va- -et- vient entre le réel  » boosté » , par l’imaginaire est constant chez ce dernier, lui permettant d’irriguer ,  son cinéma . L’eau de la piscine, celle de la rivière de son enfance , le dessin , la drogue , l’addiction , les vêtements , les tableaux, l’ordinateur de travail etc… tous ces éléments sont partie intégrante, de la dramaturgie révélatrice de la « matière » de son cinéma , et du regard analytique qu’elle lui permet de poser sur celui-ci .. Le décryptant sous nos yeux, afin d’y retrouver cette nécessité vitale, salvatrice dont il ne peut se passer , et cette douleur exprimant la peur de la perdre . Il nous invite à rentrer et à partager, en complices , on processus créatif. La gravité , la mélancolie, la pudeur et la mise à nu au cœur de son film, en forme de voyage vers la lumière  du cinéma . Magnifique quête dont il nous il nous invite à partager l’intimité . Du grand Almodovar !…

( Etienne Ballérini )

DOULEUR ET GLOIRE de Pedro Almodvar – 2019 – Durée : 1 h 53.

AVEC : Antonio Banderas, Asier Etxeandria, Pénélope Cruz, Leonardo Sbaraglia, Julietta Serano , Cécilia Roth …

LIEN : Bande – Annonce du film : Douleur et Gloire de Pédro Almodovar .

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