Cinéma / THE DEAD DON’T DIE de Jim Jarmusch.

Après Paterson ( 2016 ) superbe ballade poétique, le cinéaste nous en propose une autre, Apocalyptique celle-là, avec son nouveau film qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes. Fable sombre empreinte d’un humour décalé , au cœur d’une petite ville de l’Amérique profonde , où le dérèglement climatique réveille les zombies, pour un final dévastateur. Casting de rêve, références et clins d’oeils. On jubile …

Clif ( Bill Murray) , Mindy ( Chloé Sévigny ( au centre ) , Ronald ( Adam Driver ) – Crédit Photo : , Universal Pictures –

Nous voici téléportés à Centerville, bourgade tranquille du Nord-Est des Etats-Unis, que l’on découvre , lors de la ronde des deux policiers : Clif Robertson ( Bill Murray ) et Ronald Peterson ( Adam Driver ),se rendant dans le bois voisin où vit et s’y terre, un irréductible Ermite, Bob ( Tom Waits ) qui est devenu la cible du fermier « beauf » et raciste : Miller
( Steve Buscemi ) l’accusant de vols et autres méfaits . Calmé par les Policiers qui le connaissent , Bob , continuera à maudire – en scrutant avec sa longue vue leurs activités –
ces habitants engoncés dans leurs habitudes et certitudes représentatives d’une société dont il rejette les valeurs d’un consumérisme destructeur. Les effets s’en font d’ailleurs ressentir dont la radio et la  télévision  distillent les nouvelles inquiétantes des conséquences qui pourraient advenir, dues au « déplacement de la terre de son axe » entraînant le dérèglement de la nature. Déjà le jour et la nuit, ne sont plus au rendez-vous horaire habituel et la Lune est devenue un astre omniprésent dans le ciel , et des interférences  ( coupures d’électricité,  téléphone qui se dérèglent, et autres agitations animalières …) perturbent désormais le quotidien de la petite ville de l’Amérique profonde . D’ailleurs la chanson de Sturgill Simpson «  The Dead Don’t Die » du générique qui scande les séquences et deviendra               « familière » à Clif qui dit à chaque fois «  je l’ai déjà, entendue quelque part ! »,   en  « private-joke » avec Ronald , qui lui , se fendra d’un imperturbable « tout cela va mal finir ! », concernant l’évolution des événements . Au cœur des séquences Jim Jarmusch,  y installe une sorte de tranquille détachement face à la catastrophe qui, insensiblement , une nuit de pleine lune, va voir sortir des tombes les zombies envahissant la ville, avides de chair humaine…

L’embaumeuse formée aux arts martiaux ( Tilda Swinton ) – Crédit Photo : Universal Pictures –

Leurs corps désarticulés envahissent les rues , rien ni personne ni échappera . Ni le «  diner » le bar-restaurant central, le funérarium , le commissariat de police, le motel , la petite boutique « vintage » de Bonnby , le dortoir des enfants et toutes les habitées … tous ,seront l’objet d’un «  assaut » en règle . Celui-ci distillé avec la même nonchalance de la mise en scène qui y inscrit l’horreur saupoudrée du « décalage » crée par les maladresse avec lesquelles les habitants vont tenter d’y faire face !. Ces derniers obligés de s’outiller afin de décapiter les envahisseurs , seul moyen de s’en débarrasser ! Le cinéaste investi le « genre » à sa manière , comme il l’avait fait avec ses « vampires » dans Only Lovers Left Alive (2013 ) en y insufflant l’originalité d’un regard, où les références et les clins d’oeil ouvrent la place -par le « téléscopage » qui s’y inscrit – à une réflexion qui au bout du compte , est plus sombre et désenchantée qu’il n’y paraît. A l’image d’un final glaçant qui ne laisse aucun doute. Renvoyant la responsabilité du naufrage de la planète à ceux qui ,par leur aveuglement, ont précipité sa perte !. Et comme s’il fallait , en rappeler l’hypocrisie , il leur renvoie la belle image de ses héros chargés de la défendre  , submergés par la vague qui finira par l’anéantir . Du bout de sa longue vue, l’Ermite dans sa forêt- refuge , verra le châtiment se réaliser ,emporté lui aussi dans le tourbillon ? . C’est de l’ordre du monde qu’ils ont chamboulé dont ils portent la responsabilité du désastre. Impuissants , les héros de Jim Jarmusch dans leur face-à-face fatal avec les zombies, y déploient la mélancolie qui le submerge . Ils ne peuvent pas être les super-héros providentiels ( des blockbusters! )  et sauver  ce monde qui s’effondre. Plus d’espoir , la lutte est devenue inégale . Impuissants devant l’inexorable les héros de Jim Jarmusch y déploient leur mélancolie face à la fatalité qui les submerge , c’ est par la multiplicité du regard de chacun des personnages qu’il nous en offre , la belle dimension humaine . Et de celle-ci d’ailleurs , les zombies se retrouvent investis …de celle ( nostalgique) du monde d’hier qu’ils ont quitté , et dont en « revenants » ils réclament , les saveurs du « Chaaaardonnnay » , du café et se mettent même , en quête … de réseau wifi !…

En haut des marches du festival  : L’équipe du film The Dead Don’t Die de Jim Jarmuesch – Crédit Photo : Philippe Prost –

Au fil des séquences, Jim Jarmusch y inscrit les références et  les clins d’oeils cinématographiques portés par les diverses personnalités d’un casting époustouflant où chacun joue sa partition à merveille . Les références aux genres dont le cinéaste , au fil d’une œuvre aboutissant à son 13 ème long métrage , en a exploré un certain nombre  en y inscrivant sa vision: le Western ( The Dead man / 1999), Le polar ( Ghost Dog / 1999 ) , le film de Vampires on l’a cité plus haut …et ici donc, le film de Zombies avec la référence notamment au maître Georges A.Romero auquel , Jim Jarmusch renvoie à la dimension du combat politique dont ce dernier  avait investi  sa « saga » des zombies ( Le territoire des morts/ 2005, La chronique des morts vivants / 2008, Le Vestige des morts vivants / 2009 . La dimension avec laquelle, ici, Jarmusch y aborde lui ,  la question  d’actualité  à l’ordre du jour du dérèglement climatique … que le déchaînement zombiesque destructeur, symbolise. D’autres références s’y ajoutent au fil des séquences, avec notamment celle du « Centerville Motel » en double écho : Musical aux 200 Motels de Frank Zappa , et, cinématographique au Psychose d’Hitchcock . Dans la scène où Adam Driver dit à Bill Murray qui l’interpelle sur son « attitude zen » face aux événements, ce dernier lui répond » :« j’ai eu accès au final du scénario , ce qui me permet d’être en avance  ! ». On peut y voir , un clin d’oeil du cinéaste à son travail créatif dont il pousse , parfois, par l’absence d’indications , au delà des limites      ( The limits of Control / 2009 ), le jeu de comédiens ( Murray ici , furieux de n’avoir pas été mis au « parfum » , après tous les films,-cinq- , faits ensemble avec Jim , dit-il !) , ainsi que celui de la mise en scène et de l’écriture , où ,  l’absurde et l’ironie s’invitent . Au bout du compte, l’ensemble participant à l’osmose  à laquelle le « casting » composé par les habitués du cinéaste et complété par de nouveau visages , offre la belle dimension et synergie voulue. Bill Murray monumental , forme un «  duo » époustouflant avec Adam Driver , tous deux jouant des « nuances » des situations où s’insinue le «  zen philosophique » de la perception et du vécu de chacun !. . Tilda Swinton en « embaumeuse » surprenante et singulière, s’initiant aux arts martiaux, impitoyable avec son sabre  décapitant a tour de bras, les zombies. Chloé Sévigny en assistante des deux policiers, tremblante de peur et dépassée par les événements, Iggy Pop en Zombie plus vrai que nature !, et Sara Driver en coffee zombie !, et les déja cités :Tom Waits et Steve Buscemi épatants habités par leurs crédos . Auxquels se sont joints : Danny Glover , Carol Kane , Caleb Landry Jones, Austin Butler , Selena Gomez , RZA… que du beau monde.

(Etienne Ballérini)

THE DEAD DON’T DIE de Jim Jarmusch – 2019- Durée : 1h 45.

AVEC : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloé Sevigny, Steve Buscemi , Danny Glover, Caleb Landry Jones, Rosie Perez , Sara Driver , Iggy Pop , Tom Waits , RZA …

LIEN : Bande -Annonce du film , The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch .

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