Théâtre de la Cité/Le système Schreber

Le théâtre de la Cité présentait début mai une création bougrement intéressante.
Entre autre par son titre, Le Système Schreber

En deux mots : Un comédien a été choisi pour jouer le rôle du Président Schreber, illustre paranoïaque du début du XXe siècle. Les répétitions sont difficiles. Sous l’emprise de son metteur en scène, le comédien consulte un psychanalyste qui semble intéressé par son cas outre mesure. L’auteur, Sophie Tournier – non vous ne me ferez pas écrire auteur « e » – aurait pu l’appeler « Le cas Schreber ». Mais…
Un système est un ensemble d’éléments interagissant entre eux selon certains principes ou règles. Un système est déterminé par sa frontière, c’est-à-dire le critère d’appartenance au système; sa mission; ses interactions avec son environnement. On est là dans un domaine plus complexe qu’un « cas ».
Et s’agissant de ce Schreber, paranoïaque du début du XXème siècle, on pourrait parler de syndrome, ensemble de signes cliniques  et de symptômes qu’un patient est susceptible de présenter lors de certaines  maladies.
En 1911, Sigmund Freud fait paraître une étude reprise dans le recueil 5 Psychanalyses : Le Président Schreber : Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa) décrit sous forme autobiographique. Daniel Paul Schreber, mort en 1911, président de la cour d’appel de Dresde, auteur des célèbres Mémoires d’un névropathe (1903), se croyait persécuté par Dieu et prétendait avoir pour mission de se changer en femme pour engendrer une nouvelle race. Freud ne l’a jamais rencontré, mais il s’est appuyé sur les Mémoires pour rédiger la seule étude de cas qu’il n’ait jamais consacrée à un patient psychotique.
Je suis désolé de rallonger la liste de ces prolégomènes, mis, si je puis dire, il faut bien savoir de quoi l’on parle. On appelle délire paranoïaque un syndrome délirant (convictions et jugements dogmatiques, comportements et attitudes gouvernées par des croyances irréductibles qui forment pour le sujet une sorte de vérité et d’idéal qui ne s’accordent ni avec la réalité ni avec la coexistence avec autrui) caractéristique de la paranoïa…
Nous n’avons pas encore parlé théâtre ? Mais si, ou tout au moins théâtre des opérations. Et sur scène ils sont trois qui proposent trois aspects de la même figure, celle de ce foutu président Schreber : celui qui doit – et ce verbe, devoir, ne prend jamais autant tout son sens – celui qui doit mettre en scène le précédent, et celui en charge de l’analyse en première instance du premier, dans une instance cachée du second et peut-être somme toute de lui-même.
Le fantôme de Schreber hante les 3 protagonistes. Du metteur en scène au psychanalyste, chacun veut produire le comédien en vue de sa représentation sur scène et lever le mystère.
L’écriture de Sophie Tournier, scindant en trois protagonistes la recherche d’une « vérité », rend vivace ce qui, à l’origine, pourrait sembler abstrait : ce n’est pas un théâtre documentaire, c’est, utilisant un système narratif, un miroir tendu à l’enfouissement de toutes nos personnalités.
Comme si chacun des moments de ce récit nous parlait à chacun dans notre intime : cette paranoïa m’a mené sur celle de Poprichtchine, dans les dernières pages du Journal d’un fou, de Gogol, celle du syndrome de Rensfeld, personnage du Dracula de Bram Stocker, et celle du personnage principal du Horla, surtout dans la première version de Maupassant de ce conte : Un aliéniste  invite quelques confrères pour écouter le témoignage d’un de ses patients. Celui-ci raconte divers évènements qui lui sont arrivés et pour lequel il ne trouve qu’une explication : un être nouveau, qu’il a lui-même baptisé « le Horla », est arrivé et il a les moyens de contrôler l’homme.
Et, si je cite ces trois référencements, ce n’est pas pour faire cultivé, c’est simplement pour signifier que cette pièce nous entraine, dans son cheminement, vers nos propres secrets.
Quant au jeu des comédiens, il se plie au chemin que l’auteur trace dans le texte, c’est-à-dire qu’il est juste et sait trouver le dosage exact entre le sens du texte et sa représentation.
J’aimerais également parler de la précision et de la finesse des lumières (Gaspard Bellet), qui conduisent sûrement dans les arcanes du texte.

Mise en scène Christophe Turgie de Sophie Tournier
Avec Jérémie Lemaire, Fréderic Rubio, Raphaël Thiers
Collaboration artistique Jean Michel Vives
Lumières : Gaspard Bellet

Photos : Alessandro Biancheri.

 

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