Cinéma / RETOUR DE FLAMME de Juan Vera

Crise de la cinquantaine et séparation après 25 ans mariage. Remises en question set aventures parallèles . Le scénariste et producteur Argentin pour son premier film derrière la caméra, nous propose une comédie réaliste et romantique très attachante, sur son couple tentant de retrouver ses repères.

Marcos (Ricardo Darin) et Anna ( Mercedès Moran ) ont vécu vingt-cinq années heureuses élevant leur fils avec amour. Aujourd’hui , ce dernier qui a fait des études prometteuses souhaite partir à l’étranger et se perfectionner , afin de s’ouvrir d’autres opportunités pour le futur. Le départ de ce dernier et son absence dans le rythme de vie familial qui s’était installé , perturbe le rituel quotidien du couple, dont , désormais la monotonie du quotidien , va faire surgir certains questionnements . Notamment sur une certain « normalité » dans laquelle, au fil du temps, leur vie amoureuse et familiale s’était installée. Et c’est justement autour du manque de cette « flamme » pouvant le régénérer, que, Marcos et Ana sont préoccupés par la crainte de le voir se déliter.. Après de nombreuses  hésitations  de l’une et de l’autre qui ne trouvent pas les mots pour le dire, s’enfermant dans une forme de monologue intérieur prolongé par des petits signes d’irritations sur ces petits riens du quotidien , voire par des escapades extérieures inhabituelles, ou autres refuges avec chez des amis (ies) que l’on questionne sur le thème du  » vieillir ensemble » »du couple abordant la phase critique de la cinquantaine, et sur une certaine lassitude qui s’installe dont on n’a pas les clés qui permettent d’entretenir , ou réinventer, la passion grâce à laquelle jusque là, a perduré, l’harmonie . Marcos ,un soir,  n’y tenant plus se jette à l’eau et demande à Anna ce qu’elle ressent encore « qui la retient près de lui…! ». Un dialogue subtil s’installe l’un et l’autre cherchant le (les ) mot (s) qui pourraient les rassurer , ou révéler le danger qui guette de voir se distendre le lien qui les a fortement unis jusque là . Au fil des échanges , une sorte de défi lancé sous la forme d’une plaisanterie «  et si l’on expérimentait une séparation ? » , va les décider à franchir le pas , afin de se prouver si la force et la solidité de leur attachement indéfectible , y fera rempart . C’est la belle idée du film, et surtout un superbe moment de vérité, capté par le cinéaste où les gestes ,les mots et les comportements finissent par laisser éclater tous les non-dits des habitudes qui ont fini par les fondre dans une certaine routine. Cette « plaie » du couple qui n’est plus irrigué par la sincérité des confrontations permettant d’affronter crises et obstacles et se sortir d’une forme de cohabitation « clean» où les surprises qui irriguent le couple et lui permettent de durer , ne sont plus au rendez-vous…

Marcos ( Ricardo Darin ) et Ana ( Mercédès Moran ) , en crise de la cinquantaine. Crédot Phoo : Eurozoom Distribution-

Pour parler de ce thème , le ressort de la comédie romantique a été le choix du Juan Vera ,
admirateur des cinéastes ( Hawks , Lubitschn Wilder , Allen et Truffaut ) qui l’on servie à merveille et dont il revendique la paternité . Le récit, dès lors va s’inscrire sur une dynamique d’écriture sur plusieurs actes-séquences, accompagnant le couple dans ses nouvelles aventures afin d’ expérimenter , mettre à l’épreuve , puis méditer et enfin choisir -après avoir franchi l’obstacle du lien passionnel qui les avait unis jusque là – la route définitive de leurs destinées . Vieillirons-t-ils ensemble ? . Le défi lancé , la séparation actée , chacun va se lancer librement à expérimenter sa nouvelle liberté , mais aussi , va devoir faire face aux questions existentielles que chacun se pose , liées à leur personnalités en accord avec la morale qui les régit . A la tonalité psychologique du face à face du début, c’est celle de la comédie qui va jouer du réalisme et des nuances mettant habilement en lumière , les gaffes et autres quiproquos de situations auxquelles chacun à son tour va se trouver confronté !.. Le regard enjoué et quelque peu satirique ne manque pas d’y mettre son sel lors de certains dérapages incontrôlés de nos « quinquas »  lors de  de leurs rencontres . Pas facile de retrouver l’âme de la jeunesse et de la drague ; maladresses et ( ou ) précipitations, on s’enferre et s’illusionne , on en fait des tonnes, et tout à coup on est piégé et mal à l’aise !. L’expérimentation de leur nouvelle quête de liberté et d’amour , le « démon de midi » et son excitation, Marcos et Ana en découvriront aussi , l’éphémère et l’illusoire qui s’y joue . Ils vont s’y laisser prendre au piège jusqu’à ce que leur fils décidant de refaire sa vie à l’étranger enfonce  encore un peu plus le clou , de la confusion qui s’y joue . C’est consécutivement à ce « lien ombilical » qui restait le dernier repaire du couple, que celui-ci va mesurer le vide qui s’y installe avec ce lien rompu. Prolongé par les déceptions d’une quête extérieure dont chacun finira par mesurer la vacuité, comme en témoignent les différentes tentatives avortées …

Ricado Darin et Mecrcedès Moran dans un scène du film – Crédit photo:: Eurozoom distribution –

Difficile, en effet , de créer des liens forts avec des partenaires « englués » dans leurs propres ruptures familiales : enfants qui les supportent mal ,et autres accidents de la vie de leurs anciens proches…qui les rattrapent , et la culpabilité avec !. Marcos et Ana, eux , voient insensiblement l’opportunité de créer avec leurs nouveaux partenaires des liens durables se heurter à ce mur , et s’éloigner . Les projets, le futur immédiat , ou l’avenir plus lointain à envisager devenant une sorte de rêve impossible. Ils ont beau interroger les amis de leur âge ayant vécu les mêmes expériences … se rendant compte surtout , hormis quelques réussites, que souvent l’accomplissement du désir de renouveau , n’est pas au rendez-vous . Ana qui finit par s’ennuyer dans les bras de passage, et Marcos qui finira par  se dire …que c’était mieux avant ! : «  tu pense que la liberté quand tu l’auras le monde sera à toi, et quand tu l’as tu ne sais plus quoi faire , ni par où commencer , ni avec qui ! » . Alors, autant en revenir aux petites querelles du quotidien d’hier , plutôt que de se laisser envahir par celles des autres qu’on a du mal à apprivoiser !. C’est au cœur de dilemme vécu et porté par les deux comédiens remarquables qui en traduisent les moindres vibrations et sentiments mêlés, y installant légèreté et gravité, les renvoyant aux questions essentielles qu’ils avaient mises en berne dans leur désir de se sortir de cette « routine » qui pensaient-ils, risquait de défaire leur couple. Juan Vera nous invite à une belle immersion psychologique au cœur de ce couple de cinquantenaires dont le retour de flamme révélateur du titre , nous propose , via la subtilité de son regard, un récit sensible et juste , qui fait mouche !. Le film a obtenu un gros succès public en Argentine. Ne le manquez pas !.

(Etienne Ballérini)

RETOUR DE FLAMME de Juan Vera – 2019- Durée : 2h 03

AVEC : Ricardo Darin , Mercedes Moran, Claudia Fontan, Luis Rubio, Andrea Pietra, Jan-Pierre Noher, Claudia Lapaco…

LIEN: Bande – Annonce du Film :  Retour de flamme  de Juan Vera .

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