TNN / Opening Night

Traduit en français cela donne « soirée d’ouverture ». Cette œuvre théâtrale est un fragment à rajouter la longe liste d’allers retours entre cinéma et théâtre. A l’origine, un film de John Cassavetes, Opening night, 1977, qui a obtenu au Festival de Berlin en 1978 : l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour Gena Rowland. De quoi s’agit-il ? Myrtle Gordon est une actrice de théâtre reconnue. À l’issue d’une répétition, elle assiste à la mort d’une admiratrice hystérique, renversée par une voiture alors qu’elle regardait son idole s’en aller.
La comédienne est bouleversée par cet incident. La pièce qu’elle doit jouer prochainement dans laquelle elle interprète une femme qui a perdu sa jeunesse ainsi que ce décès, la plongent dans un terrible désarroi. Elle fait face à son angoisse devant la première de la pièce – très difficilement (elle doute et se soûle) – mais elle y arrive grâce à sa force de caractère et le soutien de toute l’équipe. Ce qui commence pour elle cette nuit-là, c’est une aventure étrange, extrêmement intime et violente : un dialogue avec elle-même qui tient à la fois de l’examen de conscience, de la descente aux enfers et de la quête créative.
Et voici une pièce de théâtre je dirais à partir de ce matériau. Opening Night raconte les coulisses de la fabrication d’une pièce de théâtre. Et cette fabrication, ce « work in progress », est une mise en danger constante, il a quelque chose d’expérimental. Il y a des moments joués sur scène et des moments où se sont des images qui prennent le relais, images fabriquées sur scène et sur écran dans le même temps. Le mariage théâtre et vidéo est bien connu, mais ici il est novateur.

La personnalité du metteur en scène, Cyril Teste, n’y est pas pour rien. Il étudie les arts plastiques à Avignon, puis suit des cours d’art dramatique à l’Ecole Régionale d’Acteur de Cannes. Attiré par la mise en scène, il intègre le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris.
En septembre 2000, Il crée le Collectif MxM avec d’autres artistes (comédiens, créateur lumière, musicien et vidéaste) dont il est le metteur en scène. La particularité de leur travail réside dans le jeu entre l’artificiel et le vivant au travers de dispositifs associant images, lumière et son.
J’ai été longtemps interloqué par cette œuvre. Je dis œuvre parce qu’il s’agit ni d’une pièce de théâtre, ni d’images vidéo, mais d’une interrogation, d’une interpellation : que jouer, comment le jouer, pourquoi le jouer. Je suis une mouette. Non, ce n’est pas ça. Que filmer, comment le filmer, pourquoi le filmer. Je dirais de ce spectacle qu’il est à la base « non textuel » c’est-à-dire qu’il est avant toute chose une instance productrice d’images qu’elles soient filmées – donc filtrées par un média – ou vécues sur scène, et que leur propos et de nous faire comprendre – comprendre, c’est prendre avec – ce qui se passe et peut-être surtout ce qui ne se passe pas. Comme si ce que j’avais vu au TNN avait été dés l’origine conçu comme un spectacle debout et non des traces sur un papier.

Tout tourne autour de la notion de répétition, ici tout est répétition : ce n’est pas, comme pour la pièce de Bergman, Après la répétition, c’est avant, c’est pendant, ce sont les enjeux de la répétition. C’est le syndrome de la répétition. Et d’autant plus, construction en abyme, que celle qui est au contre de l’attention de ces récurrences, c’est Myrtle Gordon, dont on peut se demander si le trauma causé par la mort violente de cette jeune fille venant lui proférer son admiration n’a pas déclenché chez elle syndrome de répétition nocturne (cauchemars de répétition) et diurne (reviviscence traumatique, réactions de sursaut), dont toutes les manifestations expriment la reproduction du traumatisme : d’une part dans l’activité imaginaire onirique et diurne (« flashback ») et d’autre part dans le revécu affectif de l’expérience (angoisse, terreur, horreur).
Et cela nous mène vers Isabelle Adjani. Je tiens d’abord à dire que je n’ai pas vu le film, donc je ne peux pas jouer – et ce n’est pas mon style- de « Ah ! Mais le film était plus fort ! », « Ah ! Mais Gena Rowland était mieux qu’Adjani ! ». Bon, ça, c’est fait. Ensuite, et excusez moi d’être grossier, mais bull-shit du verbe « incarner ». Un rôle, c’est ça : « Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. » (Beckett). C’est la recherche permanente, le doute, l’essayage, le corps devient la varlope du menuisier. Et je ne vois pas qui aurait pu un ter prêter ce rôle tout en regards porté sur soi, tout en miroirs, tout en ruptures, tout en empreintes, tout en recherche de vérité de soi, qu’Isabelle Adjeani. C’est sa propre nièce, Zoé Adjani, qui se place dans le rôle de l’admiratrice, scène tournée en vidéo. Zoé, le même prénom que la fille de Gena Rowlands.

Jacques Barbarin

Opening Night
D’après le scénario de John Cassavetes Mise en scène Cyril Teste Traduction Daniel Loayda
avec Isabelle Adjani, Morgan Lloyd Sicard, Frédéric Pierrot et la participation de Zoé Adjani
Théâtre des Bouffes du Nord 37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
du 3 au 26 mai 2019 Billetterie 0)1 46 07 34 50

Photos : Simon Gosselin

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