Cinéma / DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA de Teona Strugar Mitevska

Dans une petite ville de Macédoine, une femme lors d’une cérémonie, va défier l’ordre religieux. Conformisme social et misogynie patriarcale mis en cause par son geste, les réactions se font virulents envers celle-ci …qui tiendra bon ! . La cinéaste, avec une pointe d’humour, brosse un portrait décapant de son combat !…

l’Affiche du Film.

Petrunya ( Zorica Nusheva, magnifique dans son premier rôle au cinéma ) est une trentenaire qui, malgré ses diplômes universitaires, peine à trouver du travail. Humiliée lors d’un entretien d’embauche qu’elle a réussi a obtenir grâce à une recommandation, à la sortie de celui-ci elle va suivre une cérémonie religieuse orthodoxe annuelle traditionnelle. Celle-ci réservée aux hommes, permet au vainqueur ayant récupéré le crucifix d’être le héros. Et la légende, raconte que « quiconque attrapera la croix connaîtra le bonheur pendant toute l’année » ! .  Petrunya déçue par l’entretien en question , portée par un élan instinctif :              ( Pourquoi n’aurai-t-elle pas droit , elle aussi à ce bonheur?), lors de la cérémonie elle va plonger dans le fleuve et ressortir avec le crucifix  en gagnante !. La révolte gronde au sein de la communauté masculine qui en demande restitution, craint au blasphème des traditions !. Autorités religieuses et civiles désemparées, demandent à cette dernière convoquée au commissariat de Police , de restituer le crucifix !. Elle refuse . Le récit adapté de faits réels qui se sont déroulés dans la petite ville de Stip dans l’Est du pays , la réalisatrice qui, alors l’avait suivi, a choisi de le situer dans les lieux-mêmes, pour en traduire l’atmosphère de violence qui s’y était installée , expliquant:« la population l’a traitée de folle, de perturbée. Ces réactions traduisaient un réflexe naturel de conformisme social et révélaient la misogynie des normes patriarcales profondément ancrées dans notre société. C’était à la fois frustrant et exaspérant. L’histoire de Petrunya est née de cette frustration : il fallait que nous réagissions » , explique la cinéaste qui a bénéficié du soutien de sa productrice . Les éléments réunis et révélateurs du poids de la communauté Orthodoxe qui perdure dans les pays de l’Est, où , « la place et l’espace des femmes » y est déterminé par les hommes, comme le crie « nous sommes encore au Moyen-âge ! », Petrunya excédée, par les menaces de tous bords, dans une scène du film…

Rituel religieux du plongeon dans le fleuve pour récupérer le crucifix – Crédit Photo : Pyramide Distribution-

A l’évidence, l’enchaînement des frustrations subies durant cette journée, sont de nature à la rendre encore plus déterminée à ne pas céder, cette croix gagnée, dont elle devine , la symbolique que son geste représente!. Elle jusque là soumise à l’autorité familiale ( rapports tendus avec sa mère) , et subissant doublement le rejet d’une société où son aspect physique ( corps opulent…) quelque peu ingrat, qui joue en sa défaveur dans ses démarches pour décrocher un emploi de secrétaire . Mais Pétrunya, n’est pas de nature à se laisser faire par cette société la stigmatise, et ne reconnaît même plus la valeur de ses diplômes. Alors, c’est comme le symbole de sa conquête de liberté , qu’elle voit dans ce crucifix hautement représentatif des valeurs qui agitent tout ce beau monde contre elle, et sa place de femme dans la société. La prison dans laquelle on l’enferme deviendra même, le lieu dans lequel elle la construira, faisant face aux autorités et y défendant ses droits de citoyenne. La cinéaste utilise habilement cette logique dont les autorités ( religieuses, policières …puis étatiques ) usent et abusent pour faire pression et intimidation, et auxquelles Petrunya renvoie , la parade du droit . Celui du droit divin et du droit public bafoué par les autorités des deux camps qui le représentent , au nom de quoi , et de qui  ?. Les menaces policières comme celles de l’autorité religieuse, ne l’impressionneront pas, et la rendront encore plus forte. En faisant front à leurs pressions, elle mise sur ce que son acte révèle de leurs mensonges sur le prétendu « vol » du crucifix dont le scène filmée par les « portables » fait le « buzz » sur les réseaux sociaux en sa faveur !. . La cinéaste décrit admirablement les « étapes » franchies par Petrunya et sa prise de conscience guidée par sa « quête de justice ». Superbes scènes où elle va peser et mettre en doute la détermination des autorités , pour lesquelles le «scandale » public qui se profile, va devenir un dilemme à résoudre !..

Petrunya ( Zorica Nusheva ) confrontée au prêtre Orthodoxe ( Suad Begvoski) – Crédit Photo: : Pyramide Distribution-

La cinéaste, nous en offre de superbes scènes à l’image de celles de l’interrogatoire avec le chef de police locale cherchant à ménager l’autorité religieuse et celle publique, où les compromissions et arrangements protecteurs des institutions ayant pour but d’entériner et perpétuer, un certain « ordre » patriarcal coutumier où la violence des relations hommes-femmes, s’inscrit comme élément naturel de soumission. A celui-ci s’ajoute la scène non moins significative , avec le haut magistrat de justice qui finira par être déstabilisé par l’opiniâtreté de Petrunya estimant être inculpée et retenue sans preuves de délit. A celle-ci s’ajoute,le beau personnage du policier se disant exploité « bon à tout faire dans le service » qui va devenir au fil des heures, admiratif de la détermination de Petrunya, à faire face :       « j’aimerais  bien avoir votre courage ,mais je n’ai jamais su.. » , dit-il , exprimant tout le ressenti dont est victime, comme lui, toute une catégorie de la population démunie face à un certain pouvoir établi , qui en profite . Et viendra s’y ajouter , l’autre beau personnage de la journaliste TV, Slavica ( Labina Mitevska ) envoyée sur les lieux avec son cameraman, pour traiter l’affaire. Elle aussi confrontée au dilemme de son travail et de la place qu’elle y représente, lorsque la dimension prise par les événements fait réagir ses chefs liés à une certaine « prudence » , cherchent à la dissuader de poursuivre son enquête sur cette Petrunya dont la détermination inquiète les autorités. Via le suivi de l’évolution du relationnel entre la journaliste Petrunya se montrant d’abord réticente à la médiatisation, c’est le thème de la solidarité dans laquelle la lutte féministe doit s’inscrire, qui est soulevé :« lorsque les idées sont relayées par un front uni, le changement est possible » , pour le rendre plus fort que la cinéaste pointe , évoquant ( le mouvement Me Too) et certaines divergences dans les méthodes idéologiques, pouvant le rendre inefficace. A cet égard la réponse qui – ici – y est donnée, elle la prolonge sous la forme du conte faisant écho à la violence du constat dont sa mis en scène amplifie l’absurdité par la dimension de la comédie, à laquelle celle du « front uni » pour l’éradiquer, va faire son chemin. L’apprentissage de Petrunya, qui y est convoquée , se prolonge par cette détermination dont le passage du crucifix , des mains de l’homme à celles de la femme, devient éminemment symbolique. Celle  dont le titre du film révèle, le futur qui pourrait s’y inscrire…et si ce Dieu qui existe, était une femme ?!. Conduisant , jusqu’au bout du Conte la radicalité , la cinéaste renvoie les raisons de celle-ci  au poids des traditions qui n’ont fait qu’ancrer un peu plus «  le pays dans le moyen-âge ». En tout cas,Petrunya  aura permis d’ouvrir la voie, puisque en Serbie cette fois-ci , une autre femme lors de la même cérémonie «  a attrapé la croix , et le public lui a fait une ovation. Le monde change vite, cela me remplit d‘espoir… », conclut la cinéaste . Ajoutant le joli portrait du combat de Pétrunya, à celui d’autres femmes , qui, comme elle, en revendiquent la légitimité …

( Etienne Ballérini )

DIEU EXISTE, SON MON EST PETRUNYA de Teona Strugar Mitevska -2019 – 1h 40-

AVEC : Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Simeon Moni Damevski, Suad Begovski, Stefan

Vujisic, Violetta Shapskovska….

LIEN : Bande -Annonce du film : Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska.

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