Cinéma / LA LUTTE DES CLASSES de Michel Leclerc.

Tensions sociales, violences, replis communautaires, perte de repères et valeurs, harcèlement scolaire, laïcité et diversité en questions. Le réalisateur de Le Nom des gens (2010) et de La vie très privée de Mr Sim ( 2015),convoque les clichés, la fable et le réalisme pour une superbe comédie sociale et politique sur « l’air du temps », qui donne à réfléchir. A ne pas manquer …

Le couple mixte ( Edouard Baer,Leile Bekhti, et leur fils (Tom Lévy) – crédit Photo : – UGC Distribution-

On découvre Paul ( Edouard Baer) et Sofia ( Leila Bekhti ) un couple mixte Parisien : elle d’origine Maghrébine et avocate de métier, et lui, batteur Punk-Rock contestataire anarchisant . Pour rester en accord avec leurs idéaux ils ont décidé d’aménager dans une petite maison de Banlieue du côté de Bagnolet L’avenir de leur fils , Corentin ( Tom Lévy) ils le veulent façonné par l’école de la république du quartier. L’école Jean Jaurès où le brassage culturel est de mise destiné à épanouir leur progéniture dans le « modèle » souhaité de l’école républicaine . Le pas franchi , le couple va vite déchanter, lorsqu’il sera rattrapé par les problèmes multiples qui vont remettre en question ses idéaux. Ce sont notamment ceux rencontrés par leur fils à l’école où le principe de la mixité sociale ne fonctionne plus, ce dernier se retrouvant rejeté, harcelé. Le cinéaste qui a vécu en banlieue, en connaît bien toutes les « fractures » dont elle est révélatrice . Il a choisi le «  prisme » de l’école publique, pour traduire cette « lutte des classes » qui s’y joue , remettant en question le « principe» sur lequel est fondé l’école publique . «  on s’est aperçus que le fossé se creuse entre les « deux écoles » : l’école de « riches » et l’école de « pauvres ». Cette problématique de lutte des classes en recoupe d’autres, culturelles, communautaires… » , dit-il. Le petit Corentin pris dans le contexte de celles-ci,va se sentir de plus en plus isolé , lorsque les parents de ses camarades décident au vu de ces événements d’orienter leurs enfants ,vers l’école privée St Jospeh, du même quartier. Désormais seul « blanc » de l’école et montré du doigt , rejeté, menacé, harcelé …son mal-être va se répercuter à ses parents dont l’inquiétude se mue en angoisse , perdus dans leurs convictions chevillées au corps, confrontés à une réalité qui les oblige à les remettre en question…voire, les renier ?. L’habileté du récit est là, dans ce  » défi » que le cinéaste et sa co-scénariste Baya kasmi, ont construit autour des clichés et autres ‘inquiétudes » qui radicalisent la société  d’aujourd’hui, dont ils détournent habilement  les fantasmes de la caricature les stigmatisant , par le biais de l’humour décapant cher au cinéaste. C’est la belle idée qui offre au récit la dimension de la fable ( la magnifique scène finale…) et dit, l’intimité de la complexité d’un ressenti…

Le recours à l’école privée ? – Crédit Photo: UGC Distribution –

La gravité, dès lors s’invite d’autant plus facilement qu’elle est renvoyée,par les clichés et autres situations incongrues dont le récit s’empare du réel, qui les déclenche . A l’image de l’idée du « profit  symbole de l’exploitation de classe » à laquelle Paul va se retrouver confronté, lors de la vente de son appartement Parisien. Dans le même ordre d’idée , les auteurs s’amusent à offrir au visage de la représentation des personnages , ce qu’elle renvoie du décalage du réel et du vécu . Ainsi les idéaux , ici en question de la mixité, du brassage des classes sociales et autres déclinaisons égalitaires, vont se heurter au réel des violences et du repli communautaire. Le réflexe de protection de certains d’entr’eux les incitant à les placer dans l’école privée voisine. A cet égard , la description en parallèle des deux couples de parents , ceux de Corentin et ceux de son camarde d’école du couple Dounia-Nadir qu’ils tentent de rapprocher , est passionnante dans ce qu’elle dit des différences, à la fois de classe et raciale, de leur vécu comme de leurs positionnements sur la religion et ( ou ) la morale. Mais aussi, au delà , de ce que leurs situations révèlent de ce qu’est devenue la réalité de la lutte de classes. Celle du rejet vécu par le couple Dounia-Nadir , dont l’origine étrangère est stigmatisée par les parents français, refusant de laisser leurs enfants en classe avec les leurs. Racisme , refus de mixité ?. Cette mixité que le couple  Français va continuer à revendiquer, jusqu’à ce que leur enfant Corentin  soit menacé , se retrouvant dès lors, eux aussi isolés perdant repères et valeurs, devenant aigris. A l’image de Paul qui « flirte » avec la tentation réactionnaire révélée par certains de ses réactions , lorsqu’il est perçu en « bourgeois » qui fait peur , repoussé par certains parents ( la mère qui refuse de laisser venir sa fille, invitée chez Corentin ) de ses camarades d’ école. Tandis que Sofia vivra son intégration réussie, comme un camouflet  ( discrimination positive au bureau, qu’elle envisage d’attaquer en justice…) , amplifié par le sentiment d’avoir, par celle -ci « trahi » ses origines  !. Leur couple qui part à la dérive et la « peur » de l’isolement, comme de celle de leur avenir, les envahit, il va leur falloir faire front dans l’adversité ….

L’institutrice ( Baya Kasmi ) et de directeur de l’école publique ( Ramzy Bédia ), dépassés? – Crédit Photo : UGC Distribution

Les auteurs habillent leurs déconvenues et maladresses du miroir que leur renvoie l’environnement fait de ces contradictions politiques et des tensions de notre époque . Avec une école laïque qui s’écroule ( belle séquence finale , qu’on vous laisse découvrir ..) sous le poids des événements. Où, le décalage avec la réalité est détonnant ( inquiétant …) , comme le soulignent les séquences où l’institutrice ( Baya Kasmi) utilise les qualificatifs pédagogiques inadaptés ( la scène de la simulation alerte-attentat , et celle du choix de viande au repas de la cantine scolaire  …) dont même les enfants se moquent !. Tandis que le directeur ( Ramzy Bédia ) plus habile et inventif, tentera une pédagogie incitative sur ces enfants … plutôt enclins à faire ce qu’on leur interdit, les poussant , aux «  quatre cents coups » qui pourraient les réconcilier , avec l’école de la diversité !. Le film recèle de belles idées et personnages qui l’enrichissent de leurs particularités . A l’image de ce  voisin juif -incarné par Laurent Capelluto -obsédé par la  sécurité, qui multiplie les gadgets pour              « Bunkériser » son appartement ! . Voilà qui en dit long sur l’enfermement, la psychose de la peur, le ressenti sécuritaire . Finalement c’est à l’ouverture d’esprit où s’invitent , la tolérance, le refus de la stigmatisation, la poésie en chanson ( de Jeanne Cherhal ), le jardin Bio en partage, la solidarité envers les exclus ( sans -abri ), le combat contre la morale et l’autorité … au cœur, comme un fil rouge du récit. Et ses personnages emblématiques qui l’incarnent , trouvent -aussi- leur complément en forme de poésie, ou grain de folie qui n’en est pas forcément un , mais plutôt une idée signifiante, comme on dit . Lorsque dans la magnifique scène Paul déprimé se réfugie sur un banc dans un jardin public, convoque ses parents décédés ( Michèle Moretti et Jacques Boudet ) pour le soutenir moralement … et sans doute aussi, pour faire le lien entre le passé , le présent et le ( ce ) futur … qui sera réservé à son enfant, dans un monde dont, il ( on)  ne sait plus vraiment, comme il va!. Mais dans lequel le petit Corentin malin , cherche à se faire son propre chemin …en parallèle de ses parents, qui sont toujours sur la défensive et en décalage avec la réalité. Lui, se nourrit de ce qui l’entoure et des difficultés rencontrées qui  lui apprennent sur le monde et les autres : les certitudes , les différences , les religions, l’état de la lutte des classes , etc. En ce sens , c’est l’espoir et l’avenir qu’il incarne… et il faut, lui faire confiance. C’est à cet aboutissement du refus de la stigmatisation envers qui que ce soit , et surtout pas envers un enfants , que le cinéaste ouvre la gravité  du constat, vers l’espoir. Et c’est beau, tout simplement…

(Etienne Ballérini )

LA LUTTE DES CLASSES de Michel Leclerc. 2019 – Durée : 1h 44-

AVEC : Edouard Baer , Leila Bekhti, Ramzi Bédia, Tom Lévy, Baya Kasmi, Eye Haidada, Claudia Tagbo, Oussama Kheddam, Laurent Cappeluto….

LIEN : Bande – Annonce du film : La lutte des classes, de Michel Leclerc .

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