son Cinéma / Disparition : Stanley Donen ne chantera plus sous la pluie…

Le « maître » de la comédie Musicale est décédé d’une crise cardiaque, à l’âge de 94 ans . Il laisse en héritage au Septième Art une filmographie magnifique. Il porta au sommet la comédie Musicale en la servant par une mise en scène superbement chorégraphiée où l’inventivité était au cœur de celle-ci, servie par le réalisme des récits renouvelant le genre en le sortant du carcan des seuls numéraux musicaux dansés et chantés pour l’intégrer un peu plus dans le quotidien…

En Juin 2005 , la Cinémathèque de Nice lui rendit un émouvant hommage l’invitant à une « leçon de cinéma » mémorable où ce dernier se plia longuement aux questions du public avide d’anecdotes sur les tournages et surtout sur sa manière de travailler . Superbe moment d’échange qui se prolongeant par une non moins mémorable soirée sur la place du Palais , avec la projection gratuite en plein-air de son chef d’oeuvre : Chantons sous la pluie , devant une foule qui ovationna longuement le cinéaste très ému . Une belle soirée !…qui symbolise d’une certaine manière ce « lien » que les grands cinéastes et leurs œuvres tissent avec le public, car ce soir là, la jeune génération était nombreuse au rendez-vous pour voir ce film qui a marqué la jeunesse de leurs parents . C’est d’ailleurs de sa plus jeune enfance que le cinéaste né en Avril 1924 à Columbia en Caroline du Sud fréquente dès sa plus tendre enfance les salles de cinéma y découvrant Westerns, thrillers et comédies musicales. Admirateur entre autres de Fred Astaire et de Ginger Rogers très célèbres et qu’il dirigera d’ailleurs par la suite . Attiré par les comédies musicales il se tournera dès l’âge de Dix ans vers la danse en prenant des cours, puis logiquement vers la scène, qui le mènera vers celle mythique de Broadway sur laquelle il débute à seize ans, y réalisant son rêve. Y rencontrant ceux qu’il admirait enfant avec lesquels se tissent les « liens » d’un futur de collaborations qui ne cessera de s’enrichir et de se perfectionner dans le travail sur les plateaux de cinéma où il se concrétisera …

Une Scène de Chantons sous a pluie de Stanley Donen – Crédit Photos: Cinmathèque Française 

Notamment Gene Kelly avec lequel ses débuts sur la scène de Broadway se prolongera en un «  duo » créateur au cinéma .Ses rencontres avec des metteurs en scène comme Georges Abbot qui le dirigera , ou producteurs comme Richard Rogers et Arthur Freed , lui
permettent de s’intégrer au milieu du cinéma et d’avoir l’opportunité d’y faire ses preuves, de tisser les liens avec les comédiens qu’il admire qui viendront l’épauler de leur savoir faire, et devenir comme Gene Kelly de précieux collaborateurs lui permettant de concrétiser ce désir d’innovation modernisateur du genre. Celui-ci portera ces fruits, avec les premiers succès qui lui permettront de concrétiser sa vision artistique , en lui ouvrant les portes et les moyens des grands studios, comme ceux de la MGM pour lesquels il travailla durant sept années fastes. Un jour à New-York (1949) , Mariage Royal ( 1951) et Chantons sous la pluie ( 1952 ) , en seront entre autres les beaux exemples. A partir de 1940 , le passage de la scène au cinéma se concrétisera par l’appel d’Hollywood, qui lui propose de chorégraphier de nombreux films , dont certains avec Gene Kelly. Ce n’est qu’en 1949 que son savoir-faire pourra se concrétiser dans la réalisation grâce au succès de Match d’Amour ( Take me out to the ball game -1949 ) réalisé par Busby Berkeley pour lequel il chorégraphie avec Gene Kelly, les scènes de ce dernier et de Frank Sinatra son partenaire . Désormais Stanley Donen pourra donner libre-court avec ses collaborateurs et comédiens fétiches à sa vision de la comédie musicale , et c’est avec Un Jour à New-york (1949 avec en tête d’affiche Kelly et Sinatra  en Marins en permission dans le ville en quête de rencontres , que le « trio » comédiens et réalisateur, rencontre un le succès…et le triomphe avec Chantons sous la pluie….

Audrey Hepburn et Gary Grant dans Charade – Crédit Photo : Ciné Sorbonne –

Désormais Stanley Donen à la baguette et ses comédiens et collaborateurs, vont œuvre en liberté pour porter le genre à son sommet. Tourné en partie en décors naturels , Un jour à New-York inaugure ce qui sera une des caractéristiques des films du cinéaste cherchant à sortir du « carcan » des studios la comédie musicale et l’intégrant dans le quotidien, héritage que prolongeront, Jacques Demy …ou Damien Chazelle . Ouverture vers l’extérieur et approche nouvelle des récits et de l’écriture dont les mouvements concertés ouvrent eux , à une exploration du quotidien dans lesquels les personnages vivent . Créant cette « osmose » du vécu et du ressenti chorégraphié, dont la scène des pas de danse sous la pluie esquissés par Gene Kelly, traduit magnifiquement l’envolée lyrique et poétique. C’est cette nouvelle approche que Stanley Donen va perfectionner au long de sa filmographie , innovant sans cesse dans la mise en scène et en perspectives ( le superbe travail sur celles-ci  dans  Mariage Royal )des thématiques qui sous-tendent ses oeuvres les sujets abordés, au delà de ceux concernant l’art et la création très présents, se prolongent aussi sur les thématiques sociétales : la prohibition, l’espionnage , les choix de vie,l’amitié , le mariage le divorce , l’homosexualité , les désirs , etc. Autant de thématiques au cœur desquelles la gravité , s’inscrit au coeur de la comédie , qu’elle soit musicale ou comédie proprement dite . Stanley Donen n’a cessé d’irriguer son cinéma de son incroyable capacité à s’inscrire dans le ( les ) genre( s) pour en faire un terrain de créativité  et d’innovation en forme dont son film Charade ( ) est sans doute l’autre joyau de sa filmographie où comédie et polar convoqués au divertissement et au plaisirs multiples . Plaisir des dialogues, des situations , du jeu ( des comédiens : Audey Hepburn, Gary Grant prodigieux) et du genre Polar, via ce « timbre » rare de collection tant convoité et recherché  , les thématiques de l’identité , du lourd passé et de l’histoire dont il remue les souvenirs douloureux .

C’est dans cet exercice que Stanley Donen a imprimé sa marque unique du « divertissement », dont il a été l’un des plus subtils créateurs. Une sorte de bijoutier du cinéma dont les films ne vieillissent pas . Merci pour vos « bijoux » de cinéma Monsieur Donen. Vous avez droit à un  » oscar » éternel . R.I.P.

(Etienne Ballérini )

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